Les prédateurs du Coran

Lorsqu’ils se réfèrent aux textes sacrés, les djihadistes tronquent les citations et omettent le contexte. Seule une véritable « histoire humaine » de l’islam permettra de faire reculer ces discours de haine, estime la spécialiste du monde musulman Jacqueline Chabbi.

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Photo : Itani/Alamy

Agrégée d’arabe et docteure ès lettres, Jacqueline Chabbi est spécialiste de l’histoire médiévale du monde musulman. Elle est notamment l’auteure des essais Le Seigneur des tribus : L’islam de Mahomet (CNRS, 2010) et Le Coran décrypté : Figures bibliques en Arabie (Le Cerf, 2014).

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Après la mort du pilote jordanien brûlé vif dans une cage en métal, le grand imam de l’Université Al-Azhar, au Caire, a appelé à appliquer aux terroristes du groupe armé État islamique « la punition prévue dans le Coran » pour ceux, affirme-t-il, « qui combattent Dieu et son Prophète : la mort, la crucifixion ou l’amputation de leurs mains et de leurs pieds ». Qu’en pensez-vous ?

Répondre à la violence par la violence, c’est déjà absurde. Mais utiliser ce verset extrêmement agressif (V, 33) hors de son contexte, alors que c’est précisément celui dont se servent les djihadistes, montre à quel point ces muftis [interprètes officiels de la loi musulmane] n’ont aucune vision historique sur le Coran. Sinon ils auraient compris que ce passage relève d’un effet rédactionnel de surenchère. Que des musulmans, aujourd’hui, prennent pour argent comptant un tel discours est dramatique. En l’absence de recherche historique, les exégètes actuels oublient malheureusement trop souvent la dimension rhétorique du texte, pourtant essentielle.

Les djihadistes prétendent justifier leur violence par les sources scripturaires [Coran et sunna] de l’islam : est-ce possible ?

Tout est toujours possible quand on veut exercer une violence au nom d’une religion. L’Église a bien réussi à trouver des justifications dans l’Évangile ! De même que l’Ancien Testament est le reflet de plus de 2 000 ans de conflits, le Coran est celui de son époque. La grande différence avec l’islam de Mahomet, c’est que les djihadistes privilégient la mort à la vie, tandis que dans le monde tribal c’était tout le contraire : on ne cherche pas à aller au paradis — auquel on ne croit pas encore vraiment —, on cherche par tous les moyens à se maintenir en vie. Le Coran est un livre de vie. Alors que Daech [le groupe armé État islamique] exécute à tort et à travers, les premiers musulmans vivent dans une société où l’on veut avant tout rallier les gens. Mais Daech ne fait pas de l’islam, Daech fait de la politique ultraviolente.

Comment contrer le discours des idéologues djihadistes ?

Les gens de Daech ne font pas d’exégèse coranique, ils font de la prédation sur le texte. Ils pren­nent un verset à l’appui de leurs actions et omettent son contexte et la phase rédactionnelle où sont créés des ajouts et des effets litté­raires. Il faut donc absolument que les musulmans connaissent l’histoire de leurs textes. Or, les manuels scolaires français sont indigents. On vous y parle encore de l’ange Gabriel comme d’un per­sonnage historique ! On vous rabâ­che les cinq piliers de l’islam. Il n’y a aucun recul. Notre représen­tation de l’islam des origines est catastrophique, et les professeurs d’histoire sont démunis. Il ne faut pas aborder l’islam par le biais du religieux — présenter un Dieu de paix contre un Dieu de guerre n’a aucun intérêt — ni même par l’histoire du fait religieux, mais par l’histoire des hommes, c’est-à-dire notamment par l’anthropologie quand l’histoire factuelle reste insaisissable. Ça fait 30 ans que je me bats là-dessus.

Renforcer l’enseignement de la laïcité à l’école, est-ce une solution ?

Pour résoudre les difficultés, on va balancer aux croyants la laïcité ? Sauf que, pour eux, la laïcité est une idéologie. Quel poids peut-elle avoir contre une histoire sacrée ? La seule sortie, je le redis, c’est par l’histoire. Il faut historiciser, humaniser l’histoire sacrée, qui est en soi une déshumanisation de l’histoire. Il faut en somme « désislamiser » l’islam pour lui rendre sa face humaine.

Que répondre à ceux qui refusent les caricatures du Prophète ?

J’ai envie de leur dire d’aller lire leur texte. Dans le Coran, Mahomet n’est pas du tout une figure sacralisée. Au contraire, on se moque de lui sans arrêt. Il y a la caricature, la contre-caricature, ça fuse dans tous les sens. Le langage est même très cru dans ces milieux pastoraux.

Comment s’est faite la sacralisation de la figure prophétique ?

Le texte coranique semble être fixé à la fin du VIIe siècle sous les Omeyyades de Damas. Ces califes qui construisent la coupole du Rocher à Jérusalem y inscrivent dans la mosaïque le nom de Mahomet comme successeur de Jésus. C’est un islam politique qui s’affronte aux Byzantins. Le processus de sacralisation commence avec les Abbassides, descendants de Mahomet par un oncle. Ils vont commander une Sîra [une biographie du Prophète], qui va leur permettre de se donner le beau rôle, à la fois contre les Omeyyades, mais aussi contre leurs cousins directs descendants des petits-fils de Mahomet. Le chiisme historique va naître de cette rupture. La tradition prophétique, soit le hadith — dits et faits de Mahomet supposés rapportés par ses compagnons —, est encore plus tardive. C’est là, entre la seconde moitié du IXe siècle et le début du Xe, entre l’Irak et l’Iran, qu’apparaît le sunnisme comme « voie prophétique ». On a alors complètement changé de sociologie. C’est la grande hybridation sur le plan culturel et religieux. Les convertis interprètent le Coran à partir de leurs ascendances antérieures, chrétienne, juive, zoroastrienne. C’est aussi le début de la dogmatisation de l’islam.

Les salafistes disent imiter l’exemple de Mahomet. Mais que savons-nous de lui ?

Presque rien. C’est seulement dans la tradition prophétique qu’on décrit sa barbe, comment il se lavait les dents, etc. De même que l’histoire du pays du Sham, qui revient sans cesse dans le discours de Daech, n’apparaît pas davantage dans le Coran. Tout cela appartient au champ imaginaire du IXe siècle. C’est pourquoi on pourrait dire aux salafistes qui prétendent imiter un Prophète fantomatique : vous n’êtes pas les petits-fils de Mahomet, vous êtes les petits-fils du IXe  siècle, et plus encore les fils de votre époque, entièrement responsables de ce que vous perpétrez au nom d’un passé fantasmé ! (© Le Nouvel Observateur, 19 au 25 février 2015, tous droits réservés)

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LEXIQUE

Coran : Livre sacré des musulmans, composé de 114 sourates (chapitres) et 6 219 versets.

Chiisme : Courant minoritaire de l’islam (10 % à 15 % des musulmans) né d’un schisme au sujet de la succession du Prophète, qui aurait dû, selon les chiites, revenir à Ali (cousin et gendre de Mahomet) et à sa descendance.

Sunnisme : Courant majoritaire de l’islam, considéré comme plus orthodoxe. Les sunnites accordent une grande importance à la sunna et aux traditions.

Sunna : Ensemble des hadiths, soit une compilation des paroles et actions du Prophète, qui sert de modèle et de source de législation pour les croyants. Chiites et sunnites ne s’enten­dent pas sur la validité des mêmes hadiths.

Salafisme : Mouvement sunnite fondamenta­liste qui prône un retour à l’islam des origines en s’appuyant sur une lecture littérale des sources.

Pays du Sham : Territoire qui couvre, en gros, Israël, le Liban, la Syrie, la Jordanie et une partie de la Turquie.

Omeyyades : Dynastie de califes arabes qui a régné de 661 à 750. Cet empire est tombé sous les coups des Abbassides.

Abbassides : Dynastie de califes arabes qui a régné de 750 à 1258.

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Toute approche historique est en partie inféodée à ceux qui écrivent l’histoire. L’histoire est sans cesse brassée par ceux qui exercent le pouvoir. Existe-t-il une histoire objective qui rapporte exclusivement les faits dans leur contexte et rien d’autre ?

L’approche historique classique est usuellement factuelle. Même certains faits avérés peuvent au fil du temps être niés ou révisés. En la matière toutes les civilisations ont toutes fait la même chose. Lorsque les religions — qui sont souvent très impliquées dans divers processus de pouvoir -, ne se servent pas de l’histoire mais à la place des textes sacralisés (et non nécessairement sacrés) qui sont utilisés de diverses manières pour servir le dessein (servir de contexte) de ceux qui exercent le pouvoir.

Si je comprends bien que l’islam doit être vu dans son contexte historique, ce contexte chronologique du temps permettant d’introduire le caractère relatif de toutes choses. On ne pourra pas empêcher des personnes d’ériger un texte ou une forme de texte en dogme. Et de faire de ce texte un fer de lance.

Penser que des jeunes, des adolescents, des enfants puissent exercer leur libre-arbitre par le truchement d’une seule approche historique. Tout cela me semble illusoire.

En revanche, les systèmes éducatifs peuvent jouer un rôle important dans leur mission de former les esprits. Une tête bien faite n’a pas besoin de se remplir de quelque forme d’idéologie que ce soit pour survivre. Dans ce cas, la religion prend dans la vie des gens une place raisonnable. Elle peut dans ce cas soutenir le vivre et de préférence le bien vivre ensembles.

À ce titre je ne suis pas sûr que l’apprentissage du Coran (même de façon optionnelle) ait la moindre place dans les établissements d’enseignement public (comme on a pu voir la chose encore récemment dans plusieurs collèges du Québec). On devrait plutôt à la place offrir des cours de botanique puis en fin de semaine les agrémenter des travaux pratiques au niveau du jardinage.

D’ailleurs, un enseignement de l’islam par l’art, l’architecture, les mathématiques et encore l’irrigation et les jardins. Tout cela ne nuit pas.

C’est pourquoi je préconiserais plutôt une approche jardinière et bucolique des choses de la vie. Car ce qui commande toute forme d’action, ce sont les pulsions. Il n’en tient qu’à nous d’exercer nos pulsions de façon positive. Quand l’amour et la charité (dans lequel on trouve le mot charia) c’est aussi le Coran.

Je suis entièrement d’accord avec votre approche,
L’histoire est toujours écrite par les dirigeants politiques , les militaires ou les religieux qui, pour garder le pouvoir à tout prix , utilisent généralement le « sacré » pour asservir les peuples en se posant comme les choisis par Dieu ( avant c’était les divinités ),ses représentants directs , ceux par qui on doit absolument passer pour communiquer avec Dieu et d’autres insanités du même calibre pour asservir les gens simples que nous sommes .
Et cette dame , qui croit dur comme fer , que la solutions est d’utiliser des textes complètement dévoyés et corrompus écrits a la gloire de personnes ou de groupe de personnes se trompe dans son analyse.
Elle nous indique de de fixer l’arbre qui cache le forêt et de regarder le doigt pointé sur la lune au lieu de regarder l’astre lui même.
L’objectif final étant que nous devons absolument nous subordonner et croire sans discussion a tout ce que nous racontent ces dirigeants pour justifier leurs actes , même si ces actes vont a l’encontre de ce que nous pouvons penser juste.
J’aime bien votre phrase » D’ailleurs, un enseignement de l’islam par l’art, l’architecture, les mathématiques et encore l’irrigation et les jardins. Tout cela ne nuit pas. »
Si vous aviez lu le coran , vous y retrouveriez exactement les mêmes paroles .
Le tout premiers verset du livre dit au prophète : « LIS » , ce mot a été répété 3 fois , le prophète répondait a chaque fois » JE NE SAIS PAS LIRE » avant que la suite ne soit communiquée et qui dit de regarder et d’étudier la création sous toutes ses formes pour mieux appréhender et comprendre ce qui nous entoure.
Ensuite, le prophète a fait libérer tout prisonnier de guerre qui apprendrait a un musulman a lire et a écrire.
On retrouve aussi sa fameuse parole: on apprends continuellement depuis la naissance jusqu’a la mort.
Et aussi : il faut rechercher le savoir partout d’un bout a l’autre de la terre.
Malheureusement , le côté obscure qui fait partie de chacun de nous , prime dans l’époque actuelle et l’assassinat d’innocents ( hommes, femmes et enfants) a coup d’avions de guerre super sophistiqués, de missiles soit disant intelligents , de bombes ou simplement de terreur ( tuer des prisonniers par le couteau ou par le feu ) actes qui sont totalement refusés par toutes les religions , sont devenus tellement courants que n’y ne faisons pratiquement plus attention.

@ Aboulfaraj,

Merci pour vos commentaires qui contribuent pleinement à notre instruction. Et nous permettent de percevoir aussi les aspects positifs du Coran.

«L’histoire est toujours écrite par les dirigeants politiques , les militaires ou les religieux.»

Mais non, l’histoire est toujours écrite par des historiens ou alors ce n’en est pas ; même si ici « historien » doit être pris dans un sens non académique, qui englobe les historiens professionnels, les mémoires d’hommes ou de femmes politiques (qui sont évidemment des « plaidoyers pro domo », mais cela ne signifie pas qu’ils soient inutiles), les témoins (par exemple qui songerait à faire l’histoire de la Shoah sans passer par David Rousset, Primo Levi, Edith Bruck, etc), les journalistes de l’époque bien sûr, les essayistes.

Parmi les historiens professionnels, ceux qui sont hélas loyaux à autre chose qu’à l’historiographie – membres d’un parti, par exemple – sont relativement faciles à déceler ; et si on ne les décèle pas parce qu’on est renseigné sur leur biographie, souvent on les décèle à la lecture. Par ailleurs, la multiplication des sources – qui est multiplication des angles pour observer le même point – a toujours été la seule façon de savoir ce qui s’est vraiment passé, de dégager graduellement les faits des multiples interprétations des faits. Je prends pour exemple mon dada, qui est l’histoire des fascismes. Croyez-vous vraiment que cette histoire ait été écrite seulement « par les vainqueurs », comme le voudrait l’adage démagogique bien connu, c’est-à-dire, dans le cas qui nous occupe, écrite seulement par des antifascistes tels Gaetano Salvemini (gauche anticommuniste), Benedetto Croce (droite libérale), Arturo Jemolo (démocrate-chrétien) et ainsi de suite? Pas du tout : voici ‘Le long voyage à travers le fascisme’ du fasciste Zangrandi, voici ‘Parliamo dell’elefante’ du fasciste Longanesi, voici un long article de Giovanni Gentile (principal « penseur » du régime à ses débuts) publié par William A. Salomone dans ‘Italy from Risorgimento to Fascism’…

Chaque livre d’historien-au-sens-large, aussi grand et impressionnant que soit son mérite spécifique (comme le grand Salvemini, par exemple!!), ne vaut pas grand-chose s’il ne fait partie d’une vaste panoplie, un catalogue raisonné d’angles différents dont la multiplication seule permet vraiment d’apercevoir (d’apercevoir un jour, à la suite d’à peine quinze à vingt années d’effort soutenu) l’objet dont on souhaite avoir le cœur net dans sa réalité vivante (s’agissant des fascismes puisque c’est mon exemple, dans sa réalité MALHEUREUSEMENT vivante !).

Bon,avec tout ça je n’ai pas dit une ligne sur les fondamentalistes ni sur le Coran. J’y reviendrai !

Quel beau commentaire rempli de sagesse ! En même temps, il faut bien comprendre que la guerre sainte (sic) suivra son cours. Les radicaux ne lâcheront pas prise. Appuyons le maire de Montréal qui devra se défendre devant les tribunaux contre un musulman qui n’aime pas la démocratie, mais qui profite de notre système au maximum.

@ Pierre Simard,

Merci également pour vos commentaires. J’appuie en effet le maire de Montréal sur ce sujet. En principe lorsqu’on choisit de vivre ici, c’est parce qu’on aime la démocratie 🙂

Pour déveloper un perspective historique de l’évolution et du rôle des religions dans le monde, il faut lire le livre de Karem Armsrtong: Fields of Blood. Selon Mme. Armstrong, le concept de séparation de la politique et de la religion est un phénomène tout récent dans l’histoire humaine. À leur création, toutes les religions étaient ´´politique ´´, donc partie intégrale de la vie, et ce, dans chaque civilisation depuis près de 15,000 ans. Donc les ´´livres saints ´´ religieux étaient ré-écrits et ré-interprétés pour les besoins des dirigants d’une époque pour minimiser la grogne populaire et gérer leur royaumes. Tous ceux qui prêchent selon un livre saint ne font que perpétuer l’usage de ces sources douteuses pour leur besoins de démagogie.

Les livres saints ne sont pas des sources douteuses! C’est juste que Dieu (ou les dieux) change avec le temps… 😀

J’ ai été élevé dans la religion Catholique assez stricte et je peux vous assurer que je me sens tellement libre aujourd’ hui de ne plus pratiquer une religion! Par contre toutes les grandes croyances me fascinent car ils ont influencées et façonnées notre monde moderne! Et je respecte ceux qui CROIENT car sans eux et j’ en suis profondément convaincu ; il n’ y aurait pas d’amour et de paix!

Alors l’ Etat islamique n’ est pour moi qu’ un moyen de faire la guerre! Et c’ est malheureusement les musulmans modérés qui en font les frais parmi l’ opinion mondiale!!

«Mais utiliser ce verset extrêmement agressif (V, 33) hors de son contexte, alors que c’est précisément celui dont se servent les djihadistes, montre à quel point ces muftis [interprètes officiels de la loi musulmane] n’ont aucune vision historique sur le Coran. Sinon ils auraient compris que ce passage relève d’un effet rédactionnel de surenchère. Que des musulmans, aujourd’hui, prennent pour argent comptant un tel discours est dramatique.»

Utiliser hors de son contexte, prendre pour argent comptant. Je soupçonne que nous sommes là au cœur de la question : la question du pied de la lettre VS la sombre poésie propre aux textes religieux. Et je me demande dans quelle mesure ces exégètes autoproclamés de textes sacrés ne seraient pas tout simplement des illettrés (à ne pas confondre avec des analphabètes) ayant vis-à-vis des livres une attitude de révérence craintive et « magique » propre aux idolâtres plutôt qu’aux monothéistes.

Au 16ème siècle, le rabbin Yoseph Karo (dit « le grand compilateur » car il avait consacré 32 ans de sa vie à compiler les règles du judaïsme dans un célèbre ouvrage nommé le ‘Choulhan Aroukh’), dut quitter précipitamment son Espagne adorée car il était poursuivi par l’Inquisition, qui voulait lui faire un mauvais parti. Or c’est en Turquie, un pays ô combien musulman, qu’il trouva refuge et protection contre la persécution de ces chrétiens hallucinés. Alors je crois que ces musulmans-là, ils étaient très croyants, mais ne prenaient vraiment pas au pied de la lettre les injonctions à tuer Untel ou Untel.

Ce qu’on appelle parfois, et avec raison, « l’âge d’or de l’islam », fut aussi un âge d’or de la raison. Après les Grecs, c’est vers l’Est plutôt que vers Rome que va migrer Logos (la raison narrative, comme l’appelle Jean-Pierre Faye). La philosophie de l’Avveroès, comme celle de Maïmonide, tout en étant très pieuse, nous parle continuellement de la Raison comme d’une force régulatrice. Elle en est tout imprégnée. À ces « fous de Dieu » d’aujourd’hui comme on les appelle, je crois que la force régulatrice de la raison manque complètement, comme s’ils n’avaient plus la moindre notion de l’Homme. Au point qu’à Tombouctou, on a assisté à ce spectacle désâmant et délirant comparable à un renard du désert qui se dévorerait la queue : la destruction, par des jusqu’au-boutistes se réclamant de l’Islam, d’œuvres d’art et d’architecture et d’artefacts qui étaient la trace vivante de l’âge d’or de l’Islam.

Les djihadistes seraient des mauvais lecteurs du Coran. Ils sont quand même des lecteurs.
Il avait une injonction autrefois que le monde n’est plus à interpréter, mais à faire. Ce que pratique d’Al-Qaïda à l’État islamique avec fureur. Rien n’indique que les deux groupes ont pris leurs sources dans la culture indonésienne pays musulman qui a été aussi colonisé par l’Occident. Les Indonésiens ne parlent pas l’arabe. Cela suppose une traduction du Coran d’une langue à une autre, avec son historicité, sa culture avec ce qui est intraduisible d’une langue à une autre. Est-ce que les Indonésiens parlent de l’Islam comme un phénomène de colonisation des consciences ? Il semble que le discours qui dénonce la colonisation relève que du politique et de l’économique, mais rarement du religieux !

Est-ce vraiment le texte coranique qui fait problème qu’un de vos chroniqueurs suggérait d’extraire les sourates belliqueuses pour le rendre plus harmonieux à notre sensibilité humaniste ? J’imagine le grand inquisiteur espagnol pendant sa période de prière murmurée entre ces lèvres que ta volonté soit faite sur terre comme au ciel son soulagement quand le matin même, il envoyait dans un jugement au nom de TA volonté dans les feux bien réels une douzaine de personnes dites hérétiques.

Le Notre Père comme prière la tradition islamique le reprend aussi. La volonté d’Allah droit être faite sur terre comme au ciel. Dans la tête d’un fondamentaliste ou d’un radicaliste peut avoir des effets dévastateurs quand les conditions politiques sont réunies. Que ta volonté soit faite sur terre comme au ciel peut être un programme politique. Quand dire, c’est faire ! Par exemple un califat.

Cette prière relève de la promesse, de la demande, de l’initiative de la personne de soumettre sa volonté à la volonté du Tout-Puissant pour reprendre une des désignations d’Allah dans la tradition coranique. Le danger dans la lecture d’un texte religieux est de confondre la loi avec Dieu surtout quand le culte de la personnalité est un montage politique qui fait acte de foi dans la parole émise. En 1989, Khomeini condamne à mort l’écrivain Salman Rushdie à travers une fatwa qui accuse celui-ci de blasphème contre le prophète de l’islam Mahomet. La fatwa de Khomeini transcende les lois des pays.

A la différence des livres de la bible juive et chrétienne, qui fut inspirée, le Coran est dicté. Mahomet nie explicitement en être l’auteur. C’est un messager qui lui a transmis. Il l’a fait descendre dans le cœur du prophète. Ce messager est appelé tantôt Esprit de sainteté, tantôt Esprit de fidélité et, une fois du nom propre de Gabriel. L’inspiration veut dire qu’être éclairée de l’intérieur. Le transmetteur peut être faillible, mais le message a la prétention d’être vrai. Pour l’islam, en revanche le Prophète n’est en aucun cas l’auteur du Coran. Il est le récepteur passif de la parole divine. Loin de faire de Mahomet un homme parmi les hommes. Il va devenir avec cette conception de la transmission de la parole de Dieu à Mahomet le dernier des Prophètes et clore une tradition de la révélation. Il aura un culte de Mahomet, une théorie de l’autorité et du pouvoir. Cette guerre des interprétations provoquera le schisme entre sunnite et chiite et des guerres qui durent encore aujourd’hui.

Déjà de connaitre la genèse du Coran, par exemple que celui-ci emprunte dans sa construction aux textes chrétiens, juif même hellénique. Cela lui retirait un peu de sa sacralité et l’humanise.