Le Nigeria s’embrasera-t-il de nouveau?

 

Photo : Sunday Alamba / AP/ PC

La secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton, se rendra ce mercredi au Nigeria, le plus peuplé des pays d’Afrique subsaharienne. L’État africain, l’un des principaux producteurs de pétrole du continent, a la réputation d’être l’un des plus corrompus. C’est aussi l’un des plus instables, comme l’a récemment montré la vague de violence qui a embrasé le nord. Le soulèvement d’une secte islamiste, violemment réprimé, montre l’ampleur des défis qui attendent ce pays.

Plus de 800 personnes sont mortes à la fin juillet lorsque la police et l’armée sont intervenues pour mater un mouvement religieux appelé Boko Haram (« l’éducation occidentale est péché » en langue hausa). Si cette secte compte des adeptes dans plusieurs États du Nord, ses partisans, surnommés talibans, étaient toutefois concentrés dans la ville de Maiduguri, dans l’État du Borno, où ils occupaient un « quartier » entier.

Leur dirigeant, Mohammed Yusuf, a péri dans des circonstances qui restent à élucider. L’armée affirme l’avoir arrêté et remis vivant à la police, qui l’aurait abattu, selon de nombreux témoignages, y compris dans les rangs de la police, souvent accusée de se livrer à des exécutions sommaires. (Selon la version officielle, le prisonnier a été tué par une balle perdue lorsque des militants de son organisation ont tenté de le libérer.)

Les Nations Unies et les organisations de défense des droits de la personne, notamment Amnistie internationale, ont réclamé l’ouverture d’une enquête. Le président Umaru Yar’Adua a rapidement promis qu’une commission ferait toute la lumière sur le carnage. Les défenseurs des droits de la personne, toutefois, sont peu optimistes. Shehu Sani, président du Civic Rights Congress, estime que la future enquête servira surtout à… noyer le poisson.

La popularité de Yusuf était cependant bien réelle. Le nord du Nigeria est à majorité musulmane et le droit s’inspire de la charia. Mais les plus pieux ont adhéré à sa secte, tant par ferveur religieuse, que par volonté de protester contre un gouvernement corrompu et incapable. Si des militants armés de machette, d’arcs et de flèche ont incendié des églises chrétiennes, ils ont surtout attaqué des symboles de l’État, notamment les bureaux de la police.

La religion a, encore une fois, montré à quel point elle pouvait servir à mobiliser. Réunis dans un « forum », les 19 gouverneurs du Nord ont annoncé qu’ils allaient désormais garder à l’œil les prédicateurs de tout poil, qu’ils soient musulmans ou chrétiens. Pour les surveiller, il est maintenant question de faire appel aux chefs traditionnels, qui ont souvent été des agents du pouvoir. Mais tant que le gouvernement ne s’attaquera pas aux problèmes de base – la pauvreté, la corruption, l’analphabétisme, notamment -, le Nigeria continuera de s’embraser.