États-Unis : les fausses informations polluent le débat sur l’avortement

Tandis que les États américains conservateurs adoptent les uns après les autres des lois très restrictives en matière d’avortement, contre-vérités et arguments fallacieux alimentent le débat. Le point avec Camille Lopez. 

Donald Trump - Floride
Photo : La Presse canadienne

Les uns après les autres, les États américains conservateurs sont en train d’adopter des lois très restrictives en matière d’avortement. Le plus récent : la Géorgie, qui a voté ces derniers jours une loi interdisant aux femmes d’interrompre volontairement leurs grossesses après six semaines, stade auquel de nombreuses femmes ignorent encore qu’elles sont enceintes.

En Ohio, au Kentucky et au Mississippi, des mesures similaires ont été vivement contestées et bloquées, et il est fort probable que la Géorgie subira le même sort. Par ailleurs, ces restrictions ont été déclarées inconstitutionnelles en Iowa et au Dakota du Nord. D’autres États leur emboîtent le pas, comme l’Alabama, la Caroline du Sud, le Tennessee et l’Arkansas.

Au cœur du débat, on trouve des arguments antichoix qui ont l’air faux puisqu’ils sont, dans leur grande majorité, basés sur de fausses croyances. On ne parle pas de passages bibliques répétés à l’envi par des utilisateurs anonymes sur Twitter, ou même d’informations erronées partagées par des organisations antiavortement.

Soyons clair, il est plutôt question de déclarations trompeuses formulées par des politiciens ou par le président des États-Unis en personne. En public, en entrevue, dans le discours de l’état de l’union… Des arguments qui ont probablement aidé à faire adopter certaines lois conservatrices. En voici un petit florilège.

 

1. La fausse question de l’avortement pendant l’accouchement

 

« Alors si une femme est dilatée, qu’elle montre des signes qu’elle est sur le point d’accoucher, on peut interrompre sa grossesse ? »

Todd Gilbert, membre républicain de la Chambre des délégués de Virginie, janvier 2019

En janvier, Kathy Tran, une démocrate qui siège à la Virginia House of Delegates, a présenté son projet de loi pour modifier le règlement sur l’avortement dans son État.

En Virginie, pour permettre l’interruption d’une grossesse au troisième trimestre, il faut que trois médecins certifient que la vie de la mère est en danger ou que la grossesse pourrait affecter « irrévocablement et substantiellement » sa santé physique ou mentale. Kathy Tran voulait faire passer ce nombre à un seul médecin.

La démocrate a siégé devant un comité pour présenter son projet de loi visant à protéger la santé physique et mentale de la mère. Le républicain Todd Gilbert en a profité pour lui demander si une femme en plein travail, dilatée, pouvait encore subir un avortement.

Maladroitement, la démocrate a répondu « oui ». Et vlan : la vidéo devient virale et les titres enflammés criant à l’infanticide sont repris par dizaines.

Je dis « maladroitement », parce que le projet de loi de Mme Tran ne change pas les délais permis pour interrompre une grossesse. Elle s’attaquait plutôt au nombre de médecins requis pour autoriser la procédure.

Mme Tran a toutefois faussement déclaré que c’était tout ce qu’elle désirait modifier. Comme le note PolitiFact, son projet de loi éliminerait aussi la mention « irrévocablement et substantiellement ».

Reste que la question de M. Gilbert entraîne un faux débat. Les avortements tardifs (après 21 semaines) sont rares : ils constituent environ 1,3 % des interruptions de grossesse volontaires aux États-Unis. Ces interventions sont généralement pratiquées pour sauver la vie de la mère ou parce que le fœtus présente des malformations graves.

 

2. Le médecin et la mère décident de tuer un bébé après sa naissance

 

« Le bébé est né, la mère rencontre le médecin, ils prennent soin de l’enfant, ils l’enveloppent magnifiquement et puis ils décident si oui ou non ils exécutent l’enfant. »

Donald Trump, président des États-Unis, 27 avril 2019, lors d’un discours au Wisconsin

 

Donald Trump réagissait au fait que le gouverneur démocrate Tony Evers s’apprêtait à s’opposer à une loi qui aurait pu se traduire en condamnation à vie pour les médecins qui n’auraient pas su prodiguer les soins suffisants pour « sauver » un fœtus né vivant après un avortement tardif raté.

Le président décrit ici un infanticide légal (un thème récurrent). Et c’est complètement faux.

Un fœtus peut-il rester vivant après un avortement ? Oui, mais c’est extrêmement rare, note le New York Times, qui a interrogé le Dr Daniel Grossman, professeur en gynécologie à l’Université de la Californie. Dans certaines situations, comme dans le cas d’une pré-éclampsie, le seul moyen de sauver la mère est de provoquer l’accouchement, note l’expert.

Et si les chances de survie de l’enfant sont très, très faibles, « la famille peut choisir d’assurer son confort en l’enveloppant dans une couverture, en le prenant dans ses bras, et en le laissant mourir naturellement », décrit le quotidien américain.

 

3. Le bébé est arraché du ventre de la mère

 

« Des législateurs new-yorkais ont applaudi au passage d’une loi permettant d’arracher un bébé du ventre de sa mère juste avant sa naissance. Ce sont des bébés en vie, qui ressentent les choses, de beaux bébés. »

Donald Trump, président des États-Unis, 5 février 2019, lors du discours de l’état de l’union

 

Faux.

Le président faisait référence au Reproductive Health Act de l’État de New York, une nouvelle loi qui rend légaux les avortements passé 24 semaines si la vie de la patiente est en danger ou si le fœtus n’est pas viable.

 

4. On peut « replacer » l’embryon issu d’une grossesse ectopique dans l’utérus

 

« Une partie du traitement proposé [dans la loi antiavortement de l’Ohio] pour éviter l’avortement consisterait à retirer l’embryon de la trompe de Fallope et de le réinsérer dans l’utérus. »

John Becker, membre républicain de la Chambre des représentants de l’Ohio, mai 2019

 

[À écouter ici]

Une grossesse ectopique est une grossesse qui se développe en dehors de l’utérus, souvent dans les trompes de Fallope. Elle ne peut être menée à terme et peut être fatale pour la mère si elle n’est pas interrompue à temps.

L’intervention dont parle John Becker n’existe pas. « Réinsérer » un embryon dans l’utérus est impossible.

***

Les faux arguments énumérés plus haut ont été repris à plusieurs reprises par les mouvements antiavortement. Et pas juste aux États-Unis. Au Québec, ils font des ravages, puisque ces déclarations, traduites par les groupes antichoix, ne sont pas accompagnées des vérifications quasi simultanées des grands médias américains comme le New York Times et le Washington Post.

 

 

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5 commentaires
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Beaucoup de contrevérités et arguments fallacieux dans cet article..
Encore une fois on verse dans l’ostracisation anti conservatisme et l’anti américanisme crasse avec des sophismes à profusion.. Je rerette amèrement d’avoir cliqué sur ce torchon.

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Personnellement, je regrette surtout d’avoir lu votre stupide commentaire
qui dénonce sans apporter aucun argument.

Mais qu’est-ce qui peux bien attendrir le coeur de tRump pour un foetus

alors qu’en même temps il vend des cannons pour tuer des enfants qui se trouvent sur le

chemin des gazoducs et oléoducs partout dans le monde

et

qu’en même temps il affame les enfants

dans les endroits où leurs dirigeants ne veulent pas se prosterner devant son veau d’or qu’est

le baril de pétrole comme au Vénézuela?

Chantons en choeur ‘Le monsieur qui vend des canons’ de Pierre Perret

..moi je vous vend la guerre. Vous n’avez plus qu’à la faire…

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L’avortement est le meurtre d’un enfant non née. Au Canada, c,’est permis seulement dans des cas grave, comme l’inceste, viol, malformation de l’enfant non née, survie de la mère. C’est ça le jugement de la cours suprême du Canada. Il y a eu terrible dérapage. On a encore beaucoup de discussions a avoir sur avoir sur le sujet. Il faut maintenant commencer comprendre qu’il faudra commencer a respecter les droits des enfants non nés. Comprendre qu’il n’y a pas seulement les adultes qui ont des droits quand il s’agit d’avortement. …

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