Les 12 figures clés de l’Iran

Deux mois après l’élection du président Mahmoud Ahmadinejad, l’opposition ne décolère pas en Iran. Des ayatollahs et des politiciens prennent la parole pour dénoncer le résultat douteux des élections et critiquer le guide suprême. Ils pourraient bien mettre du sable dans l’engrenage du régime, selon Charlotte Karagueuzian, doctorante à l’École des hautes études en sciences sociales, à Paris, et chercheuse invitée à la chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques, de l’UQAM.

Photo : PC
Ali Khamenei

Le guide suprême, Ali Khamenei

C’est le numéro un de la République islamique iranienne. Désigné à vie, le guide suprême fixe les grandes orientations du régime (la politique étrangère, entre autres) et contrôle l’appareil judiciaire, l’armée et les forces paramilitaires (les puissants Gardiens de la révolution, les pasdarans; et les bassidjis, des miliciens islamistes). Avant d’être nommé guide suprême, en 1989, Ali Khamenei a été président de l’Iran pendant huit ans. Il a soutenu Mahmoud Ahmadinejad lors des élections présidentielles contestées de juin.

Mahmoud Ahmadinejad

Le président, Mahmoud Ahmadinejad

Le président de l’Iran est élu au suffrage universel direct pour un mandat de quatre ans, renouvelable une fois. Chef de l’exécutif, il s’occupe de la politique intérieure (économie, affaires sociales, culture, etc.) et dirige le Conseil des ministres – le poste de premier ministre a été aboli lors de la modification de la Constitution, en 1989. Il représente l’Iran à l’étranger. Président depuis 2005, Mahmoud Ahmadinejad, un ultraconservateur, fustige d’ailleurs Israël et les pays occidentaux sur la scène internationale.

 

Mir Hossein Moussavi

Principal opposant à Ahmadinejad, ce conservateur modéré a incarné la vague réformiste lors des dernières élections. Premier ministre de l’Iran de 1981 à 1989, Moussavi conteste les résultats du scrutin. Architecte de formation, ce politicien a récemment jeté les bases d’un mouvement d’opposition démocratique.

Majlis

Les députés du Parlement iranien (Majlis)

Les 290 membres du Parlement sont élus au suffrage universel direct tous les quatre ans. Leur principale fonction ? Voter des lois, qui doivent ensuite être approuvées par le Conseil des gardiens de la Constitution, sorte de Sénat (voir la photo 6). Le Majlis doit aussi approuver le cabinet de ministres proposé par le président. En 2005, il a rejeté les trois premières candidatures, soumises par Ahmadinejad, à l’important poste de ministre du Pétrole. Que fera le Parlement cette fois-ci ? Les conservateurs, majoritaires, sont divisés entre les clans Ahmadinejad et Moussavi…

Ali Larijani

Ali Larijani, président du Parlement iranien (Majlis)

Ancien membre des Gardiens de la révolution (tout comme Ahmadinejad), ce conservateur « pragmatique » a été défait lors des élections présidentielles de 2005. Il a été négociateur en chef du pays dans le dossier du nucléaire jusqu’en 2007. Critique envers Ahmadinejad et sa politique économique, il a été élu représentant de la ville sainte de Qom au Majlis en 2008, sous la bannière de la Coalition élargie des défenseurs de principes. « Larijani a le soutien de grandes figures cléricales iraniennes », dit Charlotte Karagueuzian.

 

Ahmad Jannati

L’ayatollah Ahmad Jannati, président du Conseil des gardiens de la Constitution

Il dirige l’un des plus puissants organes du pouvoir en Iran. Le Conseil des gardiens est composé de six religieux, nommés par le guide suprême, et de six juristes, nommés par le chef du pouvoir judiciaire, lui-même nommé… par le guide suprême. Il veille à ce que les projets de loi votés par le Parlement respectent la Constitution et, surtout, la charia. Lorsque ce n’est pas le cas, il oppose son droit de veto. Le Conseil des gardiens sélectionne aussi les candidats aux différentes élections.

Hashemi Rafsanjani

L’ayatollah Ali Akbar Hashemi Rafsandjani, président du Conseil de discernement de l’intérêt supérieur du régime

Cet organe conseille le guide suprême et arbitre les conflits entre le Parlement et le Conseil des gardiens de la Constitution. Rafsandjani, comme ses collègues, a été nommé par le guide suprême. Il a pourtant soutenu Hossein Moussavi lors des présidentielles. Président de l’Iran de 1989 à 1997, cet ayatollah est respecté et influent en Iran. Il dirige actuellement un autre organe important, l’Assemblée des experts (voir la photo suivante).

Assemblée des experts

L’Assemblée des experts

Se réunissant une semaine par an, elle est formée de 86 religieux du haut clergé, élus au suffrage universel direct tous les huit ans. L’Assemblée est chargée d’élire le guide suprême et, en théorie, de le révoquer. Certains de ses membres s’opposent au président Ahmadinejad, tandis que d’autres le soutiennent.

Hossein-Ali Montazeri

Le grand ayatollah Hossein-Ali Montazeri

« N’ayez pas peur. Chaque bon musulman a le devoir de s’opposer à l’injustice de ceux qui bafouent ses droits. » C’est le message qu’a lancé au peuple iranien Montazeri lors d’un entretien diffusé dans Internet en juillet. Cet ecclésiastique dissident, qui occupe le rang le plus élevé dans le clergé chiite iranien, fait partie du camp réformiste. Dauphin déchu du guide suprême Khomeiny, il critique Ali Khamenei ainsi que ses politiques.

Mohammad Khatami

Mohammad Khatami

Un mois après avoir annoncé sa candidature à la présidence, le réformiste Khatami a rejoint les rangs de Moussavi. Président de l’Iran de 1997 à 2005, ce religieux, qualifié de charismatique par le New York Times, milite pour une ouverture de l’Iran aux autres pays occidentaux.

Medhi Karroubi

Mehdi Karoubi

Cet ecclésiastique réformiste, qui dirige le Parti de la confiance nationale, a perdu les élections présidentielles de 2005 et de 2009. Président du Parlement à deux reprises (de 1989 à 1992 et de 2000 à 2004), il est plus modéré que Khatami. Il s’oppose au Conseil des gardiens, mais pas au guide suprême.

Mohammad Ali Jafari

Le général Mohammad Ali Jafari (à gauche)

Il est à la tête des Gardiens de la révolution, une armée idéologique relevant du guide suprême et comptant quelque 200 000 hommes – dont a déjà fait partie Ahmadinejad. Ces pasdarans, qui sont affiliés aux bassidjis, des miliciens islamistes, ont menacé de réprimer les manifestations après les élections. « Il est encore trop tôt pour savoir quel est le « camp » de Mohammad Ali Jafari », dit Charlotte Karagueuzian.