Les Mexicains en ont assez de Trump!

Les propos incendiaires de Donald Trump ont d’abord fait rigoler les Mexicains. Plus maintenant. Ils étudient même une loi «anti-Trump»!

Devant la crainte que suscitent les mesures du candidat républicain, le président mexicain l’a invité, le 31 août dernier, à Los Pinos, l’équivalent de la Maison-Blanche, pour « faire comprendre à Trump que le Mexique est important pour les États-Unis », s’est justifié Enrique Peña Nieto, en réponse aux milliers de messages de mécontentement parus dans les médias sociaux concernant le traitement présidentiel offert au candidat. Une semaine plus tard, Luis Videgaray, le ministre des Finances qui avait orchestré la visite de Trump, a remis sa démission. (Photo: EPA/Jorge Nunez/La Presse Canadienne)
Devant la crainte que suscitent les mesures du candidat républicain, le président mexicain l’a invité, le 31 août dernier, à Los Pinos, l’équivalent de la Maison-Blanche, pour « faire comprendre à Trump que le Mexique est important pour les États-Unis », s’est justifié Enrique Peña Nieto, en réponse aux milliers de messages de mécontentement parus dans les médias sociaux concernant le traitement présidentiel offert au candidat. Une semaine plus tard, Luis Videgaray, le ministre des Finances qui avait orchestré la visite de Trump, a remis sa démission. (Photo: EPA/Jorge Nunez/La Presse Canadienne)

Les propos incendiaires de Donald Trump contre les sans-papiers qui vivent aux États-Unis ont d’abord fait rire les Mexicains. Des piñatas — ces figures de papier mâché remplies de bonbons que les Mexicains ont coutume de détruire à l’aide d’un bâton lors des fêtes — à l’effigie du milliardaire ont inondé les grands marchés. À la radio, dans les spectacles, commentateurs et humoristes se sont moqués joyeusement du candidat républicain.

À quelques semaines de l’élection, toutefois, Donald Trump ne fait plus rire. Deux manifestations ont eu lieu récemment dans les rues de Mexico pour inviter les Américains expatriés à voter contre le magnat de l’immobilier et sa promesse d’ériger un mur de 3 200 km pour sceller la frontière entre les deux pays — et d’en refiler la facture aux Mexicanos !

Le 6 septembre, un projet de loi anti-Trump a été déposé devant le Congrès mexicain par le Parti de la révolution démocratique (PRD), principale opposition de gauche, qui détient 12 % des sièges au Congrès. Parmi les mesures proposées, une clause empêchera tout gouvernement mexicain d’utiliser des ressources publiques pour financer le fameux mur. Le PRD a bon espoir de faire adopter la loi, en convainquant les députés du Parti action nationale (PAN), parti conservateur qui forme l’opposition officielle avec 22 % des sièges, et deux autres petits partis.

Une autre idée du milliardaire effraie particulièrement les Mexicains : l’abolition de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). Son entrée en vigueur, en 1994, a fait exploser le nombre d’usines d’assemblage et de montage de multinationales, ces maquiladoras qui emploient des millions de personnes. Selon l’administration mexicaine, le commerce bilatéral entre les deux pays se chiffre à 500 milliards de dollars. Quelque 80 % des exportations sont destinées au marché américain, soit 29,3 % du PIB du Mexique.


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« Le mur serait un désastre pour le Mexique, mais les États-Unis seraient aussi très touchés », croit Valeria Moy, économiste à l’Institut technologique autonome du Mexique. « Les écrans plats que les consommateurs achètent chez Costco pourraient se vendre jusqu’à quatre fois plus cher sans la main-d’œuvre bon marché du Mexique. Certains produits disparaîtraient, parce qu’ils seraient trop chers à produire. »

Les artistes, les anciens dirigeants et les élus ont multiplié les sorties publiques pour répondre aux insultes de Trump. Le président, Enrique Peña Nieto, a comparé « la rhétorique stridente » de Donald Trump à celle des dictateurs Adolf Hitler et Benito Mussolini.

Le PRD a par ailleurs lancé la campagne « le Mexique contre Trump ». « Nous avons demandé aux Mexicains de partager massivement les messages de Trump sur les médias sociaux », explique Armando Ríos Piter, sénateur qui a déposé le projet de loi anti-Trump. « Nous avons aussi invité les Mexicains à appeler leurs proches qui vivent à Chicago, Dallas ou Los Angeles pour les inciter à s’informer sur les dangereuses idées de Trump, fondées sur la haine et l’ignorance. »

Si la loi est adoptée, le Sénat sera en droit de réviser, modifier ou abroger ses traités internationaux « au moment où un gouvernement extérieur violerait les droits et les intérêts des Mexicains vivant au Mexique et à l’étranger, ou les intérêts des entreprises mexicaines ».

Le Mexique et les États-Unis ont signé 75 traités bilatéraux au cours de leur histoire, dont le Traité de paix de 1848, par lequel le Mexique a transféré une grande partie de son territoire aux États-Unis, dont la Californie, l’Arizona, le Nouveau-Mexique et le Nevada. « Les traités territoriaux pourraient être révisés, mais on mise surtout sur les traités économiques et commerciaux qui bénéficient aux États-Unis », précise le sénateur.

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