La Thaïlande au bord du gouffre

Après des jours d’affrontements violents au cœur de Bangkok, les pires en 40 ans en Thaïlande, les chemises rouges ont finalement baissé pavillon devant l’armée. Mais la lutte entre les forces antigouvernementales et le régime en place pourrait bien se poursuivre en région, tant le fossé entre les deux camps reste profond.

La Thaïlande au bord du gouffre
Photo : David Longstreath/AP/PC

UN CLIVAGE SOCIOÉCONOMIQUE

Les chemises rouges sont issues du nord et du nord-est du pays, un milieu rural et pauvre où le sentiment d’aliénation à l’égard des élites de Bangkok est très fort. Elles incarnent désormais ce sentiment pour l’ensemble des populations rurales et défavorisées, qui représentent 65 % de la Thaïlande.

PAS DE LÉGITIMITÉ

Le premier ministre non élu, Abhisit Vejjajiva, n’a pas donné suite à la principale revendication des chemises rouges : tenir des élections anticipées d’ici novembre. Les « rouges » sont restés fidèles au premier ministre Thaksin Shinawatra, renversé par un coup d’État en 2006. Celui-ci avait adopté des politiques populaires, notamment dans le domaine de la santé et de l’éducation.

UN VIDE AU SOMMET

Le roi de Thaïlande, Bhumibol Adulyadej, perçu au pays comme la seule personne capable d’apaiser les tensions entre les deux camps, est resté muet jusqu’ici. Il est présente­ment hospitalisé. Le très popu­laire octogénaire était intervenu pour calmer le jeu dans chacune des crises passées. Son fils n’a pas sa carrure de chef d’État, ce qui laisse craindre un vide politique à beaucoup d’observateurs.