Les républicains peuvent-ils larguer Trump ?

Tandis que Donald Trump semble se diriger vers une défaite au soir du 3 novembre, sénateurs et représentants républicains pourraient être tentés de faire campagne sans lui. Pour le meilleur et pour le pire.

La sénatrice républicaine du Maine Susan Collins lors de son arrivée au Capitole à Washington, le 9 juin 2020 (photo : AP )

À une centaine de jours du scrutin présidentiel, le constat est clair : Donald Trump est dans le pétrin. Évidemment, tout peut arriver, et il n’est pas impossible qu’il rattrape son adversaire démocrate Joe Biden. Reste que la grande précarité de sa situation en pousse actuellement plusieurs à se poser cette question : se pourrait-il que son parti le largue ?

À moins d’une intervention divine, Donald Trump sera le porte-étendard du Parti républicain à la présidence – il s’est déjà assuré de l’appui de la majorité des délégués qui participeront à la convention de son parti le mois prochain. Nous sommes toutefois en droit de nous demander si les candidats et les élus républicains, particulièrement les membres du Congrès dont les sièges seront en jeu en novembre, ne succomberont pas à la tentation de prendre leurs distances par rapport au président. S’il devient de plus en plus évident que Trump se dirige vers la défaite, ces sénateurs et représentants pourraient-ils être tentés de faire campagne comme des entités explicitement distinctes du président ?

Il existe des précédents. En 1996, par exemple, voyant que Bob Dole, alors candidat présidentiel, était condamné à la défaite contre Bill Clinton, les républicains du Congrès avaient explicitement appelé les électeurs à les garder en poste afin de servir de chien de garde face à Clinton. Le message, essentiellement, était le suivant : « Nous savons qu’un démocrate sera président, alors élisez des républicains au Congrès afin d’équilibrer le pouvoir. »

Et cela avait fonctionné : les républicains ont été réélus majoritaires dans les deux chambres du Congrès pour la première fois en près de 70 ans.

Une telle approche est-elle envisageable en 2020 ? Le scepticisme est de rigueur, et ce, pour deux bonnes raisons.

Tout d’abord, le phénomène du vote bipartisan – ce que l’on appelle split-ticket voting – a perdu beaucoup d’ampleur au cours des dernières années. Il a longtemps été monnaie courante pour les électeurs de choisir le candidat d’un parti pour la présidence et celui de l’autre parti pour le Congrès.

La meilleure illustration de ce phénomène remonte à 1972, lorsque le républicain Richard Nixon avait été réélu avec la plus grande majorité du siècle au vote populaire, balayant 49 des 50 États, alors que son parti se faisait rosser au Congrès. Nixon a par exemple raflé le Delaware avec un écart de plus de vingt points de pourcentage – un résultat jamais égalé par un républicain depuis –, tandis que Caleb Boggs, sénateur républicain sortant de l’État, mordait la poussière face à un poulain démocrate… nommé Joe Biden.

Cette pratique connaît cependant un recul très net. Avec l’homogénéisation et la polarisation croissantes des partis politiques ces dernières décennies, le vote présidentiel est de plus en plus collé à celui des autres postes élus, y compris les postes au Congrès. En 2016, pour la première fois de l’histoire américaine, chaque État sans exception a appuyé le candidat du même parti à la présidence et au Sénat.

Ainsi, un parti politique est de plus en plus associé à son candidat présidentiel. Cela est particulièrement vrai lorsque ce dernier est aussi omnipotent – oserait-on dire envahissant ? – que l’est Donald Trump. Pour en prendre la pleine mesure, il fallait voir avant les élections de 2016 comment certains candidats républicains au Sénat marchaient sur des œufs lorsqu’ils étaient questionnés sur Trump. À un mois du vote, Kelly Ayotte, sénatrice républicaine sortante du New Hampshire et vedette montante du parti, cafouillait en plein débat en tentant d’expliquer en quoi Donald Trump était un modèle pour les enfants. Ayotte a passé le mois suivant à tenter de rectifier le tir, ce qui ne l’a pas empêchée de perdre de justesse son siège en novembre.

La sénatrice républicaine sortante du Maine, Susan Collins, semble vivre un scénario semblable en 2020. Bien en selle depuis maintenant un quart de siècle, Collins faisait partie des nouveaux élus républicains au Sénat l’année de la réélection de Bill Clinton. En 2008, alors que la vague Obama déferlait sur l’Amérique, Collins repoussait son adversaire démocrate par plus de 20 points. Autrement dit, bon an mal an, elle pouvait se reposer sur sa seule image de marque, peu importe le parti de la personne élu à la présidence. 

Or, les choses ont changé puisqu’une majorité d’électeurs du Maine se disent désormais mécontents de son travail et que son taux d’approbation plafonne au même niveau que celui de Trump dans l’État, soit à 45 %. Collins a eu beau voter contre certaines mesures phares de l’administration républicaine – incluant l’abrogation de l’Obamacare, la réforme des soins de santé –, son destin semble intimement lié à celui du président.

Les républicains doivent également réfléchir à la réaction de Donald Trump s’ils tentent de se distancier de lui. Très clair dans son désir de voir les membres de son parti qui le critiquent mordre la poussière, il lui suffirait d’un tweet pour encourager bon nombre de ses défenseurs à bouder un de ses dissidents le jour du vote. Et sans les partisans du président, ces candidats sont cuits.

Tout cela nous ramène donc à ce que j’écrivais ici l’an dernier : pris entre l’arbre et l’écorce, le Parti républicain est marié à un président dont il ne peut divorcer avant le 3 novembre et dont les problèmes politiques menacent actuellement de lui coûter bien plus que la Maison-Blanche.

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Étant donné qu’un « intervention divine » est toujours possible… comme le souligne Rafael Jacob, je me garderais bien de livrer des conclusions trop hâtives, étant donné que je ne suis pas informé de qui est soutenu par le « très haut »… un « coup-de-théâtre » pourrait bien chambouler toutes les intentions de vote.

Je comprends l’anxiété de quelques candidats républicains qui pourraient bien perdre leur strapontin, on pourrait d’ailleurs se mettre à rêver : un président démocrate, un sénat démocrate, une chambre des représentants démocrate pour un minimum de deux ans. Avec à la clef, la possibilité de voter des lois qui fassent du bien aux Américains sans se perdre dans le dédale des procédures.

Je pense que les candidats républicains doivent avant tout être en accord avec eux-mêmes quitte à perdre leur réélection. Le système démocratique américain est tel que toute chose se fait puis par la suite se défait.

Au départ, la Constitution des États-Unis prévoyait un régime basé sur l’alternance. Ainsi le vice-président était le chef de l’opposition, il pouvait devenir par la suite après 4 ou 8 ans : président. En sorte qu’il y avait sur pratiquement tout, débat et recherche de consensus. Ce qui prévalait aussi pour les assemblées. Ce sont de bons principes que de vouloir un État pour le peuple et formé par le peuple tous partis confondus.

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