Les trois villes qui inquiètent les experts en tremblements de terre

À Katmandou, le coût de la reconstruction après le séisme du 25 avril pourrait atteindre 5 milliards de dollars, soit environ 20 % du PIB du Népal.

Photo : Chris McGrath/Getty Images
Photo : Chris McGrath/Getty Images

Enfoui sous les décombres d’un immeuble qui s’est subitement effondré après le séisme de magnitude 7,8 (et ses 47 répliques) ayant ravagé la vallée de la capitale népalaise Katmandou le 25 avril dernier, un nourrisson du nom de Sonit Awal a survécu pendant 22 heures avant d’être sauvé par l’armée.

Un miracle comme il n’y en aura plus. Une semaine après la tragédie, le gouvernement a exclu toute possibilité de retrouver de nouveaux survivants sous les gravats. Le dernier bilan humain du ministère de l’Intérieur, en date du 2 mai, fait état de 6 621 morts et de 14 023 blessés. Le bilan matériel est également très lourd : pas moins de 600 000 maisons – rarement construites en respectant les normes antisismiques – ont été détruites ou endommagées. Selon les Nations unies, huit millions d’habitants du Népal ont été victimes, à divers degrés, de ce séisme.

Quant à l’industrie du tourisme, qui compte pour 8 % de l’économie locale et qui emploie un million de personnes, elle a été touchée en plein cœur : de nombreux temples et sites patrimoniaux ont été dévastés.

Le Canada a promis une aide financière à hauteur de cinq millions de dollars. L’Union européenne (4 M$), les États-Unis (10 M$) et la Chine (3,4 M$) contribueront également. Mais selon l’évaluation initiale de Ram Sharan Mahat, le ministre des Finances du Népal, c’est au moins deux milliards de dollars qui seront nécessaires pour la reconstruction du pays. Plus pessimiste, le chef économiste d’un cabinet d’études et de conseil cité par Le Monde estime qu’à long terme, le coût de la reconstruction pourrait atteindre cinq milliards de dollars, «soit environ 20 % du PIB du Népal».

Les instances politiques, totalement dépassées, n’ont pas les moyens de faire front. «Notre gouvernement n’est pas assez fort pour gérer tout cela. Nous devons nous en occuper nous-mêmes», explique à Time Kshitiz Nyaupane, un habitant de Katmandou dans la vingtaine. À la suite de la guerre civile qui a sévi de 1996 à 2006, faisant pas moins de 12 000 morts, Katmandou a vu neuf premiers ministres différents en seulement huit ans. «Les politiciens népalais ont été trop occupés à se battre les uns contre les autres, dont récemment à propos de réformes constitutionnelles, pour traiter la préparation aux catastrophes comme une priorité. Il n’y a eu aucune élection au niveau des districts, des villages et des villes depuis près de deux décennies, et les comités qui gèrent les conseils locaux ne sont pas organisés pour coordonner l’aide d’urgence», écrit Kunda Dixit, un journaliste népalais, dans The New York Times.

Pourtant, la catastrophe du 25 avril s’inscrit dans un contexte géologique et historique qui aurait dû inciter à davantage de prudence, puisque le Népal se trouve au confluent de deux plaques tectoniques, celles du sous-continent indien et celle de l’Eurasie. La manifestation la plus visible de la collision entre ces deux plaques continentales n’est autre que la chaîne de l’Himalaya. Au fil des siècles, leur frottement produit une énergie qui, quand elle se libère brusquement, provoque un tremblement de terre.

Ce risque sismique, jumelé à la vulnérabilité d’un pays où les infrastructures sont inadaptées et où un quart de la population vit sous le seuil de pauvreté, a fait du Népal la victime d’un cocktail dévastateur.

Dans le monde, de nombreux endroits présentent le même risque de séismes violents. Trois villes inquiètent particulièrement les sismologues, explique le site du magazine américain Time. Téhéran en fait partie. Il y a cinq ans, un expert avait estimé à 90 % le risque que la capitale iranienne subisse un tremblement de terre d’une magnitude de 6,0 ou plus durant les prochaines décennies. Le président de l’époque, Mahmoud Ahmadinejad, avait cherché à vider l’agglomération d’au moins cinq de ses 13 millions d’habitants, utilisant même des incitatifs financiers pour pousser les citoyens à emménager dans des villes de moins de 25 000 personnes.

Victime d’environ 120 séismes destructeurs durant les deux derniers millénaires, la cité turque d’Istanbul n’ignore pas non plus le danger qui la guette – 110 000 personnes y ont péri dans ces circonstances durant le XXe siècle. En 2004, un rapport de l’OCDE a évalué à 65 % la probabilité qu’un tremblement de terre d’une magnitude oscillant entre 6,0 et 7,5 frappe la ville de 14 millions d’habitants d’ici à 2035.

La menace est encore plus sérieuse en Californie. En 2008, l’Institut d’études géologiques des États-Unis avait quasiment certifié (probabilité de plus de 99 %) que l’État de l’Ouest américain ferait face à un ou plusieurs tremblements de terre d’une magnitude d’au moins 6,7 sur l’échelle de Richter avant 2038 – les villes de San Francisco et de Los Angeles étant particulièrement à risque.

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La côte ouest canadienne est aussi très vulnérable et on sait que plusieurs écoles ne répondent pas aux normes sismiques et seraient dangereuses en cas de séisme mais le gouvernement Clark (libéral) refuse de faire les améliorations nécessaires et les repoussent à plus tard alors que la vie des enfants est en jeu. Plusieurs édifices plus vieux de Vancouver et Victoria sont aussi à risques mais on a peur d’obliger les proprios à faire les améliorations nécessaires car ça coûterait cher et les gouvernements ne veulent pas avoir à contribuer, surtout quand ils le refusent pour les écoles. Le gouvernement Harper n’est pas mieux, non seulement il refuse de participer aux coûts mais il a eu le front de couper les subventions aux groupes d’intervention en cas de séisme urbain…

Parlant du gouvernement Harper, non seulement il a coupé les subventions au groupe d’intervention de Vancouver mais il a eu le front de ne pas les laisser aller au Népal pour aider à localiser les gens enfouis sous les décombres (ils ont aussi des chiens entraînés à chercher les gens ensevelis) – ils étaient prêts à partir (ils sont toujours prêts) mais n’ont pu le faire à temps malgré le fait qu’ils auraient pu sauver bien des gens. De plus les promesses de ce gouvernement sont des promesses d’ivrogne, comme on dit familièrement. Ils ont fait beaucoup de promesses suite au séisme en Haïti mais ils ne les ont pas rempli – les argents promis furent versées au compte-goutte puis le robinet s’est fermé assez vite sans remplir les promesses et malgré le fait que le pays avait encore beaucoup de besoins. Les promesses de Harper au Népal font probablement partie des manoeuvres pré-électorales que les conservateurs ne se gênent pas de faire, sur le dos des contribuables… Les Népalais ne devraient pas s’attendre à grand chose!

Les chiffres évoluant de jours en jours, pour ne pas dire d’heures en heures, ceux qui sont ici publiés ne sont plus à jour et… quelques autres miracles se sont encore produits, quelques personnes ont été sauvées après dix jours d’ensevelissement.

Difficile d’évaluer à combien s’élèvera le coût de la reconstruction. Surtout si on souhaite reconstruire en adoptant des normes antisismiques rigoureuses. Même avec l’aide internationale, le Népal devra prendre beaucoup de temps pour se rebâtir.

Depuis le tremblement de terre en Haïti, le pays est encore loin d’être reconstruit.

Il convient ici de relever que la magnitude n’est pas le seul facteur à prendre en considération. Plusieurs tremblements de terre se sont produits au cours des 50 dernières années qui avaient des magnitudes proches de 9 ou supérieures à 9 sur l’échelle de Richter.

Aussi ce qui est source de problèmes ce sont moins les tremblements de terre que la densité de population et le type de construction. Hors, il y a un lien entre la densité de population, le type de construction et le niveau de vie des habitants. Une population pauvre et dense produit des constructions de piètre qualité pouvant abriter un nombre élevé de personnes.

Mais ce qui interpelle le plus, c’est que ce sont sur les bords des principales lignes de failles qui se trouvent parmi les populations les plus peuplées et quelquefois aussi parmi les plus riches. Et lorsque ce n’est pas la richesse financière, c’est la richesse spirituelle, la mémoire de l’humanité — comme au Népal -, qui se trouvent alors affectés.

Est-il possible que le développement des gens soit aussi lié à ces fleuves invisibles que sont ces courants telluriques — dus en grande partie au rayonnement solaire -, qui parcourent la planète ? Peut-être qu’une meilleure compréhension de ces phénomènes physiques nous aiderait à mieux répartir les forces en présence partout.

Une observation encore sur la Californie. Le tremblement de Terre de 1906 qui avait dévasté San Francisco, s’inscrit toujours dans la mémoire collective des californiens. Il est très difficile encore maintenant de prévoir si cette ville pourrait être à nouveau le théâtre d’un séisme d’une telle ampleur. N’est-ce pas cependant interpellant de constater que cette région avec notamment la Silicon Valley se trouve être aujourd’hui l’un des sièges principaux au niveau de l’intelligence artificielle ?