Le riz coûte cher? Mangeons des papas!

Lourde, plus difficile à conserver que le riz ou le blé, la pomme de terre ne fait pas l’objet de commerce international. Elle est donc à l’abri de l’inflation, rappelle une spécialiste.

Dans les pays riches, la pomme de terre a mauvaise réputation. Ce légume, surtout s’il est frit, est synonyme d’embonpoint. Pourtant, la pomme de terre contient plus de vitamine C que le blé ou le riz, moins de matières grasses et de calories que le blé, plus de protéines que le maïs…

Depuis que l’Espagne l’a importée de l’Amérique du Sud, au 16 e siècle, la papa a souvent permis aux Européens d’éviter la famine. Pas étonnant que Louis XVI en parlait comme du «  pain des pauvres  ». Pourrait-elle de nouveau, alors que la planète connaît des « émeutes de la faim », sauver l’humanité ? Pamela Anderson, directrice du Centre international de la pomme de terre, à Lima (Pérou), n’est pas loin de le penser. L’actualité l’a jointe au téléphone.

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Comment les pommes de terre pourraient-elles aider à surmonter la crise alimentaire actuelle  ?

— Elles ne font pas l’objet de transactions internationales, contrairement au blé, dont le prix a été multiplié par trois, et au riz, par deux. Comme elles sont lourdes et qu’elles risquent de pourrir pendant le transport, elles sont consommées sur place. Leur intérêt est donc double : elles contribuent à la sécurité alimentaire et elles génèrent des revenus pour les cultivateurs locaux. Sans oublier que, pour les populations qui s’urbanisent dans le monde en développement, elles sont faciles à faire cuire et à manger.

Elles coûteraient trop cher s’il fallait les exporter  ?

— C’est là tout leur intérêt : elles servent à alimenter les populations locales. Seulement 5 % de la production mondiale fait l’objet de commerce international.

La production — environ 315 millions de tonnes — est stable depuis 10 ans. Pendant des siècles, la pomme de terre a été considérée comme l’aliment des pays tempérés et industrialisés. Depuis quelques années, toutefois, sa consommation est à la baisse dans le monde développé (d’environ 1 % par an), mais à la hausse dans le monde en développement. En Afrique, par exemple, la production a augmenté de 120 % de 1994 à 2004. Dans certains pays, comme le Nigeria, l’Angola et le Malawi, la croissance est carrément exponentielle.

La pomme de terre est-elle adaptée aux pays africains  ?

— Oui. Sa culture exige bien moins d’eau que le riz, une question qui se posera avec de plus en plus d’acuité vu le réchauffement de la planète. Au Centre international de la pomme de terre, nous sommes d’ailleurs en train de travailler sur des variétés plus robustes, dont la culture nécessite moins d’eau. Nous cherchons aussi à vaincre la maladie du mildiou, qui a provoqué la famine de la pomme de terre en Irlande, au 19 e siècle.

Ne vous attendez-vous pas à trouver une résistance culturelle à la pomme de terre dans les pays d’Afrique de l’Ouest, où la consommation de riz est si répandue  ?

— Beaucoup de gens s’y attendaient, mais la consommation de la pomme de terre est en hausse constante. On ne peut pas vraiment parler de barrières culturelles.

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