La guerre floue

La guerre contre le terrorisme, lancée après les attentats du 11 septembre 2001, garde encore des contours flous. Difficile de déclarer la guerre à une tactique violente plutôt qu’à un adversaire.

Photo : Justin Lane-Pool / Getty Images

De quel terrorisme parle-t-on ? Les loups solitaires sont bien différents des organisations comme al-Qaïda. Il faudrait alors parler des terrorismes, tant le spectre est large. Et avec quels résultats ? La professeure Aurélie Campana, directrice de l’équipe de recherche sur les terrorismes et les extrémismes à l’Université Laval, aborde ces enjeux cruciaux dans L’impasse terroriste.

Car il y a impasse, dit-elle. La surenchère de « sécurisation », soit le discours qui désigne un risque comme une menace à la sécurité d’un État, a noyé la réflexion. Les États sont enfermés dans une approche essentiellement réactive. Avec des résultats mitigés.

« Les terrorismes ne peuvent être réduits à l’image que l’on en a », estime la chercheuse. Cette « guerre » a été lancée contre certaines organisations qui pratiquent le terrorisme. À l’inverse, des groupes qui font preuve du même type de violence, mais qui sont du « bon côté », ne souffriront pas des mêmes anathèmes.

De plus, si le terrorisme génère passablement moins de morts que d’autres formes de violences, il semble justifier toutes les dérives quant à l’atteinte des droits et libertés. Et la suspicion à l’endroit de l’étranger est érigée en principe, même si le terroriste intérieur est loin d’être rare.

Ainsi naissent les amalgames, comme le lien entre islam et terrorisme. Lorsqu’une attaque est commise par un musulman, le caractère terroriste ne semble faire aucun doute ; si elle est imputée à des groupes anarchistes ou d’extrême droite, il y a hésitation. Les actions perpétrées par des groupes autres que djihadistes sont dans ce cas minimisées. Reconnaître le caractère terroriste d’un acte devient alors un choix politique, comme on l’a vu lors de l’attentat contre la mosquée de Québec.

Le discours qui relègue les terroristes au rang de barbares exclut aussi de remettre en question le contexte politique et social. Pourtant, ils vivent bel et bien au cœur des sociétés qu’ils prennent pour cibles. Les études, rappelle l’auteure, ont montré l’étonnante normalité des terroristes, des « acteurs rationnels qui préméditent leurs actes et les inscrivent presque toujours dans un référentiel idéologique plus large ».

Ce phénomène s’inscrit dans un mouvement plus vaste de remise en cause des États, où « le cynisme a laissé place à une défiance vis-à-vis des gouvernements dans plusieurs franges des sociétés occidentales ». Ainsi, il faut mettre en parallèle le djihadisme et la montée de groupes d’extrême droite comme Pegida ou les Soldats d’Odin, qui accouchent de filiales dans plusieurs pays. Par effet de miroir, le rapport de ces groupes à la violence est de plus en plus décomplexé et assumé.

Une banalisation des extrêmes qui risque de compliquer davantage l’impasse.

« Parce que le terrorisme est érigé en menace existentielle, il ne peut souffrir l’inaction des politiques. La réaction émotionnelle, qui fait suite à tout attentat, conditionne largement les réponses données au terrorisme. Mais elle consacre également l’impasse dans laquelle se trouvent de nombreux États depuis des décennies. »

L’impasse terroriste : Violence et extrémisme au XXIe siècle, par Aurélie Campana, Éditions MultiMondes, 200 p.

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6 commentaires
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Vous oubliez un élément qui fait bien l’affaire des politiciens. Quand ils déclarent la « guerre » au terrorisme, ils veulent apaiser la population en surfant sur la peur et en faisant croire qu’ils sont « meilleurs », le tout dans le but de récolter des votes… et ça marche! En fait les terroristes ne sont que des groupes criminels et on aurait du les traiter comme tels. Les lois pénales qui traitent de la criminalité étaient grandement suffisantes pour faire face à ce genre de criminalité, voire en les améliorant pour les adapter un peu mieux au crime organisé.

Mais les semeurs de peurs « officiels » en profitent beaucoup et peuvent réduire les libertés en prétendant que c’est dans l’intérêt public, alors que dans les faits, il n’en est rien, ce n’est que dans leurs intérêts particuliers de politiciens qui veulent se faire élire. Cela a dégénéré en propagande éhontée, en fausses nouvelles (qui deviennent la norme) et en paranoïa collective qui alimente le populisme. Les sociétés occidentales ont manqué le virage et ont dérapé au point où c’est devenu incontrôlable et où les Trump de ce monde prennent de plus en plus de pouvoir…

Si mon pays était bombardé à tout bout de champs par certains pays qui veulent mes richesses et que ma famille aurait été massacré par ces bombardements, je crois que je deviendrait terroriste, les guerres fabriquent la haine, et crée les terroristes. Dans les années quarante on avait les communistes et maintenant on a les terroristes, quelle belle invention ça prend des méchants et des guerres pour faire vivre les fabricants d`armes…

@ Antoine,

Dans les années 40, c’était plutôt l’Allemagne nazi qui était à l’origine de la guerre et dans le Pacifique l’Empire du Japon. Quant-aux soviétiques, ils avaient signé un « pacte de non agression » qu’ils ont respecté jusqu’à ce qu’ils soient finalement eux aussi attaqués. Ce sont eux qui d’ailleurs ont payé le plus lourd tribut humain de toutes les nations. Sans eux le « monde libre » n’existerait plus ou alors bien pas.

Curieux comme ouvrage : on dirait que l’auteur envoie dos à dos
l’islamisme radical de Daeh et autres assimilés aux gropuscules
d’extrême-droite d’ici et d’ailleurs ? Y-aurait-il une tentative de l’auteur de dédouanner l’extrémisme politico-religieux islamique en le comparant ainsi ? Me semble que la menace incarnée par ces islamistes radicaux n’a aucune commune mesure avec les excités d’extrême-droite , du moins dans le
passage à l’acte . Non , je pense que cet ouvrage et son auteure
ne sont pas neutres . Y-a-t-il anguille sous roche ?

Al-Qaida,Daech,frères musulman, salafiste ect… Sont des groupes religieux fanatiques qui massacrent des gens innocents au nom d’ Allah ! Ils ne sont ni de gauche ou d’ extrême gauche ; ils sont des terroristes engagés et brandissent une religion pour justifier leurs meutres!! Pegida et soldats d’ Odin ne sont pas des terroristes et des meurtriers car ils n’ ont masacré personne en série et n’ ont pas de religion précise! L ‘adversaire pour ces demi-civilisés est l’ occident !

« Ainsi naissent les amalgames, comme le lien entre islam et terrorisme » [Sic]

Ah ! Celle-là, elle est bien bonne…. Faudrait-il conclure que de lien il n’en serait point ?

Très honnêtement, la probabilité que je lise ce livre m’apparait plutôt faible…. À moins qu’une âme charitable, peu importe sa confession ou sa non-confession…. Choisisse de m’en faire cadeau.

Nous savons explicitement que les plus grandes victimes du terrorisme, ce sont d’abord et avant tout les musulmans. Nombre de musulmans modérés appellent à une réforme de l’islam. Peut-être qu’il existe des liens entre plusieurs préceptes enseignés dans le hadith, le Coran et la sunna qui aient été interprétés de manière à favoriser toutes formes de violence envers les mécréants. Les mécréants étant aussi des musulmans.

Forme de violence envers les non-musulmans qui n’existait d’ailleurs pas avec Saladin.

C’est aux musulmans de s’engager dans un islam plus lumineux et non aux occidentaux de s’autocensurer sur l’autel de la raison. D’ailleurs, rien n’indique que les musulmans ne soient pas sur la bonne voie. J’apprécie tout particulièrement l’approche réformatrice du prince héritier Salman d’Arabie Saoudite qui démontre une ouverture sur le monde qui n’existait pas dans ces vieilles monarchies auparavant.

À ma connaissance, le terrorisme d’Extrême droite est plutôt marginal. Cependant, cette droite représente une force invisible qui serait prête à s’emparer du pouvoir (au besoin) par la force en cas de faillite de la démocratie en occident.

La soi-disant « révolution » ukrainienne montre assez bien de quelle façon l’extrême droite procède. Pourtant, cela témoigne de l’aveuglement volontaire dont font preuve nombre de gouvernements (incluant notre propre gouvernement) qui ont vu dans l’Euromaidan, un chant, une clameur en faveur de la liberté.

C’est cet aveuglement qui profite essentiellement à toutes les extrêmes peu importe la teinte politique ou la religion. Quand les valeurs civiques et celles de la « République » sont appliquées scrupuleusement, les gens de toutes conditions sont alors le plus susceptibles de coexister pacifiquement.

J’en profite aujourd’hui pour produire cette assertion en mémoire de Martin Luther-King qui avait si parfaitement compris que ce sont les droits civiques et leur complétion qui contribuent à former ce qu’on appelle : « une nation ».