L’Inde chancelle

Les travailleurs canadiens qui craignent que leur emploi ne file vers l’Inde auraient intérêt à entendre Mira Kamdar. Cette chroniqueuse et spécialiste de l’Inde est formelle : le pays a cinq ans pour régler ses problèmes de pauvreté, d’éducation, de racisme… Sans quoi, il fonce tout droit vers la catastrophe.

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Photo : Maude Plante-Husaruk

Les travailleurs canadiens qui craignent que leur emploi ne file vers l’Inde auraient intérêt à entendre Mira Kamdar. Cette chroniqueuse et spécialiste de l’Inde est formelle : le pays a cinq ans pour régler ses problèmes de pauvreté, d’éducation, de racisme… Sans quoi, il fonce tout droit vers la catastrophe.

Vous redoutez une fracture sociale grandissante. Pourquoi ?

Les milliardaires et la classe moyenne urbaine profitent de la croissance économique, mais pas la grande majorité de la population. Plus de 60 % du 1,2 milliard d’Indiens vivent de l’agriculture, secteur négligé par l’État. Près de 42 % des enfants malnutris dans le monde sont en Inde ! Et la création d’emplois est anémique.

Qu’est-ce qui ne va pas ?

L’Inde vantait encore récemment sa jeunesse — 60 % de sa population a moins de 35 ans. Cette main-d’œuvre et ces consommateurs devaient alimenter la croissance, mais ça ne se produit pas. Et il y a une crise dans l’éducation. Par exemple, seul un diplômé sur cinq en génie est assez qualifié pour être embauché. Le rêve démographique s’apprête à devenir un cauchemar.

Les élections d’avril et mai peuvent-elles changer la donne ?

Difficilement. Les deux principaux partis sont de mauvais choix. Le Parti du Congrès [au pouvoir] est inepte et corrompu. Le parti nationaliste hindou Bharatiya Janata, en tête dans les sondages, est xénophobe et antimusulman. L’Inde est hindoue à 80 %, mais abrite la deuxième population musulmane au monde. Le risque de violences religieuses est réel. Le seul espoir est une percée de l’Aam Aadmi, qui défend la classe moyenne et fait de la lutte contre la corruption son fer de lance. Sa victoire dans l’État de Delhi, fin 2013, montre que les Indiens cherchent de nouvelles solutions.