Le ralentissement de la Chine en 5 points

Crise de croissance, crise immobilière, crise boursière… Rien ne va plus pour le numéro deux de l’économie mondiale. Les explications en cinq points.

BEIJING, CHINA - 2015/08/21: RMB banknotes hanging in front of window, arranged for photograph.  China's recent devaluation of the RMB has created waves in domestic and global markets. (Photo by Zhang Peng/LightRocket via Getty Images)
(Photo : Zhang Peng/LightRocket / Getty Images)

Crise de croissance, crise boursière, crise immobilière… Rien ne va plus pour la Chine. En 2014, la croissance du PIB chinois a atteint son plus bas niveau depuis 1990, et a encore reculé pour les six premiers mois de 2015. L’indice Shanghai continue sa chute après une dégringolade de 30 % en moins d’un mois (jusqu’à début juillet). Et l’effondrement de la bulle immobilière n’a fait qu’ajouter à la morosité.

Ce qui n’est pas une raison pour céder à la panique, selon Luc Vallée, stratège en chef chez Valeurs mobilières Banque Laurentienne. «S’il y a un problème, c’est dans 10 ou 15 ans qu’il se manifestera. Les investisseurs voient tellement à court terme. Ils pensent que la crise est pour l’année prochaine. Mais ils ne prennent pas en compte que la Chine est riche.»

L’actualité l’a rencontré pour mieux comprendre le ralentissement qui frappe le numéro deux de l’économie mondiale.

1. Une croissance qui s’essouffle

«La croissance de la Chine, c’est comme celle d’un adolescent qui va mesurer 7 pieds 10. Ça fait plus mal qu’une croissance ordinaire», dit d’entrée de jeu Luc Vallée.

L’analyste rappelle que la Chine représente 40 fois le Canada. «Et les autorités chinoises veulent aller vite pour deux raisons : d’abord parce qu’ils ne veulent pas abandonner un modèle qui, jusqu’à présent, fonctionnait bien. Mais aussi parce qu’ils sentent la pression sociale monter. Si on donne de la richesse à la population, elle ne protestera pas. Mais si l’économie stagne, la grogne commence.»

Et depuis quelques temps, la Chine ne croît plus comme avant. Le PIB chinois a grossi de 7,4 % en 2014, son plus bas niveau depuis 25 ans. La croissance annuelle a ralenti à 7 %. Une croissance bien plus imposante que celle du Canada (2,53 %), direz-vous, mais bien peu comparé aux 10 % affichés par la Chine au cours des dernières années.

PIB chine
Source : La Banque Mondiale

Luc Vallée ne croit pas pour autant qu’on doive s’inquiéter : «La Chine ne pouvait rester le seul moteur de croissance mondial.» Pendant des années, le pays a maintenu des taux démesurés qui lui ont permis de tripler sa dimension, rappelle-t-il. Avec l’enrichissement des Chinois, il était inévitable que cette croissance s’amoindrisse.

2. La bulle immobilière

Pourquoi la croissance s’est-elle essoufflée ? La chute du secteur immobilier, qui pèse plus de 15 % du PIB chinois, explique largement cette baisse. Pour comprendre ce qui s’est passé, il faut examiner le rôle des gouvernements régionaux, qui ont été les promoteurs du développement immobilier en Chine. Ces entités gouvernementales finançaient les grands projets d’infrastructures urbaines dans leur région. Elles prévoyaient rembourser les emprunts par la perception éventuelle d’impôts. Pour cela, il aurait cependant fallu que les grandes tours immobilières soient habitées. Ce qui ne s’est jamais avéré dans de nombreuses villes.  

«Les États se sont dit que construire massivement était une belle façon de stimuler l’économie. Chaque année, 10 à 20 millions de personnes quittent les campagnes et cherchent une résidence en ville. Mais pour des raisons difficiles à expliquer, les gens n’ont pas été au rendez-vous», dit Luc Vallée.

En 2012, des villes fantômes ont fait leur apparition en Chine, comme en témoigne cette vidéo.

Des milliers de mètres carrés n’ont pas trouvé preneurs et plusieurs États sont devenus fortement endettés.

Résultat : à la fin 2014, les prix des maisons ont dégringolé dans presque toutes les villes chinoises. Grâce à l’important programme de relance de Pékin dans les infrastructures (d’au moins 1000 milliards de dollars canadiens), les prix commencent à remonter dans les grandes villes, mais les régions en périphérie tournent toujours au ralenti.

Selon Luc Vallée, la Chine est maintenant à la croisée des chemins. «Elle peut repousser le problème pendant encore deux autres décennies. Elle a 3 000 milliards de dollars de réserve et le pays n’est pas endetté. La question est : va-t-elle faire les réformes nécessaires pour se débarrasser de son surplus immobilier ?»

3. La crise boursière

S’ajoute à la crise immobilière, celle de la bourse de Shanghai. «Une expérience qui a mal tourné», de dire Luc Vallée.

Reprenons. Il y a un an, les Chinois désertaient l’immobilier à cause de la dégringolade des prix. De nombreux ménages chinois se sont alors tournés vers la Bourse pour placer leur argent. Le gouvernement chinois va même jusqu’à permettre aux investisseurs d’emprunter. Le pays connaît alors une ruée vers sa principale bourse, mais de particuliers qui ne connaissent rien à ses ramifications.

En moins d’un an, c’est l’explosion (spéculative, bien entendu). La Bourse de Shanghai, qui pesait moins de 500 milliards de dollars en juin 2014, atteint 6 500 milliards de dollars.

Une flambée, financée par des emprunts, qui n’allait pas être de longue durée. En juin 2015, les autorités chinoises décident d’intervenir sur les marchés boursiers en limitant notamment les emprunts sur marge. C’est la panique chez les investisseurs, qui cherchent la porte de sortie. Depuis, les indices chinois chutent dans le vide. L’indice composite de la Bourse de Shanghai a perdu plus de 30 % en moins d’un mois. «Les autorités ont cru qu’en intervenant, elles parviendraient à stopper la chute, mais le marché de la bourse est un pur animal qui ne peut être arrêté», poursuit Luc vallée.

L’analyste demeure néanmoins optimiste. «C’est sûr que l’explosion de cette bulle a des répercussions sur le ralentissement actuel. Les gens se mettent à moins consommer. Mais ce sont des répercussions à court terme, très concentrées dans le temps. Ça ne changera rien à l’économie chinoise.»

4. La dévaluation du yuan

Au mois d’août, la Banque centrale chinoise (PBOC) a baissé la valeur du yuan à trois reprises (pour un total de 5 %). Sa devise, qui est indexée au dollar américain, s’est ainsi retrouvée à son plus bas niveau depuis près de trois ans.

La Banque populaire de Chine a présenté sa décision comme une mesure de libéralisation du marché. Luc Vallée y voit une façon d’être plus concurrentielle et d’augmenter ses exportations (plus son taux de change est bas, plus la marchandise est abordable). Les effets de la dévaluation de la monnaie chinoise ne semblent pas encore s’être matérialisés. Les plus récents chiffres indiquent que les exportations de la Chine, calculées en dollars, ont reculé de 5,5 % par rapport au mois d’août 2014.

Mais selon M. Vallée, la vraie raison réside dans le fait que la valeur de la monnaie chinoise avait été artificiellement gonflée par la PBOC, et que la baisse des taux d’intérêt a forcé les autorités chinoises à ajuster sa valeur. 

5. Les pièges de l’économie planifiée

Il est là le problème de la Chine, selon Luc Vallée : vouloir trop intervenir sur les marchés. «C’est la tentation d’une économie planifiée : celle de ramener toutes les décisions au centre. On réglemente tout, on décide des prix, on ajoute un peu de corruption à tout ça. Et on se retrouve avec un aéroport trop petit, placé au mauvais endroit, mais on n’est plus capable de réagir. Les décisions ne sont pas prises en fonction des critères de marché.»

La crise immobilière, la crise boursière et la dévaluation du yuan n’en seraient que le reflet.

 

(Avec Antoine Letellier)

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Un petit mot sur le Yuan. Pendant très longtemps les principales puissances financières du monde ont reproché à la Chine de faire usage d’une monnaie sous-évaluée qui favorise ses exportations. Comme le Yuan ne s’échange pas directement sur les marchés. C’est la Banque populaire de Chine qui fixe le taux. Depuis 1995, la monnaie chinoise a été périodiquement réévaluée (à la demande de ses partenaires économiques) quoique toujours compétitive par rapport aux autres monnaies.

Depuis le 12 août 2015, la BPDC a opté pour répondre positivement à la demande des financiers (avec la bénédiction d’ailleurs du FMI) par la fixation d’un taux journalier basé sur la valeur des marchés. La dévaluation du Yuan est la conséquence directe de cet ajustement technique puisque la plupart des monnaies du monde (hormis le dollar américain) ont connu des baisses importantes au cours de ces douze derniers mois. C’est aussi le cas du dollar canadien soit dit en passant.

Par conséquent la dévaluation du Yuan résulte de la faiblesse de la plupart des monnaies sur le marché des changes actuellement. Et non comme rapporté (selon monsieur Vallée) : « (…) la vraie raison réside dans le fait que la valeur de la monnaie chinoise avait été artificiellement gonflée par la PBOC (…) »

De la même façon : « (…) la baisse des taux d’intérêt a forcé les autorités chinoises à ajuster sa valeur. » — À titre d’exemple, la forte dévaluation du rouble russe a précisément été compensée par une forte hausse des taux d’intérêts.

Dans ce cas la baisse des taux d’intérêts reflète plutôt la tendance mondiale des marchés, lorsque les taux d’intérêts de la plupart des Banques Centrales sont à toute fin pratique historiquement au plus bas.

— Il y aurait beaucoup d’autres commentaires à produire sur les autres points présents dans cet article et je dois dire que je choisis d’y renoncer : faute de temps….

Tout à fait d’accord avec Serge Drouginsky: la dévaluation du yuan est semblable à celle de l’euro par exemple. N’oublions pas que le dollar canadien a baissé de beacoup plus que 5 % depuis quelques mois.
De même, peut-on accuser les Chinois d’avoir spéculé en bourse sans s’y connaître? Rappelons-nous le prix que certains de nous ont payé pour des actions de Nortel en 1999.
J’étais en Chine le mois dernier et je n’ai pas vu beaucoup de magasins vides, de train qui n’étaient pas bondé ou de lieux touristiques qui n’étaient pas très achanlandés. Gardons les choses en perspectives. Tout comme le Canada, l’Europe…la Chine subit un ralentissement économique mais ce n’est pas la fin du monde.