Le viol, arme de guerre en Syrie

« J’ai été violée – les yeux bandés – chaque jour par plusieurs hommes. Ils criaient: “Tu voulais la liberté ? Eh bien la voilà !” »

Photo © Simone Becchetti / Getty Images
Photo © Simone Becchetti / Getty Images

Le double scandale de l’Université d’Ottawa – qui fait jaser jusqu’en France – a installé sur la place publique un débat très important sur la culture du viol. Pendant ce temps, à 9 000 km du Canada, le viol est utilisé comme une arme de guerre secrète par les forces pro-Assad, comme le rapporte Le Monde dans « Le viol, arme de destruction massive en Syrie », un reportage d’Annick Cojean aussi atroce que remarquable.

« C’est le crime le plus tu, perpétré actuellement en Syrie. Un crime massif, organisé par le régime et réalisé dans les conditions les plus barbares. Un crime fondé sur l’un des tabous les mieux ancrés dans la société traditionnelle syrienne et sur le silence des victimes, convaincues de risquer le rejet par leur propre famille, voire une condamnation à mort. »

Un crime à ce point répandu qu’il est désigné comme la cause principale de départ par les hordes de réfugiés qui cherchent l’exil dans les pays voisins.

L’exemple d’Alma, jeune femme de 27 ans, mère de quatre enfants et diplômée en gestion, est symptomatique. Celle qui a rejoint les rebelles dès les premiers mois de la révolution se retrouve aujourd’hui à l’hôpital d’Amman, en Jordanie, sans l’espoir de pouvoir remarcher un jour, sa colonne vertébrale ayant été brisée par un milicien du régime à coup de crosse de fusil.

« Abou Ghraïb, à côté, devait être un paradis », lâche-t-elle avec un pauvre sourire, allusion à la prison américaine en Irak. « J’ai tout eu ! Les coups, le fouet avec des câbles d’acier, les mégots de cigarette dans le cou, les lames de rasoir sur le corps, l’électricité dans le vagin. J’ai été violée – les yeux bandés – chaque jour par plusieurs hommes qui puaient l’alcool et obéissaient aux instructions de leur chef, toujours présent. Ils criaient: “Tu voulais la liberté ? Eh bien la voilà !” »

Alma n’est pas vraiment son nom. Celui-là a été changé pour préserver son anonymat, car par-delà les sévices subis, toutes les femmes violées « pensaient que leur famille les tueraient si elles apprenaient leur sort ». L’ONU comme les organisations humanitaires peinent à faire la lumière sur ce phénomène tant le silence est de mise au sein de la population syrienne.

« Il est grand temps que ce scandale soit dénoncé publiquement !, estime l’ancien président du Conseil national syrien, Burhan Ghalioun, membre influent de l’opposition. Car c’est cette arme, selon moi, qui a fait basculer dans la guerre notre révolution qui s’était voulue pacifique.»

Dès le printemps 2011, raconte-t-il, des campagnes de viols par les milices ont été organisées à l’intérieur des maisons alors que s’y trouvaient les familles. Des filles ont été violées devant leur père, des femmes devant leur mari. Les hommes devenaient fous et hurlaient qu’ils allaient se défendre et venger leur honneur. « Je pensais, moi, qu’il fallait tout faire pour ne pas entrer dans une phase militarisée, qu’armer la révolution allait multiplier par cent le nombre de morts. Mais la pratique du viol en a décidé autrement. Et je crois que Bachar l’a voulu ainsi. Une fois les révolutionnaires armés, il lui était facile de justifier les massacres de ceux qu’il appelait déjà “les terroristes”. »

En novembre 2013, l’Euro-Mediterranean Human Rights Network a pondu un rapport détaillé sur ces crimes de guerre, qui pourraient être qualifiés de crimes contre l’humanité s’ils s’avèraient bel et bien planifiés. Le Monde a rejoint l’auteure principale du rapport, Sema Nassar. Son souvenir des événements prend aux tripes.

« Oui, elle a des histoires à raconter, Sema Nassar. Des cas précis, datés. Des dizaines. Comme celui de cette jeune fille d’Hama, actuellement réfugiée aux États-Unis, qui se trouvait chez elle avec ses trois frères quand des soldats ont fait irruption, et ont exigé que les trois jeunes gens violent leur sœur. Le premier a refusé, on lui a coupé la tête. Le deuxième a refusé, il a connu le même sort. Le troisième a accepté, ils l’ont tué sur la fille qu’ils ont eux-mêmes violée.

Ou l’histoire de cette Syrienne emmenée dans une maison de la banlieue d’Homs, à l’été 2012, avec une vingtaine d’autres femmes, torturées et violées collectivement sous l’œil d’une caméra dont le film a été envoyé à son oncle, un cheikh connu, prédicateur à la télévision, membre de l’opposition. »

Abdel Karim Rihaoui, président de la Ligue syrienne des droits de l’homme, estime à plus de 50 000 le nombre de femmes violées dans les geôles de Bachar Al-Assad depuis le début de la révolution. Lui aussi peut témoigner de l’horreur syrienne.

« Avec les tortures les plus sadiques, comme le rat introduit dans le vagin d’une jeune fille de Deraa âgée de 15 ans. Avec des viols collectifs en public comme celui de quarante femmes, le matin du 5 janvier 2014, à Yelda. Et avec pour conséquence des centaines de crimes d’honneur sur les femmes sortant de prison dans les régions de Hama, Idlib ou Alep.

[…] C’est un choix politique pour écraser le peuple ! Technique, sadisme, perversité : tout est méticuleusement organisé. Aucun hasard. Les récits sont similaires et des violeurs ont eux-mêmes avoué avoir agi sur ordre. »

Des bébés sont nés de ces viols collectifs, et de nombreuses femmes en ont payé le prix.

« Le monde se préoccupe des armes chimiques ; mais, pour nous, Syriennes, le viol est pire que la mort », murmure en un sanglot une étudiante en droit qui n’a encore osé confier son drame à personne. Surtout pas à son mari.

À lire en intégralité : « Le viol, arme de destruction massive en Syrie », sur LeMonde.fr.

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C’était pareil en Bosnie. On a vu ca aussi pendant le printemps arabe en Égypte.
Un lien avec la religion?

Tu n est qu un porc!!!! Je sais pas a quoi tu ressemble mais crois moi tu serais en fasse de moi je t aurais mis une terrible correction pour t apprendre a ne plus jamais écrire de bêtise jack le porc!