En route vers la justice fiscale

L’avidité n’a ni religion, ni couleur. Communistes chinois, tyrans africains, émirs saoudiens, capitalistes européens et pakistanais, post communistes russes… Dans les Panama Papers, il y a de tout!

En Grande-Bretagne, des manifestants, certains coiffés d’un panama, ont demandé la démission du premier ministre, David Cameron, égratigné par les Panama Papers. (Photo: Tom Nicholson/Rex/Shutterstock/La Presse canadienne)

Établir une liste noire mondiale de paradis fiscaux, intensifier les poursuites pénales contre les fraudeurs du fisc, créer des registres publics pour révéler l’iden­tité des personnes cachées derrière des sociétés-écrans enregistrées dans ces refuges… Il y a des solutions pour lutter contre l’opacité des paradis fiscaux ! Et certaines ont été débattues à la rencontre des représentants des Finances du G20, à la mi-avril, à Washington.

Remercions le mystérieux informateur du quotidien allemand Süddeutsche Zeitung et la centaine d’organes de presse associés au Consortium international des journalistes d’enquête. Depuis des mois, ces rédactions analysent les 11,5 millions de fichiers subtilisés à un cabinet-conseil panaméen, spécialisé dans les montages pour clients fortunés : les désormais célèbres Panama Papers.

S’il y a une chose que cette fuite historique a montrée, c’est que l’avidité n’a ni religion ni couleur politique. Dans les dossiers des clients de Mossack Fonseca, il y a de tout ! Communistes chinois, tyrans africains, émirs saoudiens, capitalistes européens et pakistanais, post-communistes russes.


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La majorité de ces sociétés-écrans n’ont qu’une raison d’être : mettre des richesses à l’abri des lois fiscales des pays où elles ont été accumulées — souvent au prix de la sueur et parfois des vies de milliers de gens —, privant des États des ressources dont ils ont besoin pour développer l’économie.

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Dénoncé dans la foulée des Panama Papers, le premier ministre islandais, Sigmundur Daviò Gunnlaugsson, a démissionné début avril. Ailleurs, des célébrités devront s’expliquer ou rendre des comptes à la justice.

Les retombées politiques de cette fuite se feront sentir pendant des mois encore. En Islande, on pourrait voir le Parti pirate — qui veut réduire l’influence des entreprises sur les États et protéger les libertés sur Internet — prendre le pouvoir. En Grande-Bretagne, la campagne du premier ministre, David Cameron, pour garder son pays au sein de l’Union européenne est fragilisée par les révélations des Panama Papers selon lesquelles il a déjà possédé des actions dans la société-écran de son père.

Au Brésil, on assistera peut-être à des élections anticipées dès l’automne. La très écologiste politicienne Marina Silva — épargnée par les scandales de corruption — pourrait profiter de la grogne pour se faire élire. Dans ce pays où une oligarchie industrielle s’enrichit en détruisant la forêt amazonienne, ce serait un tremblement de terre !

En Chine, malheureusement, les Panama Papers feront chou blanc. Étranglés par la censure, les médias chinois restent silencieux. Aucun n’y fait allusion, même si près du tiers des comptes de Mossack Fonseca sont chinois et que certains appartiennent à des membres du Comité permanent du Parti communiste et à des proches du président, Xi Jinping. Les «aristocrates rouges», comme on surnomme les enfants des révolutionnaires chinois, ne seront pas inquiétés. Personne ne les forcera à rem­bourser à l’État les fortunes qu’ils ont dissimulées au fisc.

Sur les 17 pays d’Afrique touchés par les Panama Papers, seule l’Afrique du Sud a demandé des comptes aux personnalités impliquées.

Reste que les filous sont désormais moins tranquilles qu’avant. Le combat pour la justice se joue désormais par fichiers informatiques interposés, grâce au courage de gens déterminés à endiguer ce cancer qui affaiblit toute l’économie mondiale. Voyons voir jusqu’où les retombées des Panama Papers nous conduiront. La route sera longue vers la justice fiscale. Mais la marche a commencé.

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