Le paradoxe anglais

Les Britanniques raffolent de leurs journaux à sensation, ces tabloïds dont les pages sont tapissées de potins, de crimes et d’histoires de sexe. À eux seuls, les huit journaux à scandale les plus populaires de Grande-Bretagne se vendent à 32,2 millions d’exemplaires chaque semaine. Ce qui place ce pays dans le peloton de tête de ceux où l’industrie du scandale est la plus florissante.

Les Britanniques raffolent de leurs journaux à sensation, ces tabloïds dont les pages sont tapissées de potins, de crimes et d’histoires de sexe. À eux seuls, les huit journaux à scandale les plus populaires de Grande-Bretagne se vendent à 32,2 millions d’exemplaires chaque semaine. Ce qui place ce pays dans le peloton de tête de ceux où l’industrie du scandale est la plus florissante.

La fermeture récente – et dans la tourmente – de l’hebdo­madaire News of the World n’y changera rien, estime Charlie Beckett, directeur d’un observatoire sur le journalisme à la London School of Economics and Political Science.

Pourquoi les Britanniques, d’ordinaire si flegmati­ques, raffolent-ils tant de la presse à scandale ?

Les tabloïds font partie de la tradition en Grande-Bretagne. Dès leur apparition, au 19e siècle, ces journaux ont pu compter sur une clientèle nombreuse. L’industrialisation rapide du pays n’y est pas étrangère, puisqu’elle a mené à une masse critique d’habitants alphabétisés. Au­jourd’hui, les tabloïds demeurent toujours popu­laires, car ils divertissent et assurent une bonne information sur le sport. Ils ont aussi un esprit antiestablishment.

Quel sera l’effet de ce scandale sur la popularité des tabloïds ?

Cela ne changera pas grand-chose à long terme. Les Britanniques se disent outrés par le fait que News of the World ait mis sur écoute les lignes téléphoniques de plus de 4 000 personnes, mais ils continueront de lire les tabloïds. La presse de qualité [The Guardian, The Daily Telegraph, etc.] est aussi hypocrite. Elle s’indigne du populisme des tabloïds, mais reprend volontiers leurs bonnes histoires !