Le blues de Barcelone

Comme naguère au Québec, l’« argent » et des « votes ethniques » font débat dans une Catalogne qui tient, ces jours-ci, une élection référendaire sur l’indépendance.

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Barcelone vue depuis le parc Güell, réalisé par l’architecte Antonio Gaudí. (Photo : Sabine Lubenow / Getty Images)

Après la victoire du Non au référendum de 1995, Jacques Parizeau laisse échapper : « On a été battus, au fond, par quoi ? Par l’argent puis des votes ethniques. »

Au tour de la Catalogne, une « région autonome » d’Espagne, de s’interroger sur le rôle de l’entreprise et de l’immigration dans le débat sur l’indépendance — sujet que la population sera appelée à trancher aux élections du 27 septembre.

« Ces élections auront un caractère plébiscitaire, puisque le gouvernement et les tribunaux espagnols empêchent la tenue d’un référendum […] comme ceux qui se sont tenus au Québec et en Écosse », a expliqué Artur Mas, président (« premier ministre ») de la Generalitat, gouvernement de la Catalogne dont les origines remontent au XIVe siècle.

En novembre 2014, 81 % des résidants catalans qui ont participé à une consultation référendaire non officielle se sont prononcés en faveur de la souveraineté. Mais l’issue du scrutin de septembre est bien incertaine. Des sondages ont souvent montré que les Catalans sont loin d’être fixés sur l’avenir de leur région de 7,8 millions d’habitants.

Le maire de Barcelone, un fervent indépendantiste, a par ailleurs perdu son poste aux élections municipales de mai. Les trois partis souverainistes qui siègent à la Generalitat pourraient même être tentés de revenir sur leur décision de faire du scrutin du 27 septembre une élection référendaire.

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Le président de la Catalogne, Artur Mas. (Photo : David Ramos / Getty Images)

Les bulles ont choisi leur camp. Les grandes campagnes publi­citaires de Freixenet, célèbre marque de mousseux catalan, sortent toujours avant Noël. L’an dernier, pour fêter ses 100 ans, le producteur a mis le paquet : de pétillantes danseuses ont fait revivre — du charleston au rap — un siècle de musique. Un numéro de variétés qui se terminait sur un toast : « À nos prochaines 100 années ensemble ! »

Un vœu en forme de programme politique, car, vu de la Catalogne, il s’agissait de sou­haiter longue vie aux liens qui unissent la région à Madrid — une interprétation que le président de Freixenet, Josep Lluís Bonet, n’a pas écartée lorsque les journalistes l’ont prié de s’expliquer. Ce grand patron avait d’ailleurs déjà déclaré que l’indépendance serait « une vraie catastrophe ».

Toutes les entreprises catalanes ne logent pas à la même enseigne. La tour Agbar, le gratte-ciel multicolore qui domine Barcelone, est le symbole du [email protected], quartier où prolifèrent les entreprises de technologie et de design.

C’est là que se trouve le siège de Parlem, une PME qui ambitionne de s’attaquer aux géants de la téléphonie cellulaire. En mettant l’accent sur son installation locale, notamment sur le service à la clientèle en langue catalane, elle espère arracher un demi-million de clients à la concurrence d’ici 2019.

Son PDG, Ernest Pérez-Mas, n’est pas moins ambitieux lors­qu’il est question de politique. Pour cet indépendantiste, la souveraineté serait l’occasion de quitter un navire qui prend l’eau. « Le gouvernement espagnol a fait construire des TGV qui roulent aux trois quarts vides et qui ont coûté des milliards d’euros ! lance-t-il. Si l’Espagne était une entreprise, elle aurait fait faillite il y a longtemps ! »

La souveraineté permettrait, à ses yeux, de mieux faire tourner l’économie catalane, et plus particulièrement l’industrie. C’est dans cette région, l’une des plus industrialisées d’Espagne, qu’on trouve la principale usine espagnole de SEAT, filiale de Volkswagen.

Ernest Pérez-Mas donne le prix de l’énergie en exemple : une fois indépendante, la Catalogne pourrait abaisser le coût de l’électricité de ses trois centrales nucléaires pour accroître la rentabilité de ses usines. (Plus facile à dire qu’à faire au sein d’une Union européenne devenue réticente aux aides publiques.)

L’indépendance divise aussi les organisations patronales. Le Cercle catalan des affaires y est favorable. La Société civile catalane y est opposée. Et la plus importante, Développement du travail (Foment del Treball), est fermement… neutre. Principalement parce que ses quelque 750 membres — depuis les PME jusqu’aux multinationales — sont eux-mêmes partagés.

Lorsqu’il aborde le sujet, Salvador Guillermo, économiste tout en rondeurs qui dirige les études économiques de Foment, sait qu’il marche sur des œufs. Surtout quand il est question de l’accès d’une Catalogne indépendante à l’Union européenne.

Une région européenne ne s’est jamais séparée d’un État membre, et on ignore à quelles conditions Bruxelles accepterait un nouveau venu. L’Espagne pourrait être tentée d’y mettre le holà en faisant jouer son droit de véto (qu’elle possède à titre d’État membre).

Salvador Guillermo reconnaît que l’adhésion à l’Union européenne « soulève des inquiétudes dans les entreprises qui vendent au-delà du marché local ». En clair : les sociétés qui exportent l’essentiel de leur production redoutent d’éventuelles douanes et barrières tarifaires si la Catalogne et l’Espagne dressent entre elles une frontière internationale.

Ernest Pérez-Mas balaie ces objections du revers de la main. « Ce ne serait dans l’intérêt de personne, rétorque-t-il. Au bout du compte, la realpolitik poussera les uns et les autres à permettre à la Catalogne indépendante d’adhérer à l’Union européenne. »

C’est même probable. Le prag­matisme finit toujours par l’empor­ter. Même la Croatie et la Serbie, deux républiques ex-yougoslaves qui se sont fait la guerre de 1991 à 1995, ont fini par signer un traité de libre-échange. Mais il a fallu atten­dre huit ans. C’est peu pour des nations européennes qui comptent en siècles, mais beaucoup pour des entreprises qui comptent en trimestres…

Il reste que, comparativement aux années 1990, le souverainisme a le vent en poupe, y compris chez les gens d’affaires. « Il y a quelques années, j’aurais quasiment pu vous assurer que l’indépendance n’était pas d’actua­lité, dit le très nuancé Sal­va­dor Guillermo. Aujourd’hui, il ne serait pas si facile de défendre le même point de vue. »

Les deux camps, dit-il, doivent mieux comprendre « la réalité catalane ». Beaucoup de Catalans, même anti-indépendantistes, ont le sentiment d’être la vache à lait de l’Espagne. Leur région, l’une des plus riches du royaume, est un géant économique : le PIB avoisine les 200 000 millions d’euros, et le revenu par habitant (28 400 euros) est nettement supérieur à la moyenne nationale (22 700 euros).

Mais la Catalogne est un nain sur le plan fiscal, car le taux d’impo­sition sur le revenu est décidé à Madrid et peut atteindre 49 %.

Les Catalans agiteraient-ils l’épouvantail de l’indépendance pour convaincre le gouvernement espagnol de lui faire des concessions fiscales ? « Je vous assure que le nationalisme catalan est une tactique pour permettre au gouvernement de maintenir la pression sur Madrid », répond l’éditeur barcelonais Aurelio Major, un anti-indépendantiste.

Barcelone a tenté de négocier avec Madrid un pacto fiscal : seul le gouvernement catalan lèverait des impôts en Catalogne (comme c’est le cas du Pays basque). Un pacte qui n’excluait pas le versement d’une péréquation favorisant les régions espagnoles moins fortunées. Mais sans succès.

Cannelle chinoise ou vinaigre de noix de coco ? Vous les trouverez rue Joaquín Costa, dans le Raval, quartier historique de Barcelone, que d’aucuns surnomment « le petit Pakistan ». Pas étonnant. Près de la moitié de la popula­tion est née à l’étranger. On parle ourdou et espagnol, tagalog et catalan.

Azhar Iqbal est un colosse de 20 ans. Il étudie le droit à l’Université de Barcelone, où les cours sont donnés en espagnol, en anglais et en catalan, langues qu’il maîtrise puisqu’il est arrivé du Pakistan à l’âge de cinq ans.

Beaucoup d’immigrants pakistanais à Barcelone (50 000 personnes) rêvent de devenir citoyens de l’Espagne et, ainsi, de l’Union européenne, pour s’installer un jour en Allemagne ou en Grande-Bretagne.

Pour Azhar Iqbal, d'origine pakistanaise, un passeport catalan ne serait pas aussi utile qu'un passeport espagnol. (Photo : Collection privée)
Pour Azhar Iqbal, d’origine pakistanaise, un passeport catalan ne serait pas aussi utile qu’un passeport espagnol. (Photo : Collection privée)

En Catalogne, le mot « immigrant » désigne aussi les gens nés ailleurs en Espagne. Les jours d’élections, les Catalans d’adoption (15 % de la population) pèsent lourd dans la balance. Pour beaucoup, il est parfois difficile d’apprendre le catalan, peu parlé au bas de l’échelle.

Bien qu’elle soit née en Turquie, Tuba Ozkesici Matas se dit « très catalane ». En épousant un indépendantiste, elle a épousé la cause. Agente de voyages, elle n’a jamais mis les pieds à Madrid et reconnaît que la souveraineté supposerait une part de risque, qu’elle est prête à assumer pour une langue qu’elle parle et aime.

Car il s’agit là du fond du problème, selon Esther Silberstein, professeure de mathématiques d’origine chilienne. Le catalan semble être en pleine régression : c’était la langue usuelle de 48 % de la population de la région en 2008, comparativement à 35 % en 2013, d’après l’institut de la statistique de la Generalitat.

« La diversité des langues et des cultures n’est pas moins impor­tante que la diversité de la flore et de la faune », explique Esther Silberstein en espagnol — elle ne parle pas la langue de son pays d’adoption, paradoxe qui ne lui a pas échappé, d’autant qu’elle est mariée au ministre catalan de l’Économie, Andreu Mas-Colell.

Aux yeux de l’écrivaine d’origine vénézuélienne Ana Nuño, les « vrais problèmes » n’ont rien à voir avec des thèmes identitaires. Elle assimile le discours souverainiste à « une énorme cam­pagne d’agit-prop consistant à dire que l’indépendance est la meilleure façon de sortir de la crise ». Le premier de ces « vrais problèmes » est le chômage (20 % en Catalogne, 23 % en Espagne).

Mais ce n’est pas le seul. Le premier ministre catalan, souligne Ana Nuño, parlait peu d’indépendance avant l’apparition de mouvements contestataires comme les Indignados, opposés aux restrictions budgétaires, et l’ouverture d’enquêtes sur la corruption ciblant son parti, Convergència i Unió.

D’autres immigrants sont encore indécis. Traductrice littéraire, Mara Lethem a voté Oui à la consultation de novembre 2014. « J’ai voté avec mon cœur, portée par l’optimisme d’une Catalogne au sein du projet européen, lequel est pour moi assez incroyable », raconte cette New-Yorkaise d’origine.

Mais l’enthousiasme s’est envolé avec les récentes coupes budgétaires. « Je me demande si l’indépendance n’est pas un écran pour dissimuler le fait qu’on démantèle l’État-providence », s’interroge-t-elle.

Beaucoup sont inquiets pour leur pays d’adoption, comme Ljiljana Zoranowic, une Bosnienne qui s’est réfugiée à Barcelone en 1994, pendant le siège de Sarajevo. Cette enseignante a déjà eu quatre passeports (de la Bosnie-Herzégovine, de la Yougoslavie, de la Croatie, de l’Espa­gne). Elle n’a pas envie d’en avoir un cinquième.

« La Catalogne m’a accueillie et sauvé la vie, mais les drapeaux, les hymnes, les manifestations me font un peu peur, confie-t-elle. Cela me rappelle la Yougoslavie. Je ne pense pas qu’on arriverait à la guerre, mais ce serait quand même un divorce, et il faudrait tout recommencer à zéro. »

Ljiljana Zoranowic cherche un poste de professeure d’éducation physique. Lorsqu’elle exhibe le certificat établissant qu’elle a les aptitudes linguistiques exigées pour enseigner en catalan, les employeurs font une moue de dépit. « On se fiche de ton catalan, lui a-t-on dit, ce qui nous intéresse, c’est ton niveau en anglais. » Car les cours de sport, une des rares matières que les écoles secondaires ne sont pas tenues d’enseigner en catalan, sont de plus en plus souvent donnés… in English.

 

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Je reprends le chapeau de l’article : «

Comme naguère au Québec, l’« argent » et des « votes ethniques » font débat dans une Catalogne qui tient, ces jours-ci, une élection référendaire sur l’indépendance. »

Font débat, faisaient débat… C’est vite dit. J’espère qu’en Catalogne en particulier comme en Espagne en général, eux ils vont se poser la question que personne, mais alors PERSONNE ne posait ni à Parizeau, ni à ses pourfendeurs les columnists anglophones qui, avant lui, qualifiaient d’« ethnique » le vote séparatiste:

« Qu’entendez-vous par ETHNIE / par ETHNICITY ? » Ça, ça aurait été amusant. On aurait enfin pu dévoiler la bébête, comme disait Adriano Tilgher (auteur d’un pamphlet antifasciste intitulé SPACCIO DEL BESTIONE TRIONFANTE (1925).

Au lendemain des massacres au Rwanda, alors que les charniers étaient pour ainsi dire encore tièdes et le monde frappé de stupeur par l’éruption extterminationniste, l’ex-président du Mali, le général Amadou Toumani Touré, qui fut du tout premier groupe de dignitaires étrangers chargés de tirer au clair ce qui se passait, s’exclama devant les caméras :

« L’ethnicisme est un faux débat !! »

Il était au coeur de la cible. L’ethnicisme est un faux débat : parce que ETHNIE est un faux concept (falso concetto, comme disait B. Croce), je veux dire une notion défectueuse. Défectueuse car elle oscille entre deux sens contraires: culture et nature, physique et non-physique. C’est un oxymoron qui unit l’inunissable.

Réintroduit par les pseudosciences biologlisantes ddu 19e siècle (polygénisme, raciologie, craniométrie, anthropologie physique), le concept d’ethnie est un substitut de « race » qui enfonce les peuples dans la nature en prétendant visser ensemble les deux contraires, nature et culture.

Le chercheur sénégalais Jean-Martin Coly a saisi cette foncière défectuosité dans son essai ‘ETHNIE: UNE HISTOIRE COMPLEXE’:

«L’ethnie va OSCILLER dès son origine entre le registre de la NATURE, du fait de ses fondements biologiques en référence aux types raciaux, et celui de la CULTURE, en raison de sa volonté d’appréhender les différences d’ordre linguistique.» (Note: les majuscules sont de moi).

C’est pourquoi je dis que la notion d’ethnie est « oscillatoire »: comme fut le mot ‘volk’ (qui veut tout simplement dire ‘peuple’)’ dans l’adjectif ‘volkisch’ apparu lui aussi à la fin du 19e siècle et dont le sens est contraire: il veut dire ‘racial’, mais d’une façon . C’est une notion défectueuse car son sens oscille entre deux contraires: culture et nature.

‘Ethnie’ est un oxymoron, une erreur qui unit l’inunissable. La diversité humaine est culturelle: donc elle n’est pas naturelle. Le fait de nature, c’est au contraire le fait qu’il y a une seule origine commune à tout le genre humain. Nul n’est déjà d’un peuple à la naissance: au contraire c’est un fait « non naturel par excellence » (Arendt) que chacun devient de son vivant. Nul n’est déjà Rwandais, nul n’est déjà Hutu, Tutsi ou Twa à la naissance. Les peuples étant des faits de civilisation et non des faits de « race », ils sont par conséquent immatériels et ne sauraient donc être déterminés biologiquement, ni être expliqués par ‘ancestry’, ‘descent’, ‘bloodlines’ ‘lineage’ et autres mortifères sornettes.

La notion d’ETHNIE ou ETHNICITY est, je le répète, un oxymoron, un collage de contraires qui, pour le dire en Novlangue, signifie : « natureculture » ou encore « racepeuple ».

@ Marc Provencher,

Le sens de certains mots ou la compréhension des mots peut se dénaturer, voire se corrompre dans le temps. Ce qui définit une ethnie, ce n’est pas comme vous le dites fort judicieusement la « nature » ou ce couple ingrat « nature-culture », c’est tout simplement l’appartenance socio-culturelle. Ainsi les ethnies peuvent se décliner comme l’on veut tout dépendamment des algorithmes sociaux-culturels qu’on met en dedans. Ce qui définit l’ethnie ce sont plutôt les conditions communes de vie.

Par exemple les fumeurs de pipe pourraient être considérés comme formant une ethnie en tant que telle.

Voir dans les races une appartenance à une quelconque ethnicité et une perversion du sens de l’ethnie. En ce sens, Jacques Parizeau n’avait pas tort puisque « le vote de l’argent » constitue en soi un groupe socio-culturel ou une classe qui n’était pas favorable à l’émancipation de l’ethnie québécoise considérant que tous québécois et toutes québécoises de toutes origines constituent une sorte d’ethnie dans le Canada. Mais dans le contexte de 1995, cette formule était malvenue.

Est-ce qu’une ethnie en particulier dans un grand pays a le droit de se détacher politiquement de l’ethnie dominante ? Évidemment c’est une question qu’on peut se poser. Et cela devrait-il être considéré comme une possibilité pour les Catalans ?

Ca montre à quel point l’immigrant, là-bas comme ici, peut-être terriblement égoiste, se foutant complètement du peuple qui pourtant l’a accueilli généreusement et l’a sorti de sa misère.
Au PQ on pense encore qu’en étant ouvert (lire à genoux) vis-à-vis les immigrants, ils vont finir par être de notre bord. Pathétique. 40 ans que ca dure…
Merci pour votre texte. Il est très éloquent sur ce point.

Ceci dit, est-ce que le Québec préparerait son indépendance si le taux de chômage était de 20%?

Pour Salvador Dali, — ce génie parmi plusieurs autres originaires de l’endroit -, la Catalogne se devait d’appartenir à l’Espagne. Aujourd’hui il existe une Catalogne administrative, mais il y eut une Grande Catalogne. Qui s’est étendue pratiquement au sud jusqu’à Valencia et englobant au Nord une grande partie du Sud-Ouest de la France, connue sous le nom de l’Occitanie et à l’Est jusque dans la vallée du Rhône et le Golfe du Lion incluant cette bonne ville de Montpellier, sans doute encore aujourd’hui la ville la plus catalane de France, bien connue d’ailleurs elle aussi pour son dynamisme tant culturel, qu’économique.

Aujourd’hui d’ailleurs, cette Catalogne transfrontalière unie par les liens du cœur détient une force d’attraction et de rayonnement économique qui n’est pas minime laquelle pourrait bien continuer de se développer au fil du temps. L’ancrage et le dynamisme de la Catalogne dans le panorama européen est indéniable avec ses lieux particulièrement renommés pour la beauté de ses paysages, sa gastronomie unique et créative, son architecture audacieuse, tout cela n’a finalement pas expressément besoin d’être un État indépendant pour s’épanouir.

Le génie de la Catalogne est dans ce qu’elle fait et ce qu’elle sait faire mieux que les autres dans toutes sortes de domaines et non dans des velléités politiques d’une poignée d’entre eux qui promettent plus qu’ils ne peuvent dans les faits offrir à la population. Ce que les Catalans ont en plus, c’est tout ce qu’ils ont créé. Ce serait bien dommage de risquer tout cela sur l’autel de la vanité.

C’est plutôt pour le soutien inconditionnel à cette force créatrice qu’il faut voter, laquelle ne peut susciter que l’admiration des populations lointaines qui les observent, qui les admirent et qui les envient.

Est-ce que Drainville, Marois et toute la clique séparatiste va aller les « aider » comme ils l’ont fait en Écosse???

Si l’Irlande-du-Nord et l’Irlande-du-Sud ont su aplanir leurs différents et maintenant travailler ensemble, je ne vois pas pourquoi d’autres nations ne pourraient pas faire de même.

Robert Bourassa a déjà dit avec sagesse: On a la politique de notre géographie.

Comme les Québécois, les Catalans sont pour la séparation quand ça ne compte pas mais lorsque les enjeux sont VRAIMENT sur la table, ils réagissent avec maturité, réserve et prudence et décident qu’au final, « un tiens vaut mieux que deux tu l’auras ».

Paradoxalement, l’Union européenne, construite sur le concept de souveraineté partagée, abaisse pour les régions les enjeux et les risques associés à l’indépendance. Ces régions savent en effet qu’elles ne seront jamais plus seules à résister lorsque les vents mauvais se lèveront. Elles réalisent qu’elles continueront d’avoir accès à un marché de 500 millions de consommateurs et qu’elles auront toujours droit à certaines protections. Mieux, si votre pays est très petit, comme Malte, vous avez toutes les chances d’être surreprésentés à Bruxelles. Alors, pourquoi pas ? Mais la question économique reste centrale (fiscalité et redistribution), et les indépendantistes déplacent le débat en reprenant les vieux griefs historiques et les mythes nationaux. L’émotion est bien mauvaise conseillère, car l’Union européenne, qui a tout fait pour mettre au pas les grecs qui menaçaient d’en sortir, fera de même avec la Catalogne. Si les Catalans pensent rejoindre sans difficulté l’Union et se mettre à l’abri sous le parapluie européen, ils se leurrent. En fait, ils pourraient rester longtemps sur la pluie ou devoir payer très cher leur participation. Le principe de redistribution de la richesse est là pour rester. « The economy, stupid ».