Le Nigéria, un pilier de l’Afrique en péril

Tensions religieuses, rébellion, président remplacé pendant sa mystérieuse absence… Le Nigeria, première puissance démographique de l’Afrique et cinquième producteur de pétrole de l’OPEP, vacille au bord du gouffre.

Nigéria : un pilier de l'Afrique en péril
Photo : F. Onigbinde/AP/PC

UN VIDE POLITIQUE À PEINE COMBLÉ

En pleine crise au sommet de l’État, l’Assemblée nationale a décidé, le 9 février, de céder le pouvoir par intérim au vice-président, Goodluck Jonathan. Le Nigeria est sans nouvelles de son président, Umaru Yar’Adua, depuis qu’il a quitté le pays, le 23 novembre, pour être hospitalisé en Arabie saoudite. Il souffre de graves problèmes cardiaques et rénaux. Son absence a fait s’agiter les ambitions de ses rivaux, et la légitimité de son remplaçant n’est pas assurée.

LES TENSIONS RELIGIEUSES RAVIVÉES

Des massacres qui ont causé la mort de centaines de personnes à la fin de janvier ont ravivé les tensions historiques entre les chrétiens du Sud et les musulmans du Nord. Ces tensions auront un effet très important sur les suites de la saga présidentielle : lorsqu’on a cédé les rênes du pays à Jonathan, le pouvoir est passé d’un musulman (Umaru Yar’Adua) à un chrétien. La communauté musulmane pourrait se soulever contre les dirigeants.

LES REBELLES MENACENT LES SOCIÉTÉS PÉTROLIÈRES

Le Mouvement d’émancipation du delta du Niger (MEND), groupe armé autonomiste actif dans cette riche région pétrolifère, a promis d’attaquer « toutes les installations » des compagnies pétrolières multinationales qui s’y trouvent, rompant ainsi le cessez-le-feu signé avec le gouver­nement nigérian il y a trois mois. La pro­duction de pétrole pourrait être touchée. Timorée, Shell a déjà annoncé qu’elle cédait une partie de ses actifs au Nigeria. De 2005 à novembre dernier (date du cessez-le-feu), les rebelles étaient parvenus à faire chuter la production de 2,6 à 1,5 mil­lion de barils par jour.