La violence selon Camus

On a comparé le terroriste norvégien Anders Breivik, qui a tué 77 de ses concitoyens en juillet, à d’autres tueurs, comme Kimveer Gill (collège Dawson), Dylan Klebold (école Columbine) et Marc Lépine (Polytechnique). Mais ces détraqués n’ont jamais évoqué autre chose que des rages et des rancœurs personnelles.

Le fond de l'histoire : La violence selon Camus
Photo : Rex Features / PC

On a comparé le terroriste norvégien Anders Breivik, qui a tué 77 de ses concitoyens en juillet, à d’autres tueurs, comme Kimveer Gill (collège Dawson), Dylan Klebold (école Columbine) et Marc Lépine (Polytechnique). Mais ces détraqués n’ont jamais évoqué autre chose que des rages et des rancœurs personnelles. Pour comprendre les motivations de terroristes politiques, qui agissent pour faire triompher un programme ou une idéologie, il faut se référer aux nihilistes européens agissant sous l’influence du révolutionnaire Serge Netchaïev (1847-1882) ou au roman de Dostoïevski Les possédés. Ce sont des œuvres et des personnages qu’avait longuement étudiés et expliqués Albert Camus pour son théâtre, Les justes en particulier, et surtout pour son essai L’homme révolté.

« La violence, pour les terroristes, est réservée à l’ennemi, au service de la communauté des opprimés. Mais si la révolution est l’unique valeur, elle exige tout […], même le sacrifice de l’Ami. Désormais, la violence sera tournée contre tous, au service d’une idée abstraite. Il a fallu l’avènement du règne des possédés pour qu’il soit dit que la révolution, en elle-même, passait avant ceux qu’elle voulait sauver et que l’amitié […] devait être sacrifiée et renvoyée au jour encore invisible de la victoire. » (L’homme révolté, par Albert Camus, Gallimard, 1951)