L’élection libanaise en 15 affiches

Le Liban a tenu des élections législatives le 7 juin. L’alliance du 14 mars, dont le chef de file est le Courant du futur (parti dirigé par Saad Hariri), a obtenu 68 des 128 sièges. L’opposition, menée par le parti chiite Hezbollah, en a récolté 57. Par ses photos d’affiches électorales, Katia Jarjoura raconte la complexité du paysage politique libanais.

nasrallah liban

La bête noire d’Israël
Qui ne connaît pas encore Sayyed Hassan Nasrallah, le fameux leader du Hezbollah, symbole de la résistance dans le monde arabe et bête noire d’Israël ? Ses portraits abondent dans les régions chiites du Liban. Plus de 30 % de la population libanaise lui serait fidèle. Chacun de ses discours télévisés – il vit en clandestinité – est aussitôt acclamé par des tirs de joie dans la capitale, ce qui exacerbe les animosités sur le terrain. Son leitmotiv : poursuivre la résistance contre l’État hébreu jusqu’à la victoire totale.

hezbollah liban

Le Hezbollah en campagne
Le Hezbollah et ses alliés de l’opposition parlementaire se mobilisent pour remporter les législatives. La route de l’aéroport, la banlieue sud de Beyrouth, la Bekaa et le Sud Liban, contrôlés par le Parti de Dieu, sont parsemés de ces panneaux jaunes qui se portent à la défense d’un « Liban pour tous les Libanais ». En autant qu’on ne touche pas aux « armes de la Résistance » – un des principaux enjeux de ces élections.

belle liban

Sois belle et tais-toi
L’affiche choc de cette campagne électorale. Discriminative, sexiste, misogyne ou simplement aguicheuse ? Quoi qu’il en soit, elle a suscité l’ire des mouvements féministes locaux. Le Courant patriotique libre, parti chrétien de l’opposition – qui s’est rallié au Hezbollah -, ne s’attendait pas à une telle publicité…

aoun liban

Le chrétien dissident
Le général Michel Aoun, dirigeant du Courant patriotique libre, parti majoritairement chrétien. Ses détracteurs le traite de « psychopathe », ses partisans, de « visionnaire ». Disons qu’en signant un pacte d’entente entre son parti, autrefois reconnu pour sa lutte contre l’occupant syrien, et le Hezbollah, soutenu par l’Iran et la Syrie, cet ancien commandant de l’armée en a surpris plus d’un. Ses critiques l’accusent d’avoir retourné sa veste pour servir ses propres intérêts.

amal liban

Slogan ou conviction ?
Tadamon (solidarité). Ce mot se veut unificateur et porteur d’espoir. Mais il convient mal au parti chiite Amal, réputé pour ses nombreuses dérives, et dont le leader, Nabih Berry, un ancien seigneur de la guerre, a su se maintenir à la tête du Parlement libanais depuis 1992 grâce à l’appui de la Syrie. Grand allié de Damas, proche du Hezbollah par principe, le parti Amal – aussi appelé « mouvement des déshérités » lorsqu’il a été fondé, au début des années 1970 – sait maîtriser « l’art du slogan » pour séduire ses partisans.  

tripoli liban

Tripoli, bastion sunnite
Dans le nord du Liban, Tripoli, deuxième ville en importance du pays après Beyrouth, affiche ses couleurs. Les façades des quartiers populaires sont couvertes d’affiches de candidats. Dans ce bastion sunnite, c’est le camp du 14 mars qui mène le jeu. Le 7 juin, les Tripolitains voteront en masse pour prévenir une victoire du parti chiite Hezbollah et de ses alliés.

candidats liban

Aux suivants !
Plus de 580 sont en lice pour combler les 128 sièges du Parlement. La répartition des sièges se fait par circonscription électorale et selon des quotas communautaires. Tripoli, par exemple, sera représentée par 8 députés dans le futur gouvernement : 5 sunnites, 1 alawite, 1 grec orthodoxe et 1 maronite. Les trois candidats que l’on voit ici se présentent comme candidats sunnites. Parmi eux, l’ancien premier ministre intérimaire, Nagib Mikati (quatrième affiche à partir de la gauche) .

perefils liban

Père et fils
Dans les grandes familles libanaises, l’héritage politique se transmet de père en fils. C’est le cas des Hariri. Après l’assassinat de Rafic Hariri, le 14 février 2005, son fils Saad a été rappelé d’Arabie saoudite pour poursuivre l’action de son père. Aujourd’hui, Saad est à la tête du Courant du futur. Son principal cheval de bataille : préserver la liberté et la souveraineté du Liban, et soutenir l’action du Tribunal pénal international, chargé de mener l’enquête sur les meurtriers présumés de son père et des martyrs de l’indépendance.

saad liban

Avec et pour le peuple ?
Saad Hariri. Les rues qui lui sont acquises regorgent de portraits du leader sunnite. Souriant, cérémonieux, icône ou homme du peuple, le fils de Rafic Hariri rassemble, lors de ses discours, des centaines de milliers de partisans des quatre coins du pays. Ce qui provoque le mépris chez ses détracteurs, qui n’hésitent pas à affirmer « qu’il achète sa popularité argent comptant » grâce au soutien sans faille de l’Arabie Saoudite, son principal bailleur de fond.

guerre liban

Attention : guerre !
Le Parti chrétien des Forces libanaises, allié au camp du 14 mars, a choisi de mettre les électeurs en garde. Rappelant la prise d’assaut de Beyrouth-Ouest par les militants du Hezbollah et dAmal en mai 2008, qui s’est soldée par une centaine de morts et de nombreux blessés, ce panneau incite la population à réfléchir et… à agir, afin que l’histoire ne se répète pas. Face à ce milicien armé d’un lance-roquette (utilisé pendant les affrontements de mai 2008), cette citoyenne « peut-elle vraiment ne rien faire ? » lit-on sur l’affiche.

gemayel liban

Génération fils de…
Détrompez-vous, Bachir Gemayel n’est pas ressuscité ! L’ancien leader chrétien Kataëb, consacré président du Liban quelques jours avant d’être assassiné, en septembre 1982, est bien mort. C’est maintenant au jeune Nadim, son fils de 27 ans, que revient le flambeau. Mais ses collaborateurs ont vite compris qu’il serait difficile pour lui de se démarquer d’une figure politique aussi adulée que son père. Mieux vaut donc se servir de son image : la ressemblance entre le père et le fils étant évidente au point de les confondre.

martyr liban

Martyr de l’indépendance
Aux portraits des candidats électoraux se superpose la mémoire des martyrs. Sur la façade du quartier général du parti chrétien Kataëb, figure Pierre Gemayel – fils de l’ancien président Amine -, ancien député assassiné par balles à Beyrouth, le 21 novembre 2006. Tout comme les journalistes Samir Kassir et Gebran Tuéni, tués un an plus tôt, Pierre Gemayel était un pilier de la révolution du Cèdre qui, au printemps 2005, a entraîné le retrait de l’armée syrienne du Liban, après 30 ans d’occupation.

seigneurs liban

Toujours les mêmes
Le Liban est gouverné par les mêmes zaïms (chefs) qu’au temps de la guerre fratricide qui a déchiré le pays de 1975 à 1990. Près de 200 000 morts et des centaines de milliers de blessés n’ont rien changé à la mentalité sectaire et clanique de la région. Ceux qui connaissent Beyrouth reconnaîtront ici Samir Geagea, ancien seigneur de la guerre qui, après avoir purgé une peine de prison de 11 ans, est revenu en force sur la scène politique en tant que leader du parti chrétien des Forces libanaises.

saddam hussein

Trouvez l’erreur
Non, ce n’est pas une illusion d’optique : il s’agit bien de l’ancien dirigeant irakien Saddam Hussein qui trône sur ce toit de tôle dans la banlieue de Tripoli. Le propriétaire – un commerçant libanais qui dit avoir bien connu le « lion de Bagdad » – a refusé de retirer le portrait, même en période de campagne électorale. Afin d’éviter des heurts qui prennent souvent des allures de « guerre civile » dans ce quartier défavorisé et surarmé, les autorités ont fermé les yeux. De nombreux réfugiés irakiens ont élu domicile dans le secteur.

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Jeune, femme et fière
Jolie, dynamique, engagée, Nayla Tuéni, a 27 ans, est l’une des 12 femmes candidates de cette campagne. C’est la fille de Gebran Tuéni, PDG du quotidien arabe An Nahar, tué dans un attentat à la voiture piégée en décembre 2005, et la petite-fille de Nadia Tuéni, poétesse libanaise, et de Ghassan Tuéni, écrivain, fondateur de l’An Nahar, ex-ministre et actuel député. Nayla fait partie de cette jeune génération qui veut « faire bouger les choses ». Candidate du 14 mars, elle compte tailler sa place dans le paysage politique dominé par les hommes.

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