La malédiction du n° 2 de l’État islamique

Comment expliquer les annonces répétées de la mort du deuxième commandant du groupe armé État islamique?

Le numéro deux de l’État islamique (EI) a trouvé la mort le 13 mai dernier lors d’un bombardement aérien. Puis, le 18 août, il a de nouveau péri au cours d’une attaque menée par la coalition internationale. Et rebelote le 13 octobre.

Évidemment, l’annonce répétée de la mort du numéro deux du groupe armé interpelle. Les médias livrent-ils de mauvaises informations? Y a-t-il plusieurs «n° 2» au sein de l’EI? Ou pire: une malédiction frappe-t-elle la position de sous-commandant de l’organisation?

Une chose est sûre: dans un enregistrement audio publié à la mi-octobre sur des sites islamistes, le porte-parole du groupe armé a confirmé la mort de ce fameux numéro deux: «L’Amérique s’est réjouie de la mort d’Abou Mutaz al-Qurashi, qu’elle considère comme une grande victoire.»

Une confirmation qui intervient de nombreuses semaines après l’annonce par la Maison-Blanche de la mort d’al-Qurashi à Mossoul (Irak), le 18 août, lors d’une attaque de drone. Le Conseil de sécurité nationale des États-Unis l’avait alors présenté comme l’adjoint principal d’Abou Bakr al-Baghdadi, le chef de l’EI.

L’officialisation du décès de cet ancien professeur de physique devenu le lieutenant d’al-Baghdadi en Irak a pris de court différentes organisations médiatiques, dont CNN, qui avait déjà annoncé sa mort en décembre 2014, citant de hauts responsables du gouvernement américain. Pour justifier ce revirement de situation, un représentant états-unien a confié à CNN qu’une mauvaise identification avait mené à cette information erronée.

Outre ces errements, le principal élément de confusion repose sur les multiples identités sous lesquelles les membres de l’État islamique sont connus. Abou Mutaz al-Qurashi était le nom d’emprunt de Fadhil Ahmed al-Hayali, qui se faisait également appeler Hadji Moutazz et Abou Muslim al-Turkmani.

Ainsi, lorsque le Daily Mail rapporte la nouvelle du décès d’al-Hayali et que France Info annonce la mort de Moutazz, tous deux désignés comme numéro deux de l’État islamique, les informations semblent discordantes, mais elles renvoient à la même nouvelle, et surtout, à la même personne.

Autre élément propice à la confusion: la difficile compréhension de l’échelle de commandement de l’EI par les médias. Ainsi, le rôle du «n° 2» semble attribué à diverses personnes au sein de l’organisation. Lorsque, après une allocution du ministre irakien de la Défense, la BBC a annoncé en mai dernier le trépas du commandant en second, l’organe de presse ne faisait pas référence au lieutenant d’al-Baghdadi en Irak, mais à un autre haut responsable de l’EI, présenté alors comme étant Abdul Rahman Mustafa Mohammed — aussi connu en tant qu’Abdul Rahman Mustafa al-Qaduli et Abou Alaa al-Afari.

La mort d’al-Afari est toutefois loin d’être avérée. D’ailleurs, le programme Récompenses pour la justice du gouvernement américain offre toujours jusqu’à sept millions de dollars à celui ou celle qui pourra fournir des informations permettant de le traduire devant une cour. Dans la hiérarchie de ce qu’on pourrait appeler les «têtes mises à prix» de l’EI, il apparaît en deuxième position après al-Baghdadi, pour lequel les États-Unis offrent 10 millions de dollars.

Dans un article visant à faire la lumière sur la structure de gouvernance de l’EI, l’International Business Times écrit:

«Au sommet de la structure se trouve le calife, Abou Bakr al-Baghdadi, dont le vrai nom est Ibrahim Awad Ali al-Badri al-Samarrai. Deux autres hommes suivent dans l’échelle du pouvoir: Abou Muslim al-Turkmani, qui supervise l’EI en Irak, et Abou Ali al-Anbari, l’adjoint d’al-Baghdadi en Syrie. […] Il a été évoqué qu’une nouvelle personne avait pris la place d’al-Baghdadi: Abou Alaa al-Afari.»

Selon différents médias (ici ou encore ici), al-Afari aurait remplacé al-Anbari en tant qu’actuel commandant en second. Il serait donc le réel numéro deux de l’organisation. Et il pourrait même avoir accédé au plus haut rang de l’EI. Car, si la mort du «n° 2» est un serpent de mer, il y a une autre nouvelle qui fait régulièrement son apparition dans les médias: la grave blessure, voire la mort, d’Abou Bakr al-Baghdadi lui-même.

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1 commentaire
Les commentaires sont fermés.

tant mieux si cette larve est morte ,
de toute facon ils vont tous y passer un apres l’autre car si c’est pas les russes ca va etre leur créateur le jour ou ils ne servironts plus a rien mais je pense que poutine va s’en charger lui meme et tres bientot.