Ma rencontre avec Fidel Castro

Fidel Castro a accordé une entrevue fleuve à la journaliste Paule Robitaille en octobre 2000. Récit d’une rencontre avec cet homme plus grand que nature.

Le premier ministre Pierre Elliott Trudeau et le président cubain Fidel Castro lors d’une visite à La Havane, 27 janvier 1976. (Photo: Fred Chartrand / La Presse canadienne)

L’homme qui me prend affectueusement par les épaules pour m’emmener à son bureau est un monument du XXe siècle. La révolution cubaine de 1959, c’est lui. Les discours-fleuves de quatre heures du haut d’un balcon à La Havane, c’est lui. Le frère spirituel du Che, David qui vainc Goliath à la baie des Cochons en 1961, c’est lui !

Fidel Castro, 74 ans, est entré en trombe avec, à sa suite, une demi-douzaine de personnes. Nous sommes en octobre 2000, à Cuba, au palais présidentiel. Je suis correspondante pour Radio-Canada en Amérique latine et suis venue pour l’interviewer. Le « Líder Máximo » revient des funérailles de son ami Pierre Elliott Trudeau, à Montréal. Son charisme envahit la salle. Gainé dans son éternel treillis vert olive, il nous serre dans ses bras de grizzli, mes coéquipiers et moi, comme s’il nous avait toujours connus. Dans l’étreinte, nous sentons la veste pare-balle sous l’uniforme de cet homme que de multiples attentats ont rendu paranoïaque.


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Il nous invite à passer dans son bureau et nous fait voir un court film d’une quinzaine de minutes monté à partir de ses archives personnelles sur le premier voyage officiel de Pierre Trudeau à Cuba, en 1976. On y voit Margaret Sinclair tendant Micha, son petit dernier, à Fidel, qui le prend paternellement dans ses bras ; on voit ensuite les deux hommes d’État debout dans une imposante décapotable. Le tout au son des Variations Goldberg interprétées par Glenn Gould. Castro hoche la tête, ému. Le caudillo est le champion de la mise en scène.

Il me dit que notre rencontre sera bien plus qu’une entrevue, elle sera une confidence. Il charme, il cajole, il captive, il hypnotise. Sartre, de Beauvoir, nombre de journalistes et de personnalités politiques ont été ainsi aveuglés. Et à revoir cette entrevue 15 ans plus tard, je constate que je ne fais pas exception à la règle.

Au début de sa révolution, pendant que les exécutions sommaires que lui-même approuvait ébranlaient son île, Castro amusait la galerie et jetait de la poudre aux yeux. Le monde entier se pâmait devant ces révolutionnaires barbus, le cigare aux lèvres, qui promettaient la naissance d’un homme nouveau. On en oubliait presque les exécutions sommaires, les procès expéditifs et les arrestations en masse qui auraient fait des milliers de victimes, et l’exode de centaines de milliers de Cubains vers les États-Unis. Mais je ne lui pose aucune question sur ces temps troubles, l’entrevue doit se borner à Pierre Trudeau. Je me demande comment passer outre à cet engagement, alors moi aussi, je charme avec un but bien précis.

Castro me raconte que, dès les premiers contacts avec l’ancien premier ministre du Canada, le courant a passé. On le croit : c’étaient deux idéalistes d’une même génération, soumis, à l’adolescence, à la discipline spartiate des Jésuites ; qui ont frayé, jeunes adultes, avec le nationalisme extrême de l’Espagne de Franco, de la France de Pétain et de l’Allemagne nazie ; tous les deux se sont rendu compte de cette « erreur de jeunesse » ; et tous les deux étaient d’une ambition dévorante.


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Ils ont finalement opté pour deux idéologies opposées ; Trudeau se porte en défenseur du libéralisme et des libertés individuelles, et Castro devient le don Quichotte du léninisme et le chantre du collectivisme. Une idée toutefois les rassemble encore : l’indépendance à l’égard des États-Unis, parce que Trudeau, lui aussi, a su se tenir debout devant l’impérialisme américain. Voilà ce que Castro souhaite rappeler. C’est tout ce qui lui importe. Il y a très peu d’hommes d’une telle intégrité, répète-t-il, d’une telle loyauté à l’endroit de ses amis. Il pense à lui, bien sûr. Le « Líder Máximo » baratine, il ne se confie pas.

De sa petite île à 144 km des côtes de la Floride, fantasque, il a toujours tenu tête à l’ancien maître yankee. Mais à quel prix ? Lorsque je vois le décor minimaliste de son palais présidentiel, ce marbre froid, ce tapis rouge qui me renvoie à l’Union soviétique, je me dis que, somme toute, Castro a troqué un impérialisme pour un autre, qui l’a finalement lâché. En 2000, Cuba est au bord de la faillite.

Et puis, j’ose cette question : pourquoi ne pas vous soumettre à des élections libres ? « P-A-O-L-A ! » lance-t-il en hochant la tête mi-amusé, mi-réprobateur. Il n’en est pas question. Pour quoi faire ? Je lui suggère un dégel avec les Américains ; la démocratie, comme Gorbatchev, qui a lancé la perestroïka. Il devient rouge de colère, il s’indigne : « Gorbatchev ! Ce ver de terre ! Celui qui a détruit l’URSS ! Vous voulez que je fasse comme lui ? En Russie, le peuple a été trompé, volé de milliards et de milliards de dollars ! Non, jamais ! »

Pourquoi pas la liberté de presse sur votre île ? « Parce que les Américains ne cessent d’envoyer de la propagande anticastriste. » Pourquoi empêchez-vous la liberté d’expression ? Il explique que l’on peut dire ce que l’on veut à Cuba, pourvu que cela soit la vérité, sa vérité. Pourquoi 300 prisonniers politiques ? « Ce ne sont pas des prisonniers politiques, ce sont des contre-révolutionnaires. »

Il s’entête à me dire que son système est le meilleur. Les Cubains ne sont-ils pas tous lettrés ? Le système de santé n’est-il pas accessible à tous ? Si les Cubains ont la vie dure, si les magasins sont vides, si le peuple est rationné, ce n’est pas parce que l’économie selon Marx a échoué, non, c’est à cause de l’embargo américain. L’embargo, en effet, est la raison de tous ses maux. Lui, son système, ses choix n’y sont pour rien du tout. Décidément, en bon élève des Jésuites, il arrive à toujours avoir raison.

Notre rencontre aura duré deux heures et demie. Je suis épuisée. Guillermo Aldana, le caméraman, est en sueur. Castro, lui, à 74 ans, a une énergie débordante et j’ai l’impression qu’il pourrait continuer ainsi toute la nuit. Ce sont ses sous-fifres qui implorent Thomas Eckert, le réalisateur, de clore l’entrevue ; aucun n’ose dire à Castro de se taire. Il est sur une lancée. Quand l’entrevue est finalement terminée, j’évoque l’idée de faire baptiser mes deux enfants à Cuba. Il semble touché et ose même prétendre qu’il pourrait bien venir faire un tour à la cérémonie, me demande de le tenir au courant. Nous ne sommes plus au pays du marxisme.

Les adieux sont chaleureux, ses adjoints promettent de nous envoyer les photos officielles. Mais dès que le chauffeur du leader cubain nous dépose à notre hôtel, les numéros des téléphones cellulaires de la présidence ne fonctionnent plus, impossible de joindre qui que ce soit. Castro a disparu d’un coup de baguette magique.

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Fidel Castro a deux visages…. Vous devriez lire La Vie Cachée de Fidel Castro écrit par son ancien garde du corps Juan Raynaldo Sanchez et vous changerez d’opinion sur lui….

Peut être que l’opinion d’un ancien garde du corps aigri est au départ biaisée? Si Castro n’a pas été un modèle de vertu. Il n’était pas communiste au début. C’est le refus des riches compagnies américaines, et des seigneurs cubains qui préféraient garder Cuba sous leur coupe et comme le bordel américain. C’est cela qui a forcé Castro à se tourner vers le communisme. Il a fait de grande choses pour le peuple cubain mais il a aussi été un despote avec les actes normalement qu’un despote met en pratique.

Je vous invite à lire cet hommage fait au dit caudillo, au dit dictateur qui est tout de même plus que respecté par la très grande majorité de son peuple qui vit et a vécu sous sa dite dictature.

Il est très mal vue, voire interdit de dire du bien de Castro,
On peut dire sans grandes contraintes qu’il est un dictateur «sanguinaire» (le terme à la mode depuis le dénigrement de Kadhafi),
mais dire du bien est formellement interdit par ceux qui disent bien voir la marche du monde et surtout qui disent savoir qui est bon et surtout qui est méchant voire «sanguinaire» !

Mais bon!
Puis-je vous proposer

« Fidel – l’Humaniste »
à lire ici:

http://reseauinternational.net/fidel-lhumaniste/

Merci de permettre un son de cloche différent, même s’il n’est pas conforme à ce qu’on doit dire.

Serge Charbonneau
Québec

En réalité le dénigrement vient surtout de la droite anglo-américaine (y compris canadienne) et européenne. Ça fait partie d’objectifs politiques visant le pouvoir par tous les moyens, y compris la démagogie et le mensonge. L’hypocrisie est incommensurable: on fustige Castro mais on est ami ami avec les dictateurs d’Arabie saoudite (on leur vend même des véhicules militaires), de Chine et bien d’autres (sans parler des autres amis du passé comme Pinochet, la dictature militaire d’Argentine, du Salvador, du Nicaragua etc.).

Mais si on regarde ce qui se dit ailleurs, surtout en Amérique latine, c’est beaucoup plus nuancé et on reconnaît les progrès énormes du pays malgré le blocus américain. Cuba a envoyé des médecins pour traiter ebola alors que les ÉU ont envoyé des soldats. C’est vrai qu’une révolution ne se fait pas sans casser des oeufs (la révolution française en est un exemple convainquant) et qu’une vraie démocratie serait idéale, sans prisonniers politiques, mais si on regarde les ÉU et le Canada comme modèles de démocratie on reste sur notre faim… On a un Trump qui devient président malgré le fait qu’il a 2 millions de votes de moins que son adversaire et ici on a un gouvernement majoritaire avec moins de 40% des votes… et la promesse de changer le système semble avoir pris le bord des oubliettes. Ça c’est sans parler du sort peu enviable des peuples autochtones au Canada et le racisme systémique qui continue sans vergogne. On devrait se garder une petite gêne et c’est finalement l’Histoire qui jugera la période « Castro » de Cuba.

Cuba a envoyé des médecins… et ?

L’URSS avait bien exporté des céréales quand il y avait famine, laissant crever des centaines de milliers de personnes pour briller à l’international.

«malgré le blocus américain»
Dès qu’on lit blocus on sait qu’on lit les propos d’un castriste tombé sous le charme d’un régime autoritaire. C’était un embargo, un em-bar-go. Vous doutez ? L’URSS importait massivement le sucre cubain. Ca aurait été impossible sous un blocus. Depuis des décennies on peut acheter des cigares cubains partout en Europe. Là encore ça aurait été impossible sous un blocus.

Critiquer les autres pays, à tort ou à raison, est une technique grossière et ridicule pour tenter de masquer les graves manquements du régime de Castro.

Fidel Castro est décédé! Mais son peuple n’ est pas libre encore; il y a un long bout de chemin à faire avant qu’ il le soit ! Castro a libéré ses citoyens du méchant impérialiste américains pour les emprisonner sur leur île et vivre dans la pauvreté et l’ anonymat total ! Moi je préfère et de loin la liberté de choix , la liberté de parole, le libre commerce et le libre choix de voyager !!!!! À Cuba pour les gauchistes aveugles vous n’ avez aucune liberté! Tout le monde sait lire mais n’ ont paS LE DROIT DE LIRE ce qu’ ils voudraient lire! Les journalistes à Cuba n’ ont pas le droit d’ exprimer des opinions si ce n’ est que de parler du régime castriste! Les homosexuels emprisonner, les noirs n’ ont aucun droits ect… Castro va passer à l’ histoire comme un semblable à Mao Tsé Tung, Staline ect…

Parlant de liberté, notre premier ministre canadien, ne peux même pas donner son opinion sur Fidel Castro, surtout dire du bien…. Le gouvernement américain menace le Canada de sanction économique, allo beauly02, belle liberté.

En parlant de liberté; Cuba est une immense prison à ciel ouvert sous le joug d’ une dictature militaire !! Vous êtes à des années lumières de la liberté ! Trudeau a dit ce qu’ il pensait et ceux qui le dénigrent ne seront pas emprisonner!!!!!

Trudeau a été parfaitement libre de tenir des propos indécents à l’égard des victimes de Castro avec un glorieux hommage à Castro.

Il a été librement critiqué et il aurait pu tout aussi librement réaffirmer ses propos, mettre en avant une amitié personnelle alors qu’en chef d’État il devrait agir avant tout de manière responsable et pragmatique.

Pendant son discours il a parlé des droits des homosexuels et pendant le même discours il a une pensée émue pour Castro qui a pourtant persécuté les homosexuels.

Les USA ont menacé le Canada de sanctions économiques suite à la déclaration de Trudeau ? Pourriez-vous svp me fournir l’adresse de votre fournisseur de cigares cubains, ils ont l’air bon et enrichi de quelques substances intéressantes.

Au moins, sur ce dossier, les séparatistes felquistes et Pierre-Elliot Trudeau étaient en osmose: ils appréciaient tous Castro…

A mon sens, ce fut un grand homme pour Cuba. Il a fait de son peuple , un peuple fier, un peuple instruit, un système de santé parmi le meilleur au monde. Tout n’est pas parfait a Cuba, mais n’oublions pas que les Américains et surtout la mafia avait fait de cette île un bordel et que les Cubains étaient reconnu comme des illetrés.