Les six travaux d’Obama

Ottawa suit de près le branle-bas de combat à Washington autour des réformes proposées par Barack Obama. Car celles-ci auront des répercussions sur tous les Canadiens.

Photo : La Presse Canadienne
Photo : La Presse Canadienne

LES GRANDS POLLUEURS

LE PROBLÈME. Les Américains produisent la moitié de leur électricité à l’aide de centrales au charbon. Et personne ne paie pour les gaz à effet de serre que crachent les cheminées des usines.

CE QUI BOUGE. Le Congrès étudie un projet de Bourse du carbone. Washington fixerait une limite d’émission de CO2 pour l’ensemble du pays, et des « titres de pollution » seraient distribués aux entreprises, qui encourraient une amende si elles dépassaient leur quota. Les titres non utilisés pourraient être revendus. Obama veut définir son programme avant la conférence sur le climat qui aura lieu à Copenhague en décembre.

LA RÉSISTANCE. Le coût des biens produits aux États-Unis augmentera, affirment des groupes industriels, car il faudra y intégrer le prix des technologies moins polluantes. Ce sont les États producteurs de charbon qui ont le plus à perdre. Certains – dont l’Ohio, la Pennsylvanie et la Virginie – sont des poids lourds sur la carte électorale.

ET LE CANADA ? Ottawa s’alignera sur Washington pour la Bourse du carbone, a déclaré dans nos pages le ministre fédéral de l’Environnement, Jim Prentice (voir « Ottawa suivra Obama », 15 avril 2009). Pas le choix : les États-Unis songent à imposer des tarifs punitifs sur les importations provenant de pays qui ne respecteraient pas les normes minimales américaines.

 

L’INDUSTRIE DU TABAC

LE PROBLÈME. Même si les autorités américaines reconnaissent depuis plus de 40 ans que la cigarette est nocive, la fabrication des produits du tabac était jusqu’à récemment moins réglementée que celle des cosmétiques ou de la nourriture pour chiens.

CE QUI BOUGE. En juin, Obama a signé une loi donnant à l’État le pouvoir de contrôler la quantité de nicotine et de toxines dans les cigarettes. Sont désormais interdits : les cigarillos aromatisés, l’appellation « légère » et la publicité dans un rayon de 300 m autour des écoles. Comme au Canada, les paquets porteront des avertissements sur les dangers pour la santé, accompagnés de photos.

LA RÉSISTANCE. Des entreprises de la plus vieille industrie du pays se préparent à une longue bataille en justice. Le fait de limiter la publicité viole, selon elles, le premier amendement de la Constitution, qui porte sur la liberté d’expression.

ET LE CANADA ? Ottawa compte se mettre au diapason de Washington. Un projet de loi interdisant la vente de tabac aromatisé et de cigarillos à l’unité, populaires chez les jeunes, est à l’étude au Parlement.

 

LES CONSTRUCTEURS D’AUTOMOBILES

LE PROBLÈME. Les Américains représentent 5 % de la population mondiale, mais consomment 25 % du pétrole. Pour assouvir cette dépendance, ils enrichissent des pays non démocratiques, comme l’Arabie saoudite et le Venezuela.

CE QUI BOUGE. Obama a décrété que les nouveaux véhicules vendus aux États-Unis devront consommer un tiers de moins de carburant et rejeter un tiers de moins de CO2 d’ici 2016. Il impose ainsi à l’ensemble du pays les normes adoptées en Californie en 2002.

LA RÉSISTANCE. Elle est faible. Le lobby de Detroit, qui a longtemps lutté contre de telles mesures, a les mains liées : le récent plan d’aide à l’industrie a fait de Washington l’actionnaire majoritaire de GM et un partenaire important de Chrysler.

ET LE CANADA ? Les nouvelles normes s’appliqueront aux véhicules vendus en Amérique du Nord, le marché canadien étant trop petit pour imposer les siennes. Comme leurs voisins, les Canadiens paieront leur automobile plus cher en raison des nouvelles technologies. Mais ils feront des économies à la pompe.

 

L’INDUSTRIE DE LA SANTÉ

LE PROBLÈME. 47 millions d’Américains n’ont pas d’assurance maladie. Pourtant, le système de santé des États-Unis est le plus coûteux du monde (7 000 $ par habitant, contre 3 565 $ au Canada).

CE QUI BOUGE. Le Congrès discute d’un régime d’assurance maladie public abordable et accessible à tous, qui concurrencerait les régimes privés et ferait ainsi baisser les primes. Autre solution : on pourrait obliger tous les Américains à s’assurer et subventionner ceux qui n’en ont pas les moyens.

LA RÉSISTANCE. Les assureurs privés craignent que l’État ne leur fasse une concurrence déloyale. Et les républicains brandissent l’épouvantail du socialisme.

ET LE CANADA ? Si la coexistence du régime public et des régimes privés réussit à dégraisser le système de santé américain, les partisans d’une médecine à deux vitesses au Canada se feront entendre.

 

LES BANQUES

LE PROBLÈME. Les financiers de Wall Street ont joué aux alchimistes en transformant des prêts hypothécaires à risque en pro­duits d’investissement dits sûrs. Le charme a opéré quelques années, avant de se rompre, ce qui a déclenché une récession mondiale.

CE QUI BOUGE. Le Congrès veut encadrer la vente des produits d’investissement complexes et propose la mise sur pied d’une agence de protection financière des consommateurs. Les salaires des hauts cadres des banques renflouées par l’État seront fixés par la Maison-Blanche.

LA RÉSISTANCE. Neuf grandes institutions financières, dont cinq ont reçu l’aide de l’État, ont formé un groupe de pression s’opposant à de nouvelles règles, qui, selon lui, freineraient l’innovation financière et nuiraient à l’économie.

ET LE CANADA ? La réglementation canadienne étant l’une des plus sévères du monde, le Canada n’aura pas trop de mal à s’adapter aux nouvelles règles.

 

LES SOCIÉTÉS DE CARTES DE CRÉDIT

LE PROBLÈME. Un Américain sur cinq doit payer des intérêts de plus de 20 % sur le solde impayé de son compte. La dette de crédit moyenne est de 7 000 $ !

CE QUI BOUGE. Une loi contraignante, adoptée en mai, a mis un terme aux hausses-surprises des taux d’intérêt et à leur application rétroactive sur le solde du compte.

LA RÉSISTANCE. L’industrie fait campagne auprès de sa clientèle. Les nouvelles règles, dit-elle, feront baisser les limites de crédit.

ET LE CANADA ? La veille de l’adoption de la loi américaine, le ministre canadien des Finances, Jim Flaherty, a sommé les émetteurs de cartes de crédit d’annoncer à l’avance les hausses de taux d’inté­rêt et d’accorder un délai de grâce de 21 jours sans intérêt pour les nouveaux achats (une mesure déjà en vigueur au Québec).

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