Le pape doit partir

Le magazine catholique français Golias se définit comme « l’empêcheur de croire en rond », voire « le poil à gratter de l’Église ». Son directeur, Christian Terras, affirme qu’il « exerce une liberté de parole qui incombe à tout chrétien digne de ce nom ». Dans son numéro du début d’avril, ce bimensuel a réclamé le départ du pape Benoît XVI.

Photo : A. MEDICHIN / AP / PC
Pourquoi Benoît XVI devrait-il partir ?

— Parce qu’il conduit l’Église vers une impasse en la déconnectant complètement de la réalité du monde dans lequel nous vivons et des autres grandes religions. L’œcuménisme, notamment avec nos frères protestants, est complètement laminé. Ce pape discrédite l’Église et ce qui pour nous est le fondement même de notre espérance, l’Évangile.

Comment situez-vous votre magazine par rapport à l’Église ?
Golias, depuis son origine, en 1985, est profondément catholique, profondément attaché à l’Église, mais exerce une liberté de parole qui incombe à tout chrétien digne de ce nom. La situation que nous observons depuis 25 ans, nos analyses, nos enquêtes nous amènent à ne pas avoir la langue de bois et à sortir l’Église catholique de l’omerta dans laquelle elle tient son opinion publique.

Vraiment, il y a une loi du silence ?
— Oui, il y a une loi du silence, que nous ne cessons de dénoncer. Nous l’avons fait notamment sur la question de la pédophilie. En France, dans les années 1990, j’ai dénoncé l’omerta qui couvrait un certain nombre de scandales de ce type-là. Depuis, l’Église a évolué vers des politiques et des pratiques pastorales différentes. Je pourrais citer nombre d’enquêtes que nous avons faites dans le but de changer cette mentalité catholique qui fait qu’on règle les affaires entre nous. Plus l’Église garde secrets les scandales qu’elle cautionne, plus elle se discrédite en profondeur.

Vous n’allez pas apostasier ?
— Nous devons rester dans cette Église, malgré les difficultés de l’heure. La force de notre parole s’inscrit dans le fait que nous sommes à l’intérieur de l’Église, malgré l’intransigeance de ce pape qui part en croisade contre le monde moderne. Nous pensons que cette stratégie est suicidaire et qu’elle ne survivra pas à son auteur, Benoît XVI, ainsi qu’aux conseillers qui l’amènent sur ces positions-là. Mais je comprends les mouvements d’apostasie actuels, parce qu’ils reflètent un malaise important dans l’Église.

Diriez-vous qu’il y a une fracture entre une partie des catholiques et la hiérarchie ?
— Il y a ce que j’appelle une ligne de fracture, qui n’a de cesse de s’accentuer depuis l’arrivée de Benoît XVI. Je parle même d’un schisme rampant, en faisant allusion à la levée d’excommunication des schismatiques lefebvristes sans que ceux-ci renient quoi que ce soit de leurs convictions politiques d’extrême droite et de leur vision d’Église moyenâgeuse. Le système qu’ils défendent est une théocratie. Le pape, en voulant conjurer un schisme qui représente tout au plus 100 000 personnes et 400 prêtres, en a provoqué un autre 10 fois, 20 fois supérieur, et celui-ci ne sera pas médiatisé, parce que la ligne de fracture en question se fait discrètement.

Nous assistons à une hémorragie à l’intérieur de l’Église. Les gens qui y restent sont en train de boycotter un certain nombre d’évêques et de prêtres qu’ils considèrent comme à côté de la plaque. Ce pape est en train d’engager l’Église sur une voie sans issue, qui risque à très moyen terme de faire de cette Église une grande secte qui n’aura plus l’influence qu’elle doit avoir.

L’Église est-elle menacée d’un schisme ?
— Oui. C’est pourquoi j’ai employé à dessein, et non pas de manière provocatrice, l’expression de schisme rampant. Des lignes de fracture font craindre qu’un certain nombre de catholiques, dont des prêtres, non seulement s’affranchissent de l’enseignement de l’Église, mais puissent constituer parallèlement une autre manière de « faire Église ». Il n’y a pas à aller jusqu’à ce radicalisme. À l’intérieur de l’Église, il y a moyen de faire vivre des lieux alternatifs et transgressifs qui permettront d’inventer un autre visage de l’Église, une autre théologie et une autre manière de penser le christianisme.

L’Église de Pie XII [1939-1958], malgré ses aspects triomphalistes, était laminée par une base qui a inventé un nouveau christianisme — les prêtres-ouvriers, les théologiens qui ont fait la résistance avec les communistes, avec les athées —, et c’est ça qui a préparé le concile Vatican II [1962-1965]. Il a fallu l’inspiration d’un homme comme Jean XXIII [1958-1963] pour comprendre que l’Église était en discrédit et en rupture avec le monde dans lequel elle se trouvait. Du coup, toute cette structure souterraine du catholicisme nouveau a pu émerger à la faveur du concile. Nous sommes exactement dans la même problématique : une nouvelle Église va émerger dans la décennie qui arrive.

Donc un nouvel aggiornamento [mise à jour] avec un pape comme Jean XXIII…
— Vatican II a été très important, mais la minorité intégriste a fait que ce concile n’a pas pu aller au bout de sa logique. Le prochain pape et le prochain concile proposeront des réformes qui iront beaucoup plus en profondeur. Et cela, au nom même de ce que nous voyons aujourd’hui en Occident et dans les blocs continentaux d’Amérique latine et d’Afrique, qui sont les grands viviers de l’Église de demain. Là, les lignes de fracture, même si elles diffèrent, sont du même niveau en fait de séparation par rapport à la parole pontificale édictée aujourd’hui.

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LES COUACS DU PAPE

2006
L’islam inhumain
Le pape cite un empereur byzantin selon lequel il n’y a « rien que du mauvais et de l’inhumain » dans l’islam.

2009
Négationniste bienvenu
Il réintègre l’évêque britannique Richard Williamson, qui nie l’Holocauste des Juifs par les nazis.

C’est non !
Il nomme un prélat ultraconservateur comme évêque de Linz, en Autriche. Le tollé pousse ce dernier à démissionner après deux semaines.

Condamnés !
Le Vatican approuve l’excommunication de médecins brésiliens ayant fait avorter une fille de neuf ans victime d’un viol.

Condom maudit !
Benoît XVI déclare que l’usage du condom ne combat pas l’épidémie de sida, mais l’aggrave.