Le paradoxe indien

Quand ils se trouvent en Inde, les étrangers sont généralement soit béats d’admiration, soit révulsés, écrit l’essayiste de Delhi Pavan Varma, dans Le défi indien, un best-seller paru en 2005. Mais ils sont aussi déroutés par d’innombrables paradoxes, témoins de la complexité d’un pays en profonde mutation.

pushkar

Pushkar, petite ville du centre du Rajasthan aux portes du désert du Thar, accueille chaque année en novembre une immense foire aux dromadaires: la célèbre mela. L’événement coïncide avec une fête religieuse au cours de laquelle les pèlerins hindous viennent s’immerger pour un bain purificateur dans le lac, au centre de la ville, où se trouve l’un des seuls temples du monde dédié à Brahma.

paysanne rajasthan

Cette paysanne du Rajasthan, en visite à la foire aux dromadaires de Pushkar, porte sur elle toute sa fortune sous forme de bijoux. En dehors des grands centres, les femmes ne portent jamais d’autres vêtements que le sari, dont elles se couvrent parfois la tête ou le visage entier, soit par pudeur, soit pour se protéger du soleil ou de la poussière. Dans les campagnes reculées de cet État, moins d’une femme sur dix sait lire ou écrire.

visiteur pushkar

Jeune visiteur à Pushkar. Traditionnellement, la marque qu’il porte au front revêtait une multitude de significations religieuses selon sa couleur et sa forme. Aujourd’hui, le bindi (ou tilak) est surtout un accessoire de mode et se vend souvent sous forme d’autocollants.

enfants rajasthan

Enfants du Rajasthan. Environ 385 millions d’Indiens ont moins de 15 ans. Le Rajasthan, un État rural semi-désertique, compte 57 millions d’habitants, dont seulement 48% de femmes.

tata

Le géant industriel Tata fabrique les deux tiers des camions qui circulent sur les routes indiennes et 16% des voitures. Ses ventes ont augmenté de 30% en 2006. À l’arrière de chaque camion, la même inscription, «Blow horn please», indique au véhicule suivant qu’il doit klaxonner s’il veut doubler. Héritage des Britanniques : on roule à gauche.

shree cement

Ouvrières de Shree Cement, à Beawar, au Rajasthan. Sari ou pas, le casque est obligatoire dans cette cimenterie, modèle de développement durable.

alwar

Environs d’Alwar, au Rajasthan. L’eau potable est une denrée rare dans cette région aride. Ces hommes de la campagne viennent en ville à moto ou à vélo pour y faire le plein d’eau.

camion ble

Camion transportant du grain, près de Bundi. Il est chargé selon l’usage en vigueur dans cette région du Rajasthan. Le blé est l’aliment de base du nord de l’Inde. Il sert entre autres à confectionner le chapati, une petite galette cuite sur une plaque posée sur un feu, et le naan, cuit au four tandoor.

oignons

Ramassage des oignons dans les environs de Bundi. La désertification menace cette région, qui paradoxalement a subi les pires inondations de son histoire à l’été 2006. Les paysans sont les premières victimes des changements climatiques.

stations service

Les stations-service sont souvent les seuls bâtiments neufs le long des routes du Rajasthan. Les paysans viennent chercher de l’essence dans des charettes tirées par des dromadaires, un animal de trait plus résistant que le buffle. L’Inde compte environ 3 voitures pour 1 000 habitants.

kotputli

Zone industrielle de Kotputli, à 170 km à l’ouest de Delhi. Ces enfants vivent à l’abri de quelques tas de briques entassés contre le mur d’une usine qui produit de l’électricité à partir des résidus de moutarde. D’innombrables familles vivent sur les trottoirs ou le bord des routes. Signe d’une société profondément inégale, elles n’ont souvent pour toit que des cartons d’emballage d’ordinateurs ou d’électroménagers, appareils dont la classe moyenne s’équipe à un rythme record.

usine

Kotputli, de l’autre côté du mur. Cet homme apporte à l’usine de production d’électricité des résidus de graines qu’il a cultivées. Elle lui rapporteront quelques roupies et permettront à l’usine de vendre des crédits d’émissions de gaz à effet de serre.

malbouffe

Malbouffe à l’indienne dans Connaught Place, quartier commerçant et branché de Delhi. L’Inde compte déjà 35 millions de diabétiques, soit le cinquième de la population mondiale atteinte de cette maladie. Les citadins sont les plus touchés. Le marché du prêt-à-manger augmente de 22% par an.

taj-mahal

Pour limiter la pollution, responsable du cancer du marbre du Taj Mahal, à Agra, des centaines d’usines ont été fermées dans les dernières années. On a aussi équipé les auto-rickshaws et les autobus de moteurs électriques, et interdit les voitures tout autour du monument. Dans la pratique, la corruption et les délits limitent l’efficacité de ces mesures.

agra

Centre d’Agra. En plein quartier touristique, des vaches fouillent des poubelles débordant de déchets, dans l’indifférence générale. Tout ce qui est susceptible de servir encore a déjà été récupéré.

faune

Les rues des métropoles abritent une faune abondante : vaches, singes, cochons, chèvres, ânes ou chiens errent jusqu’au milieu des ronds-points. Malgré la surpopulation et la pollution, la faune sauvage est relativement bien préservée. Parcs nationaux et réserves naturelles couvrent 4,7% du territoire indien (contre 2,8% au Québec).

fort rouge

Deux enfants ramassent les bouteilles d’eau vide des visiteurs du Fort Rouge, à Agra. Selon l’Unicef, 14% des enfants de 5 à 14 ans travaillent en Inde, même si cette pratique est officiellement interdite. Selon les statistiques officielles du pays, 21% des enfants ne terminent pas l’école primaire.

touristes

Le Taj Mahal reçoit plus de trois millions de touristes par année. Le grand jeu des visiteurs, qu’ils soient indiens, canadiens ou japonais, consiste à se faire prendre en photo selon un angle qui donne l’impression qu’ils tiennent le monument du bout des doigts. Quand tous les hommes vivront d’humour…