La traversée de tous les dangers

La journaliste Lisa-Marie Gervais et le photographe Pedro Ruiz ont passé trois semaines à la frontière sud du Mexique. Le long des rails, ils ont rencontré des dizaines d’émigrants clandestins rêvant de l’eldorado américain…

fleuve emigrants mexique

Le fleuve Suchiate est une frontière naturelle entre le Guatemala et le Mexique. Chaque jour, des centaines de personnes font traverser des marchandises sur des balsas, légalement ou pas. Ces radeaux de fortune sont des bouées pour les migrants qui ne savent pas nager. Beaucoup choisissent d’entrer au Mexique par cette voie, moins risquée que d’autres. À condition d’avoir sur soi quelques pesos pour graisser la patte de la police migratoire.

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La voie ferrée est en si piteux état près de la frontière sud du Mexique que le train n’y passe plus pour le moment. Les émigrants doivent donc se rendre à Arriaga. Une marche de 300 km depuis la frontière avec le Guatemala, entre 10 et 12 jours à se crevasser les pieds avant de pouvoir sauter dans le train.

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Les sans-papiers marcheront jusqu’à Arriaga, d’où ils prendront le train. Le chemin de fer, c’est la boussole qui les empêche de perdre le nord.

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Moment de répit sur les rails à Ciudad Hidalgo, ville frontière mexicaine, tout près du Guatemala. Fuyant les piètres conditions de vie du Honduras, Jorge a choisi de prendre la route vers le nord. Encore une fois. Il y a quelques années, il s’était rendu jusqu’au Canada. Le jeune homme y était tombé amoureux, mais il a été déporté au bout de quelques mois. Tout est à recommencer.

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Entouré de sa bande, Ovidio Fuentes (3e à partir de la gauche), surnommé « el gato » (le chat), ne se sépare pas de sa machette. Durant le trajet vers les États-Unis, il devra se protéger des extorsions des policiers migratoires mais aussi des attaques des membres du gang Mara salvatrucha, qui règnent sur le territoire comme des hors-la-loi.

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Pour être certain de ne pas manquer le train à Arriaga, dans l’État du Chiapas, cet émigrant a passé la nuit sur les rails. La vibration, à l’approche du train aux flancs rouillés, le réveillera. S’il le désire, il pourra aller se sustenter dans un refuge pour migrants non loin de là, tenu par le père Heyman Vázquez Medina.

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Le train de la compagnie Chiapas-Mayab, qui traverse tout le Mexique jusqu’à la frontière nord, près de la Californie, n’a pas d’horaire. Il peut passer le jour comme la nuit. La longue attente peut durer quelques jours. Mais les émigrants – des hommes âgés de 15 à 35 ans pour la plupart – n’ont rien à perdre.

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Le train est enfin en gare à Arriaga. Le regard frondeur, ce jeune émigrant semble n’avoir peur de rien. La longue traversée jusqu’au pays de l’Oncle Sam est pourtant semée de dangers.

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Le train de la compagnie Chiapas-Mayab est l’un des moyens de transport les plus utilisés par les émigrants clandestins. Souvent pris d’assaut par des bandits de grands chemins, il est surnommé le «train de la mort».

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C’est pour offrir une vie meilleure à sa fille de deux ans, restée au Guatemala, que José Mauricio a mis le cap vers le nord. En tentant de s’accrocher au train qui allait le mener à bon port, il a glissé. Un paysan qui passait par là l’a conduit à l’hôpital.

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Rufino est tombé du train… à quelques kilomètres du but. Il a été ramené tout au sud, à Tapachula. En attendant que ses plaies guérissent et qu’il soit reconduit dans son pays, il aide à la construction d’une nouvelle aile du refuge de Olga Sánchez, la seule au Mexique à s’occuper des mutilés. L’endroit deviendra un atelier de fabrication de prothèses.

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Il y a cinq ans, Oscar est parti du Guatemala pour tenter de réaliser son rêve américain. Un rêve qui s’est brisé sur les rails lorsqu’il est tombé du train en marche. Il a l’intention de refaire le voyage dès qu’il sera guéri.

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Sur une plage de Tijuana, ville frontalière mexicaine, il est possible d’observer les policiers américains, de l’autre côté de la clôture qui sépare les deux pays. Jour et nuit, cette zone est surveillée par le US Board Patrol et les hélicoptères de l’armée.

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Ce mur de tôle, aux abords de Tijuana, en face de Sans Diego, est comme une balafre dans le paysage. C’est le premier obstacle qu’auront à franchir les émigrants clandestins en sol américain. Cette zone sous haute surveillance est entrecoupée de barrières et surmontée de barbelés sur plusieurs centaines de mètres.