Le retour des Marcos

L’élection aux Philippines du sénateur Ferdinand Marcos fils consacre le retour en grâce de la famille de l’ex-dictateur, mort en 1989.

L’élection aux Philippines du sénateur Ferdinand Marcos fils consacre le retour
Photo : A. Marquez / AP / PC

Ferdinand Marcos « junior » n’avait aucune envie de se lancer en politique quand il était jeune. Diplômé d’Oxford et titulaire d’un MBA de l’Université de Pennsylvanie, il aurait voulu faire des affaires. Mais ses origines l’ont rattrapé et il marche aujourd’hui sur les pas de son père : 24 ans après la chute du dictateur Ferdinand Marcos, ce fils héritier de 52 ans siège depuis le 1er juillet comme sénateur, une des fonctions nationales les plus élevées du pays. Douze millions de Philippins ont voté pour lui, soit un électeur sur trois.

Le clan des Marcos, contraint à l’exil jusqu’en 1991, a été accusé d’avoir détourné entre 5 et 10 milliards de dollars des caisses de l’État de 1965 à 1986. Il a sabordé les institutions démocratiques du pays, instauré la loi martiale et réprimé sévèrement toute opposition pendant près de 10 ans.

Mais beaucoup d’électeurs se souviennent que ce régime a également laissé d’importantes infra­structures routières et électriques, et largement modernisé l’agriculture. Les plus jeunes, qui n’ont pas connu cette période, ont préféré juger Ferdinand Marcos fils non pas sur son nom, mais sur son expérience politique d’une dizaine d’années à titre de gouverneur de la province d’Ilocos Norte, au nord de l’archipel, où il a fait cons­truire le premier parc éolien de l’Asie du Sud-Est.

« Je l’ai découvert pendant la campagne, lors des débats télévisés, raconte Aaron Malvas, un étudiant de 21 ans qui a voté pour lui. Il avait les réponses les plus convaincantes et les projets les plus intéressants. Pour moi, ce n’est pas important qu’il soit un membre de la famille Marcos. C’est du passé, et il aura certainement sa propre éthique. »

L’élection du fils Marcos au Sénat consacre le retour de ce clan controversé dans la politique nationale, lui qui en était absent depuis la restauration de la démocratie, en 1986.

« Je pense que l’histoire reconnaîtra que mon père a été un bon administrateur, qui a offert des infrastructures pérennes au pays, confie Ferdinand Marcos fils à L’actualité. Mais je ne suis pas en politique pour défendre ses actes. Les temps ont changé et je veux être jugé sur mes propres actions, pas sur les siennes. »

Pour Benito Lim, professeur de sciences politiques à l’Université Ateneo, à Manille, ce retour en grâce des Marcos est un signe d’amnésie politique. « En dehors des intellectuels, peu de Philippins se rappellent les violations des droits de la personne perpétrées par le régime de Marcos, explique-t-il. Et beaucoup considèrent qu’il ne faut pas condamner les enfants pour les péchés de leurs parents. »

Dans la province rurale d’Ilocos Norte, où est né l’ex-dictateur, mort en 1989, les électeurs ont également exprimé une certaine nostalgie pour l’ancien régime lors de ces élections générales : Imelda Marcos, sa veuve de 81 ans et ancienne ministre pendant la dictature, a été élue députée.