La fois où les États-Unis ont abattu un vol commercial

Dans un passé récent, les États-Unis ont eux-mêmes abattu un vol commercial par erreur, tuant 290 passagers.

Le 7 juillet 1988, à Téhéran, des milliers de personnes rendent hommage aux victimes du vol 655 d'Iran Air (Photo © NORBERT SCHILLER/AFP/GettyImages)
Le 7 juillet 1988, à Téhéran, des milliers de personnes rendent hommage aux victimes du vol 655 d’Iran Air (Photo © NORBERT SCHILLER/AFP/GettyImages)

FouineurDepuis l’écrasement du vol MH17 de Malaysia Airlines, les attaques volent de tous bords. Les doigts accusateurs se sont rapidement pointés vers le Kremlin et Vladimir Poutine. Le président américain Barack Obama a été l’un des premiers à mettre la Russie au ban de la communauté internationale dans cette affaire, expliquant dès le lendemain de la tragédie qu’il était « évident » qu’un missile sol-air avait été « envoyé par des séparatistes prorusses », et que ceux-ci avaient « toujours reçu le soutien très solide de la Russie ».

Lire aussi : Vladimir Poutine et la lâcheté européenne >>

Mais dans un passé pas si lointain, les États-Unis ont eux-mêmes abattu un vol commercial par erreur, tuant 290 passagers. Cela ne justifie en rien une éventuelle implication russe dans la tragédie du vol MH17, qui a fait 298 victimes, ni l’aide fournie aux séparatistes prorusses en matière d’armement et d’entraînement. Mais avant d’accuser Poutine de crime de guerre, cela vaut la peine de regarder en arrière, dit Fred Kaplan dans Slate. Car les deux événements sont étrangement similaires.

Le 3 juillet 1988, ce ne sont pas des rebelles en territoire contesté qui ont abattu le vol 655 d’Iran Air, mais bien un capitaine de la marine des États-Unis aux commandes d’un croiseur appelé le USS Vincennes.

Alors que le Boeing 777 du transporteur malaisien s’est aventuré dans une zone de guerre civile dans l’est de l’Ukraine, l’Airbus A300 iranien, qui assurait la liaison entre Téhéran et Dubaï, avait erré dans le détroit d’Ormuz, dans le Golfe Persique, où les navires américains protégeaient les pétroliers des attaques durant la guerre Iran-Irak.

Les rebelles prorusses pensaient sûrement s’attaquer à un avion militaire ukrainien, et, de la même manière, le capitaine de la marine américaine Will Rogers III a confondu l’Airbus avec un avion de chasse F-14.

Le missile russe sol-air de type SA-11, qui a touché l’avion malaisien, a fait 298 morts, dont 80 enfants. Le missile américain sol-air de type SM-2, qui a abattu l’avion iranien, a tué 290 passagers, incluant 66 enfants.

Depuis la tragédie du vol MH17, les autorités russes ont menti de diverses façons pour réfuter une quelconque responsabilité dans l’incident, rejetant plutôt le blâme sur le gouvernement ukrainien. En 1988, les autorités américaines ont eux aussi menti, avant de rejeter la faute sur le pilote iranien, l’accusant d’avoir amorcé une descente à grande vitesse et de s’être dirigé directement vers le USS Vincennes – ce qui était faux. Il aura fallu attendre huit ans avant que le gouvernement américain indemnise les familles des victimes et expriment leur « profond regret », sans s’excuser pour autant. Fred Kaplan explique qu’aujourd’hui encore, de nombreux Iraniens refusent de croire à une erreur.

La tragédie du vol 655 d’Iran Air, un quart de siècle plus tard, se classe encore comme la septième catastrophe aérienne la plus meurtrière – le vol MH17 de Malaysia Airlines a fait son entrée au sixième rang de ce triste palmarès. Cette tragédie, surtout, reste comme l’une des fautes les plus inexcusables du Pentagone, selon l’auteur.

« Poutine et les personnes qui ont lancé de missile devraient être tenus responsables, tout comme Ronald Reagan et les membres d’équipage du USS Vincennes auraient dû l’être, même s’ils ne l’étaient pas. Mais le fait de tenir responsable et d’infliger une punition juste ne signifient pas donner l’étiquette de terroriste ou de criminel de guerre. D’abord, parce qu’il faut faire la distinction entre une horrible erreur de guerre et un monstrueux acte de terrorisme. Ensuite, parce que l’intérêt principal de l’Occident en Ukraine est – ou devrait être – de faciliter un règlement pacifique. La fièvre sécessionniste, que Poutine a attisée, a créé un climat qui a rendu possible une tragédie comme celle du vol 17 de Malaysia Airlines. C’est peut-être un bon moment pour changer ce climat. »

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4 commentaires
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Enfin un article, qui, sans excuser cette tragédie, jette un regard sensiblement plus nuancé. Chaque puissance, que ce soit les États Unis, la France, l’Angleterre, la Russie …a ses propres intérêts. Rien de nouveau. Et toutes (les puissances) ont commis des atrocités, n’en déplaise à ceux qui se pensent plus « blancs » que les autres. Alors, les médias, de grâce, faites votre travail, et n’encouragez pas la mémoire..sélective.

les amerlos ont aussi tuer presque tous les bisons pour affamer les indiens…..et avoir leur territoire.

S’il fallait s’attarder sur les bavures des militaires à travers l’Histoire, on n’en finirait plus. Les militaires sont comme les médecins, leurs erreurs, ils les enterrent.