La fabuleuse histoire d’un royaume

« L’indifférence de l’Occident devant les exactions des despotes du monde arabe ne fait qu’encourager encore plus de cruauté. »

Charles Grandmont
Photo : Daphné Caron

L’Arabie saoudite est peut-être l’une des dictatures les plus répressives de la planète, elle tient aussi à parler d’amour à ses citoyens.

Pour la première fois cette année, les Saoudiens ont ainsi pu fêter ouvertement la Saint-Valentin. « Seuls l’amour et la tolérance combattront le mal et la haine », saluait la chaîne Al-Arabiya.

Ce commentaire, comme tant d’autres dans les médias porte-voix du royaume, frisait l’absurde. Dans les mois précédents, des dizaines d’universitaires et de militants des droits de la personne avaient disparu dans les geôles du régime, où croupit depuis 2012 le blogueur Raif Badawi, dont la famille vit réfugiée au Québec.

Le maître du pays, le prince héritier Mohammed ben Salmane, venait aussi de séquestrer pendant des mois plus de 200 princes, ministres et hommes d’affaires dans la cage dorée du Ritz-Carlton de Riyad. Ils n’ont recouvré leur liberté qu’après avoir cédé près de 100 milliards de dollars de leurs actifs à l’État. Certains ont été battus durant leur détention, l’un d’eux est mort.

Coup de filet anticorruption ou manœuvre d’extorsion ?

La communauté d’affaires internationale a levé un sourcil, mais n’a guère protesté. Le prince de 33 ans les avait si aimablement reçus en 2017 à ce même Ritz-Carlton pour son premier « Davos du désert », où il avait présenté son ambitieux plan de développement économique et social. Puis bah, il a bien le droit de mettre de l’ordre dans les affaires internes de son royaume.

On lui a donc déroulé le tapis rouge aux États-Unis en mars. Donald Trump était ravi de recevoir le plus grand acheteur d’armes américaines. « Nous nous comprenons l’un l’autre », a dit le président, qui pour une fois s’approchait de la vérité.

« MBS », comme l’appelle la presse internationale, est allé poser tout sourire aux côtés du fondateur de Microsoft, Bill Gates, du patron d’Apple, Tim Cook, et de celui d’Amazon, Jeff Bezos. Il a aussi été reçu par des stars de Hollywood, comme Morgan Freeman et James Cameron, avant de rentrer au pays pour ouvrir le premier cinéma en 35 ans.

Les Saoudiennes ont ensuite retrouvé le droit de conduire, une avancée majeure dans un des pays les plus répressifs à leur égard. Mais gare à celles qui s’en sont trop réjouies. Une nouvelle série d’arrestations s’est abattue sur les militantes féministes du royaume en août, dont celle de Samar Badawi, la sœur de Raif.

Lorsque l’ambassade canadienne à Riyad a demandé dans un tweet en arabe la libération des Badawi, le régime de MBS a vu rouge. L’ambassadeur a été expulsé, les liaisons aériennes Toronto-Riyad ont été suspendues et la majorité des étudiants saoudiens dans les universités canadiennes rappelés.

Le message à la communauté internationale était clair. L’Arabie saoudite ne tolère aucune critique, autant de l’intérieur que de l’extérieur, et ceux qui sortent du rang seront punis. Aucun pays n’a osé joindre sa voix à celle du Canada.

« Beaucoup d’Arabes en quête de liberté, d’égalité et de démocratie se sentent anéantis », écrivait alors le journaliste saoudien Jamal Khashoggi dans sa chronique au Washington Post. « Ils ont été dépeints comme des traîtres par les médias progouvernementaux et abandonnés par la communauté internationale. La prise de position du Canada leur redonne espoir qu’il y a encore quelqu’un qui se préoccupe d’eux. »

Le journaliste en exil aux États-Unis ajoutait cette mise en garde : l’indifférence de l’Occident devant les exactions des despotes du monde arabe ne fait qu’encourager encore plus de cruauté.

Quelques semaines et quelques chroniques plus tard, attiré dans un guet-apens au consulat saoudien à Istanbul, il était démembré par les bouchers sanguinaires du régime. Sa mort horrible prouve la justesse de ses écrits.

 

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7 commentaires
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Difficile de determine qu’elle est le meilleur des 2 mondes.
Démocratie VS Dictature .

Il n’y a pas de parfait démocratie….ici une poigné de gens ont le pouvoir et se remplissent les poches au detriment d’une majorité. Un systeme de Justice qui protège des gens qui ne le méritent pas. Ici on a le droit d’escroquer notre voisin.

Le crime Organiser est à l’abris car ils négocient bien avec nos autorités.
Nos gouvernements font des cadeaux aux riches qui s’enrichissent. Subventions bidons il y en a mais on ferme les yeux.

Finalement rien est parfait ….mais ici on a plus de liberté.

À cette liste non exhaustive, présentée dans cet Éditorial, nous pourrions rajouter la crise humanitaire au Yémen, considérée comme une des pires depuis la deuxième guerre mondiale. Une gracieuseté qui peut être attribuée à l’Arabie saoudite contre tous ces maudits mécréants chiites soutenus par l’Iran.

Faut-il néanmoins parler de l’indifférence de l’Occident ? Ou bien dire simplement que la finance domine tout. Que les riches princes d’Arabie sont d’importants financiers de l’Occident. Essentiels et indispensables dans l’économie. Que ce sont des millions d’emplois qui dépendent de leur générosité bien ordonnée. En sorte que ce qui est intolérable pour pitou devient parfaitement tolérable pour minou.

Devrions-nous parler d’indifférence, d’hypocrisie ou de mensonges institutionnalisés ?

Profitons d’ailleurs de cette occasion pour rendre hommage au président Trump souvent critiqué et qui pourtant a donné l’heure juste sur le sujet, voici de mémoire et en résumé ce qu’il disait : « Nous ne pouvons pas prendre de sanctions contre l’Arabie Saoudite, il y a beaucoup, beaucoup d’argent…. Si nous prenons des sanctions, l’Arabie saoudite ira investir son argent en Russie et en Chine. Est-ce que c’est ce que nous voulons ? »

Eh bien oui ! Tout ce que nous voulons c’est l’argent, l’argent, l’argent et contre l’argent, une vie humaine ou plusieurs, cela ne vaut pas grand-chose finalement. Pas même celle d’un journaliste dissident, pas plus que quelques arrestations, pas plus qu’une famine et la mort prématurée de milliers de beaux enfants.

Et moi, comme citoyen, qu’est-ce que je fais ? Eh bien à toutes fins pratiques rien : je bouffe, je lis les blogues et je regarde de temps à autres la télévision. C’est pour l’essentiel tout mon engagement.

On a appris qu’il y avait 250 étudiants en médecine au Québec! C’est à peu près 10 classes de médecine!! Je n’ai jamais compris cette histoire-là?
Comment peut-on avoir autant de Saoudiens dans nos facultés de médecine? Et comment peuvent-ils pratiquer alors que la plupart ne parle pas francais?
On en est où dans ce dossier?
https://www.lapresse.ca/actualites/sante/201808/07/01-5192297-le-quebec-pourrait-perdre-pres-de-250-medecins-saoudiens.php
L’Université McGill a signé en 2012 – puis renouvelé pour cinq ans en 2014 – une entente avec la King Saud University (KSA) qui comprend l’envoi d’une grande quantité d’étudiants saoudiens à Montréal, selon une publication de l’université. «Vingt-cinq pour cent de notre faculté est composée d’étudiants à McGill», avait affirmé le recteur de KSA, Badran Al-Omar, dans un discours à ses étudiants séjournant à McGill en 2014. Il était alors en visite au Québec. «Je suis certain que vous reviendrez avec votre expérience et vos succès afin de les partager avec vos collègues à la maison.»

La faculté de médecine de McGill, en plein coeur de la métropole est une faculté saoudienne! Combien de monde savait ca?

https://www.journaldemontreal.com/2018/11/12/un-tweet-a-failli-couter-174millions–a-mcgill
« La plupart d’entre eux étudient en médecine et leur formation (100 000 $ par année) est entièrement financée par le gouvernement saoudien. Cette année, il y a 229 résidents et fellows saoudiens à la faculté de médecine. À eux s’ajoutent plus de 50 étudiants à la maîtrise et au doctorat.

Ainsi le départ des résidents en médecine créerait «un manque de liquidité massif» à l’université, s’inquiétait le Dr Eidelman dans des courriels datés du 9 et 10 août.

Je suis sidérée que la communauté internationale ne proteste pas pour la guerre du Yémen, le meurtre de Jamal Kashoggi et des peines barbares donnée à ses propres concitoyens. Depuis l’arrivée de MBS l’enfer semble être présente en permanence sur ce pays.

Nos politiciens sont d’accord avec les tyrans saoudiens puisqu’ils leur vendent des armes. À leur manière Trump et Trudeau sont aux aussi des despotes. Sans parler de l’esclavage asiatique dont notre niveau de vie dépend. Les enjeux économiques prennent tout le devant de la scène. Enjeux économiques des riches bien entendu ! Moi je m’arrange facilement avec 75$ d’épicerie par semaine et je peux montrer la phalange à n’importe qui. Même au prince Salmane que je ne salue pas. Petit scoop ici. C’est l’Islam radical soudien qu’il faut nommer. Et anéantir. ISHHHH