La vie après le tsunami

Il y a un an, trois Québécois expatriés au Japon se retrouvaient plongés au cœur de la catastrophe nippone du 11 mars. Récit de leur survie.

Photo : Collection privée

Le pilote de ligne Benoit Lebeau a beau avoir vu le tsunami du 11 mars 2011 déferler droit sur lui, il n’a pas perdu son sens de l’humour pour autant. « Tout ce que je voulais, c’était ne pas m’évanouir. On ne nage pas bien, évanoui ! » raconte le Québécois, qui oscille entre légèreté et gravité lorsqu’il évoque le drame qui a frappé le Japon l’an dernier.

Quand le violent séisme commence à gronder, l’homme de 43 ans, pilote pour la société aérienne Ibex, se trouve au dernier étage de l’aéroport de Sendai, au nord-est du Japon, en compa­gnie de collègues. Depuis la baie vitrée donnant sur l’océan, tous voient le tsunami balayer arbres et autos, hommes et avions.

« J’ai cru que c’était la dernière minute de ma vie. J’ai fermé les yeux. Quand je les ai rouverts, il n’y avait plus rien dehors », se souvient Benoit Lebeau, expatrié à Sendai avec sa femme et leur fille depuis 2007. « Dans ma tête, tout s’est passé en six minutes, dit-il. En réalité, ça s’est déroulé en une heure. »

Le bâtiment de l’aéroport tient bon, seuls les niveaux inférieurs sont inondés. Les 1 200 survivants qui se trouvent à l’intérieur, cernés par les flots, y restent confinés deux jours aux étages supérieurs, avec des vivres limités, sans moyens de communication. « Tout le monde était très discipliné, mais c’était aussi un peu chacun pour soi. Dix personnes sont mortes de froid ou d’une crise cardiaque la première nuit », relate le pilote.

Il sera évacué dans un radeau pneumatique et pourra enfin rejoin­dre sa conjointe, Karine Des­forges, enseignante, et leur fille, Aimée, âgée de 12 ans. Ces dernières, terrées à l’école internatio­nale de Tohoku, à Sendai, située à 30 km de l’aéroport et épargnée par le tsunami, étaient sans nouvelles de Benoit jusqu’au rétablis­sement des communications.

La famille n’aura guère le temps de savourer ses retrouvailles. Le premier réacteur de la centrale de Fukushima a explosé, la menace d’une catastrophe nucléaire plane. Avec d’autres professeurs, le trio décide de fuir vers l’ouest, malgré la pénurie d’essence annoncée, espérant échapper aux radiations.

Avec le strict nécessaire, récupéré dans son appartement ravagé, la petite famille prend la tête d’une procession de quatre autos, convoyant une vingtaine de personnes. Les Québécois parviennent à rejoindre Osaka, après 18 heures de route et 2 heures de train, et s’envolent vers Koh Samui, en Thaïlande, où ils possèdent un condo.

Le pilote a repris son service à l’aéroport de Sendai, rouvert en juillet 2011. Sa femme et sa fille sont rentrées au Japon avec lui, mais elles emménageront pour de bon en Thaïlande en juin prochain, « par précaution », précise le pilote. « Pour les Japonais, la routine a repris, comme si de rien n’était. Moi, j’ai toujours ça à l’esprit. C’est triste. Mais il faut continuer. »

Continuer, malgré les séquelles. Benoit Lebeau préfère en rire. « Pour nous, un petit hôtel avec vue sur la mer, non merci ! » conclut-il.

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