La nouvelle Russie

Les autorités russes n’ont reculé devant rien pour transformer la petite station balnéaire de Sotchi en paradis des Jeux d’hiver. Pour le président Vladimir Poutine, c’est là le symbole de la nouvelle Russie.

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Le village olympique d’Adler, en banlieue de Sotchi, où se dérouleront les compétitions intérieures, dont le hockey, le patinage de vitesse et le patinage artistique. Au premier plan : le Palais des glaces Bolchoï. – Photo : Ria Novosti / Camera Press / Redux

Au large des plages de galets et d’une promenade remplie de restaurants et de cafés-terrasses, des baigneurs se laissent doucement porter par les vagues de la mer Noire. D’autres ont envahi les piscines des grands hôtels. En cet après-midi de novembre, le mercure indique 28 ˚C et tout Sotchi semble n’avoir qu’un objectif : se rafraîchir.

En déambulant dans ses rues bordées de palmiers, il est difficile d’imaginer que la Miami des Russes accueillera bientôt les Jeux olympiques… d’hiver.

« Nous aussi, les résidants de Sotchi, on a été très surpris quand on a su que le président Poutine voulait organiser des Jeux ici », dit Vitali Gajauskas, que j’ai rencontré dans le port de plaisance, près du centre-ville. Vêtu d’un jean et d’un t-shirt blanc, ce souriant ouvrier de 34 ans lance sa ligne à l’eau, comme il le fait presque tous les jours après le travail, même durant les mois les plus froids — la température, ici, ne tombe presque jamais sous le point de congélation (en février, elle grimpe même régulièrement au-dessus de 10 ˚C).

La ville ne compte ni patinoire extérieure ni aréna, encore moins d’équipe de hockey, de curling ou de patinage de vitesse. D’où l’incrédulité générale quand Sotchi a ravi les Jeux d’hiver, en 2007.

Mais Vitali Gajauskas peut difficilement se plaindre. Sa ville s’est depuis muée en l’un des plus grands chantiers de construction de la planète. Et il n’a jamais eu autant de boulot.

Nouvelles routes, nouveaux tronçons ferroviaires entre l’aéroport, la ville, le village olympique et les montagnes, nouveaux hôtels : les autorités russes ne reculent devant rien pour transformer cette petite station balnéaire en paradis des Jeux d’hiver.

Vladimir Poutine en a fait une affaire personnelle et il se rend régulièrement sur place pour superviser l’évolution des travaux. « Ce sont ses Jeux et il est conscient de leur pouvoir comme facteur de changement », dit le président du comité organisateur des Jeux, Dimitri Chernyshenko. Poutine veut en faire le symbole de la nouvelle Russie, de sa puissance retrouvée sur l’échiquier mondial.

Avant d’obtenir le feu vert du Comité international olympique (CIO), le président Poutine et son équipe ont d’abord dû expliquer à des membres médusés pourquoi ils voulaient tenir les Jeux dans la zone la plus chaude de Russie. Ils ont même transformé cette apparente anomalie en un outil de marketing. À Sotchi, en bordure des routes, d’immenses panneaux publicitaires mettent en scène une jeune planchiste, légèrement vêtue, dévalant en souriant une pente enneigée bordée de… palmiers.

Depuis les côtes de la mer Noire, il suffit pourtant de lever les yeux vers l’arrière-pays pour comprendre pourquoi le monde aura bientôt rendez-vous ici. Au loin se dressent les spectaculaires sommets enneigés qui encerclent Krasnaïa Poliana, où se dérouleront une myriade de compétitions, dont le ski de fond, les sauts à ski et l’épreuve reine des Jeux d’hiver, la descente de ski alpin.

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Les sommets enneigés de la station Rosa Khutor, qui accueillera les épreuves de ski de fond, de saut et de ski alpin. / Photo : Alex Livesey / Getty Images

« Vos confrères journalistes aiment bien faire de la provocation et demander pourquoi les Russes sont allés aménager des stations de ski dans la seule zone subtropicale du pays », dit Jean-Marc Farini, directeur du centre Rosa Khutor, qui accueillera les épreuves de ski. « Il faut rétablir certaines choses. Avant qu’on y construise des remontées mécaniques, ces pentes étaient le paradis de l’héliski en Russie. On reçoit plus de neige, et de plus grande qualité, que dans les Alpes, et les dénivelés atteignent près de 2 000 m, ce qui se compare aux plus grands sommets d’Europe. »

Dépêché par la Compagnie des Alpes, qui gère 14 domaines skiables — dont les mythiques Val-d’Isère, La Plagne et Chamonix —, ce Français de 38 ans supervise, en partenariat avec une entreprise russe, l’un des plus grands chantiers des Jeux.

« Quand je suis arrivé ici, il y a cinq ans, il n’y avait même pas les fondations du bâtiment où nous nous trouvons. Il y avait un premier pont provisoire pour enjamber la rivière, mais globalement, c’était encore la forêt primaire du Caucase », dit-il en indiquant de sa main la fenêtre de son bureau, d’où on voit les sommets enneigés.

Aujourd’hui, Rosa Khutor compte des dizaines de bâtiments neufs abritant hôtels, restaurants et boutiques. En se promenant dans ses allées piétonnes, couvertes de pavés rouges, on se croirait dans un village des Alpes.

À une différence près : la mer, qu’on aperçoit par temps clair du haut des pentes, n’est qu’à une quarantaine de kilomètres en contrebas.

Pour relier Adler, en banlieue de Sotchi, où auront lieu les compétitions intérieures (dont le hockey, le patinage de vitesse et le patinage artistique), à Rosa Khutor, les autorités russes ont construit une autoroute, plus rapide que l’ancienne route sinueuse. Elles ont aussi percé cinq tunnels dans les montagnes, pour permettre le passage d’un train ultramoderne aux voitures spacieuses.

Lors de mon passage, en novembre, le nouveau tronçon ferroviaire venait tout juste d’être inauguré. Le trajet entre le village olympique et Rosa Khutor n’a duré qu’une demi-heure. Au passage, le train s’est arrêté à deux stations de montagne existantes, dont Gazprom (qui appartient au géant gazier contrôlé par l’État), où vient souvent skier Vladimir Poutine.

S’ils le désirent, les spectateurs des Jeux pourront assister aux épreuves de descente en matinée, aller prendre l’apéro dans un café au bord de la mer Noire et revenir dormir à leur hôtel au pied des pentes…

Au plus fort des travaux, au moins 55 000 ouvriers étaient à l’œuvre dans la région. Facture totale : quelque 51 milliards de dollars américains, soit plus de quatre fois le budget prévu au départ. Les Jeux de Sotchi seront les plus chers de l’histoire du mouvement olympique (ceux de Pékin n’auraient coûté « que » 40 milliards).

Mais la comparaison est injuste, soutient le chef du comité organisateur, Dimitri Chernyshenko. « Pour nous, les Jeux sont comme une baguette magique : ils sont l’occasion de bâtir toute une région », dit-il.

Jean-Marc Farini lui donne raison. Il serait malhonnête, selon lui, de ramener le coût des Jeux de Sotchi à un mois de compétitions. « Il s’agit de développer une région qui était objectivement en retard, d’un point de vue urbanistique et touristique. Ces investissements vont produire leurs effets au cours des 50 ou 100 prochaines années. Paie-t-on le bon prix ? Je ne sais pas. Mais ici, à Rosa Khutor, je ne vois pas de dérive, d’éléphant blanc, de surenchère. Nous avons fait les choix d’aménagement en ayant les pieds sur terre — j’allais dire dans la boue. Ce qui a été construit est utile et aura une vie après les Jeux. »

La vraie différence, précise-t-il, c’est la rapidité des travaux. « Ce qui aurait été échelonné sur 40 ans chez nous, en France, aura été fait ici en 4 ans ! »

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Un spa hôtel construit à Sotchi, dans une nature luxuriante. – Photo : Itar-Tass

La manne pétrolière n’est pas étrangère à l’ampleur des aspirations du gouvernement pour la région. La Russie a surpassé l’Arabie saoudite, il y a quelques années, à titre de premier producteur mondial. En décembre, le pays a établi un nouveau record national de production avec 10,6 millions de barils par jour. Autant de nouveaux pétrodollars dans les coffres de l’État, propriétaire des principales sociétés pétrolières et gazières du pays.

D’autres attribuent l’ampleur des travaux dans la « Riviera russe » et les montagnes de Krasnaïa Poliana à un certain « idéalisme » hérité de l’ère soviétique. Chercheur pour plusieurs groupes de réflexion, dont l’International Crisis Group, et journaliste au Moscow Times, Ivan Nechepurenko rappelle que les Soviétiques ont été les premiers à envoyer un homme dans l’espace et à tenter d’incarner l’idéal communiste à l’échelle d’un État pendant des décennies. « Il subsiste encore, quelque part, cette idée que rien n’est impossible », dit ce diplômé en relations internationales de la London School of Economics. Tenir des Jeux sous les palmiers, quitte à forer des montagnes pour y faire circuler un train à haute vitesse, et, du coup, revitaliser toute une région ? Selon lui, au regard des ambitions passées des Soviétiques, ça ne semble pas démesuré.

Tout comme leurs prédécesseurs soviétiques, les actuels dirigeants de la Russie semblent prêts à tout pour atteindre leurs objectifs. Même s’il leur faut parfois fermer les yeux sur certains abus.

L’ONG Human Rights Watch a dénoncé de nombreuses violations des droits des travailleurs étrangers, souvent turcs ou venus de pays du Caucase voisin. Certains, hébergés dans des conditions insalubres, n’ont pas été payés pendant des mois. Et ils ne peuvent se plaindre, sous peine de se voir expulsés du pays.

Une forte odeur de corruption flotte aussi sur Sotchi. De nombreux entrepreneurs ont dénoncé le processus d’attribution des contrats. Cité dans le documentaire-choc Les Jeux de Poutine, produit par l’Allemande Simone Baumann et présenté en première mondiale en novembre à Amsterdam, l’un d’eux soutient que, pour obtenir des contrats, on devait verser des pots-de-vin, en argent, directement à l’administration présidentielle. Critique féroce de Vladimir Poutine et candidat battu à la mairie de Sotchi, Boris Nemtsov a enquêté pendant des mois sur cette question. Il en arrive aux mêmes conclusions. « Seuls les oligarques et les proches de Poutine se sont enrichis », dit-il. Selon lui, pas moins de 25 à 30 milliards de dollars auraient ainsi été détournés, ce qui expliquerait en bonne partie l’explosion du coût des Jeux.

Dans les rues de Sotchi, les allégations de corruption ne surprennent guère. « Demandez à n’importe qui : tout le monde est au courant, tout le monde ! » me dit Ayona Biergielski, 21 ans, que j’ai rencontrée dans une allée piétonne surplombant la mer Noire, près d’un kiosque offrant aux passants de faire l’essai d’une mitraillette Kalachnikov.

Vêtue d’un t-shirt « New York », cette étudiante en gestion ne paraît pas tant frustrée que résignée. « Je sais que tous ces travaux de construction sont bons pour l’économie, mais ça entraîne beaucoup de problèmes. Les prix augmentent, et puis c’est devenu impossible de circuler dans la ville. Pour se rendre à Adler, on mettait auparavant une demi-heure ; il faut maintenant compter près de deux heures ! »

Comme d’autres résidants, elle n’est pas convaincue des bienfaits des Jeux pour sa ville natale, qu’elle ne reconnaît plus.

Déjà renommée à l’époque des tsars pour les sources thermales qui coulent dans ses environs, Sotchi avait cimenté sa réputation de capitale d’été sous le régime soviétique. Lénine, qui voulait transformer la ville en paradis de l’ouvrier, y a fait construire des dizaines de sanatoriums, ces fameux « hôtels santé » prisés des Russes.

Certains existent encore, comme le Metallurg, qui accueillait jadis les ouvriers du métal. Mais ces dernières années, des sanatoriums ont été rasés pour faire place à de nouveaux hôtels. L’un d’eux a été transformé en établissement cinq étoiles, le Grand Hotel and Spa Rodina (aux suites à 1 000 dollars la nuit), où ont officiellement été signés les contrats avec le CIO.

Aux côtés de vestiges de la période soviétique — comme l’hôtel Zhemchuzhina, un monstre de béton de 1 000 chambres construit pendant les années 1960, où je loge — poussent des tours en verre ultramodernes. Lors de mon passage, des centaines d’ouvriers étaient à pied d’œuvre pour terminer un luxueux hôtel de la chaîne Hyatt… juste en face d’un parc où trône une grande statue de Lénine.

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Le Palais de patinage artistique Iceberg. – Photo : Photo : Lebedev A. / Itar-Tass
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La gare ferroviaire de Sotchi. – Photo : Camera Press / Redux
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Les pistes de ski de fond de Rosa Khutor. – Photo : EPA / Yuri Kochetkov
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L’intérieur de l’Iceberg. – Photo : Paul Gilham / Getty Images

 

La transformation de Sotchi ne cessera pas après la tenue des Jeux. Dès l’automne 2014, la ville accueillera une course de formule 1. En 2018, elle recevra la Coupe du monde de football…

« Les Jeux olympiques sont l’occasion, pour les pays qui les accueillent, de montrer au monde ce qu’ils ont dans le ventre, et en cela la Russie n’est pas différente », dit l’ancien hockeyeur-vedette Viacheslav Fetisov, aujourd’hui politicien influent proche de Vladimir Poutine. « Mais il est vrai que, pour nous, la question de l’image est très importante. » Lorsqu’il était ministre des Sports, au milieu des années 2000, cet ex-joueur du Dynamo de Moscou et des Red Wings de Détroit a sillonné la planète pour convaincre les membres du CIO du bien-fondé de la candidature russe. « On a axé notre stratégie sur la tradition d’hospitalité et l’image de la nouvelle Russie, dit Fetisov, 55 ans. Les gens jugent encore les Russes sur de vieilles idées préconçues. Comme si Staline ou Lénine étaient encore au pouvoir ! »

Fetisov m’a donné rendez-vous au Chaika, un chic restaurant aménagé dans une péniche, sur la rivière Moskova, face au World Trade Center de Moscou. Tiré à quatre épingles pour une séance de photos organisée par un magazine russe, l’ex-athlète aux lunettes à fine monture semble chez lui dans ce lieu de rencontre d’oligarques et de millionnaires. Mais il tient à rappeler ses origines modestes.

« Je suis né sous les bombes, dans une petite maison où l’on manquait de nourriture, de vêtements, de tout », me dit-il d’un air grave. Il se souvient encore avec émotion du jour où il a, pour la première fois, mis les pieds en Amérique. C’était à Montréal, en 1973. Alors âgé de 15 ans, il participait à un tournoi opposant son équipe aux meilleures formations juniors du Québec et de l’Ontario. « Je me souviens encore des caméras de télé à notre sortie de l’avion, du marbre et des chandeliers à l’hôtel cinq étoiles où on logeait, des plats de viande, de poissons, de fruits, et de la télévision avec 50 chaînes. C’était un tel choc que je n’avais pas dormi de la nuit. »

Plusieurs années plus tard, à la fin des années 1980, Fetisov s’est joint à la Ligue nationale de hockey. « Ça a été une longue bataille, parce que la liberté de choix et de parole n’existait pas à l’époque. J’ai défié le système et je l’ai battu. »

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Viacheslav Fetisov, ex-ministre des Sports et proche de Poutine, avec les champions de la coupe de hockey russe en 2006. – Photo : M. Kolesnikova / AFP / Getty Images

Le régime soviétique est tombé au début de sa carrière en Amérique, une carrière de 13 ans au cours de laquelle il a remporté la coupe Stanley à titre de joueur avec les Red Wings de Détroit en 1998, puis d’entraîneur adjoint des Devils du New Jersey en 2000. En 2002, il a reçu un appel qui a changé sa vie : Vladimir Poutine lui offrait le poste de ministre des Sports.

« Depuis que je suis revenu ici, j’ai voyagé dans toutes les régions de la fédération. Je sais que la vie a changé, surtout pour le mieux. » Son pays, dit-il, se modernise à la vitesse grand V, même s’il reste encore, de son propre avis, « beaucoup de travail à faire ». « Ce n’est pas facile d’effectuer la transition entre le communisme et le capitalisme avec un processus démocratique. Ça demande du temps. »

Membre du Conseil de l’Europe, il dit se heurter à un mur d’incompréhension dès qu’il s’adresse à ses collègues étrangers. « Je dois constamment leur rappeler à quel point la Russie s’est transformée de façon spectaculaire depuis 20 ans. Entendre toutes les conneries qu’on raconte encore sur mon pays, ça me révolte. »

Comme de nombreux autres proches de Poutine, Fetisov attribue notamment cette mauvaise image au filtre déformant… des médias occidentaux. En 2005, l’administration russe a décidé de s’attaquer à ce « problème » en créant sa propre chaîne télé d’information continue, Russia Today, rebaptisée RT. « Parmi les grands pays, la Russie était le seul à ne pas avoir son propre réseau, ce qui est une honte », m’explique Margarita Simonyan, rédactrice en chef du réseau.

Fille d’un réparateur de frigos et d’une mère à la maison, Simonyan avait tout juste 24 ans quand elle a été propulsée à la tête de RT, après une courte mais fructueuse carrière de correspondante pour Rossiya, une des principales chaînes publiques.

Neuf ans plus tard, depuis le siège tout neuf de RT aménagé dans une ancienne usine de thé d’un secteur industriel de Moscou, cette petite brune au regard franc et un brin moqueur dirige un véritable empire médiatique, doté d’un budget chiffré en centaines de millions de dollars. En plus de l’anglais, RT diffuse en arabe et en espagnol dans une centaine de pays, dont le Canada.

« Regardez CNN ou la BBC, me dit-elle en désignant les dizaines d’écrans de télé accrochés à un des murs de son vaste bureau. Ce sont toujours les mêmes noms cités, les mêmes nouvelles, dans le même ordre. Pouvez-vous réellement croire que le monde se résume à cela ? C’est ridicule. On essaie d’ajouter à cette vision du monde. »

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Margarita Simonyan, rédactrice en chef du réseau Russia Today, nie que les Jeux de Sotchi puissent être une vaste opération de relations publiques pour la Russie. – Photo : Vladimir Rodionov / AFP / Getty Images

Même si ses activités sont financées à 100 % par le Kremlin, RT n’est pas un organe de propagande du régime, martèle Simonyan. « On ne fait pas plus de propagande que la BBC, créée pour amener un point de vue britannique sur le monde. De Moscou, on voit le monde sous une lumière différente que depuis Londres ou Washington, c’est tout. Vous, des médias de l’Ouest, vous êtes encore pris dans de vieux stéréotypes sur la Russie qui datent de la guerre froide. Comme si la Russie n’avait pas évolué. »

Arrestation d’opposants politiques et de militants de Greenpeace, lois interdisant la « propagande homosexuelle » et l’adoption d’enfants russes par les Américains… Ces derniers mois, le régime Poutine fournit lui-même beaucoup d’arguments à ses détracteurs, lui fais-je remarquer. RT diffuserait-elle des nouvelles contraires aux intérêts de son bailleur de fonds ? « Des tonnes, me répond Simonyan. La différence, c’est qu’on donne aussi du temps d’antenne aux partisans de ces mesures. »

Selon elle, la Russie n’a pas de leçons à recevoir des journalistes étrangers, surtout américains. « Qui a le taux d’incarcération le plus élevé au monde ? demande-t-elle sur un ton de défi. Les États-Unis ! C’est inacceptable que des habitants d’un pays où existe encore la peine de mort donnent des leçons de démocratie et de droits de l’homme. »

Quand je lui demande si les Jeux de Sotchi ne sont pas une vaste opération de relations publiques pour la Russie, Margarita Simonyan se braque. Ce serait « ridicule », beaucoup trop coûteux et inutile, dit-elle. Car de toute sa carrière, elle n’a encore jamais lu ou vu un seul reportage « objectif » sur la Russie. « Pas un seul ! Et j’en lis tous les jours. Vous, serez-vous objectif ? J’en doute. »

* * *

18 000 $
PIB par habitant

5,7 %
Taux de chômage

10,6 millions
Nombre de barils de pétrole produits chaque jour en Russie, premier producteur mondial

 

 

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Photo : Anov Alexei / Itar-Tass / Corbis

Les défis de Poutine

AUGMENTER L’ESPÉRANCE DE VIE DES HOMMES

Après la chute de l’URSS, l’espérance de vie des hommes russes a chuté sous la barre des 60 ans. Malgré une récente embellie, elle dépasse à peine 64 ans, alors que celle des femmes atteint 76 ans. Au banc des accusés : l’alcoolisme, le tabagisme et les accidents de la route.

VAINCRE LA DÉNATALITÉ

La Russie compte aujourd’hui moins d’habitants (142 millions) qu’en 1991, lors du démembrement de l’Union soviétique (148 millions). Au cours de chacune des dernières années, elle en a perdu en moyenne 900 000, surtout en raison de la mortalité. Selon un rapport de l’agence de notation Standard & Poor’s, le pays pourrait encore perdre 24 millions d’habitants d’ici 2050, ce qui entraînerait de graves conséquences économiques. Lors de sa réélection, Poutine a promis des mesures pour stimuler la natalité.

 

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Photo : Itar-Tass / M. Pochuyev / La Presse Canadienne

CALMER LES NATIONALISTES

Celui que le magazine Forbes a désigné comme l’« homme le plus puissant du monde » était à quelques mètres de moi. En ce jour pluvieux de novembre, au milieu d’une place Rouge déserte et lourdement surveillée, Vladimir Poutine soulignait à sa façon la Journée de l’unité nationale russe, décrétée en 2005 pour célébrer l’« unité » d’une population diversifiée. Dans une cérémonie soigneusement chorégraphiée, Poutine a salué les représentants des principales ethnies et religions de la fédération russe (qui en compte 160).

Au même moment, dans un quartier ouvrier de Moscou, des milliers de nationalistes profitaient de cette journée pour manifester bruyamment leur opposition à la « diversité ». « Nous voulons créer un État russe unitaire, sans républiques “nationalistes” [comme le Daguestan], dit Alexander Belov, un des organisateurs. Si le Kremlin ne répond pas à nos demandes, il devra faire face à plusieurs actions, comme celles qui ont eu lieu à Biriouliovo. »

En octobre, de violentes émeutes ont eu lieu dans ce quartier de Moscou à la suite du meurtre d’un jeune Russe par un travailleur immigrant. Les leaders nationalistes exigent depuis un durcissement des lois sur l’immigration.

ASSURER LA SÉCURITÉ

Cet été, le chef des islamistes du Caucase russe a appelé ses coreligionnaires à « empêcher par tous les moyens » le bon déroulement des Jeux de Sotchi. Les autorités russes, a-t-il dit dans une vidéo, « veulent organiser les Jeux olympiques sur les ossements de nombreux musulmans enterrés sur nos terres, le long de la mer ». Cette menace a ravivé les inquiétudes sur la sécurité dans cette région située près de la Tchétchénie et du Daguestan, deux des zones les plus explosives du Caucase. Et avec raison. Fin décembre, à moins de six semaines des Jeux, des attentats-suicides ont fait plusieurs dizaines de morts et de blessés à Volvograd, non loin de Sotchi.

Pendant les Jeux, les mesures de sécurité seront imposantes : athlètes et visiteurs devront franchir des portiques de détection de métaux avant d’entrer dans les gares, les aéroports et même les télécabines. Des milliers de soldats et policiers seront à pied d’œuvre dans la région. Pour décourager les attentats-suicides, le Parlement russe a aussi adopté une loi permettant de confisquer les biens des proches des terroristes.

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À la lecture, peut-on imaginer ces sommes faramineuses pour un tel événement? C’est inconcevable quand on sait comment nos sociétés sont si pauvres et si démunies. Des jeux pour des « riches », incroyable!

Bravo au peuple russe, et à son président Vladimir Poutine, bravo aussi à madame Margarita Simonyan qui dirige la radio internationale Russian Today, (dommage que le nom soit en anglais)il est rafraichissant d`avoir une voie de nos voisins du nord, car tout ce que l`on entend dire depuis la fin de la dernière guerre mondiale c`est un lavage de cerveau pour nous faire croire que les pays soit disant démocratiques possède la pure vérité et que tout les autres peuples que ce soit Allemand Japonais et surtout le peuple Russe sont de gros vilains méchants et que tout est laid chez eux et vive d`autres sons de cloche que BBC et CNN.