Le chef de guerre de l’Amérique

Certains prédisent déjà à David Petraeus un destin à la Eisenhower…

Photo : Paul Sakuma / PC
Photo : Paul Sakuma / PC

De son QG à Tampa, en Floride, il est, depuis le 1er novembre, l’architecte de la nouvelle stratégie américaine en Eurasie, c’est-à-dire le patron des G.I. sur les principaux points chauds du globe, au Liban et au Pakistan, en Irak et en Iran, en Arabie saoudite et en Afghanistan.

Ce militaire providentiel s’appelle David Petraeus. Il a 56 ans, une femme francophone et un bagout de vendeur de voitures. Il a aussi un diplôme de West Point, un doctorat de relations internationales (sur les leçons de la guerre au Viêt Nam…) et des amis haut placés. Aux États-Unis, ce républicain bon teint est déjà une vedette, adulée par les médias.

David Petraeus est à la fois un théoricien et un praticien de la chose militaire. Il a écrit un important ouvrage technique, un manuel de contre-insurrection, qu’il a mis en pratique à Bagdad, avec succès au dire de ses homologues, y compris français.
De février 2007 à septembre 2008, David Petraeus a dirigé les troupes américaines en Irak, où il a appliqué cette méthode contre-insurrectionnelle inspirée des recettes concoctées en Algérie et en Indochine par des militaires français. Une méthode en trois étapes : sécurisation des populations, élimination des irréductibles et « retournement » des tièdes. Résultat : en un an, le niveau de violence en Irak a baissé de 80 %, passant de 180 attaques « terroristes » par jour à moins de 25.

Ses (rares) détracteurs prétendent que David Petraeus a surtout eu beaucoup de chance, qu’il est arrivé au bon moment, quand les chefs sunnites ont décidé d’en finir eux-mêmes avec al-Qaida, et qu’il lui a suffi de les payer, bref, qu’il n’a pas inventé la recette miracle pour gagner les guerres du 21e siècle. Lui répond que les chefs de tribu ralliés à la coalition, que l’on appelle les « Fils d’Irak », n’auraient jamais pris les armes contre les terroristes si l’armée américaine n’avait pas au préalable « nettoyé » puis tenu les bastions d’al-Qaida. Mais il reconnaît que, s’ils sont bien réels, ses succès demeurent « fragiles et réversibles ».

Quoi qu’il en soit, David Petraeus suivra la même méthode en Afghanistan, « en tout cas, dans les grandes lignes, précise-t-il, puisque chaque cas est unique ». Si ça marche, si un semblant de paix est signé dans les mois à venir, le général-vedette pourra poursuivre sa fulgurante carrière. Certains lui prédisent un destin à la Eisenhower, le général en chef de l’armée américaine en 1945 — c’est-à-dire jusqu’à la Maison-Blanche. En 2012 ?

(© V. Jauvert 2008, Le Nouvel Observateur)

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