L’Ukraine, la bombe et moi

Trente ans ont passé depuis la fin de l’URSS, et nous revoici en pleine guerre froide sur une planète qui brûle. L’humanité ne saurait régler l’une de ces crises et laisser l’autre continuer, explique notre collaborateur Karel Mayrand.

Wang Zhao / H. Armstrong Roberts / ClassicStock / Getty images / montage : L'actualité

Très tôt dans ma vie j’ai dû faire face à l’idée de la fin du monde. Mon premier souvenir d’enfant à propos de la guerre est d’avoir entendu un jour aux nouvelles que les Soviétiques pouvaient appuyer sur un bouton rouge et déclencher une guerre nucléaire qui provoquerait l’anéantissement de notre civilisation. À sept ou huit ans, c’est dur à avaler.

J’ai tout de suite été fasciné par ce pays mystérieux qui voulait nous anéantir, et totalement obsédé par l’idée qu’on pouvait déclencher la fin du monde en appuyant sur un bouton rouge. Je pense que mon engagement pour la protection de notre planète est né à ce moment. Je suis devenu écologiste plus tard, quand l’histoire m’a joué un tour. Et l’Ukraine a eu un rôle prédominant dans mon cheminement.

Je suis entré à l’Université McGill en septembre 1991 pour y étudier la science politique et les relations internationales, avec une spécialisation en Union soviétique et bloc de l’Est. Trois mois plus tard, le 31 décembre 1991, l’URSS cessait d’exister à la suite de la déclaration d’indépendance de l’Ukraine, à laquelle ont succédé celles de la Russie et d’autres républiques soviétiques. Disons que mon plan de carrière a changé radicalement ce jour-là. Celui de Vladimir Poutine, malheureusement, est demeuré intact.

Six mois plus tard se tenait le sommet de Rio, et je décidais de combattre une autre fin du monde, celle provoquée par les changements climatiques et la destruction des systèmes naturels et des écosystèmes de notre planète. Inscrit en relations internationales à l’Université Laval, j’allais combiner mes deux intérêts pour consacrer mon mémoire de maîtrise à la sécurité environnementale et la catastrophe de Tchernobyl, cette explosion d’un réacteur nucléaire le 26 avril 1986. Encore une fois, l’Ukraine se retrouvait au centre de mon cheminement.

En visionnant l’extraordinaire série télé qui raconte l’histoire de ce terrible accident nucléaire, je me suis replongé dans les thématiques de mon mémoire de maîtrise : comment le mensonge, la culture du secret et la répression des régimes autoritaires mènent inévitablement à des désastres. Comment les dictatures se protègent d’abord elles-mêmes, au détriment de tout le reste. J’ai senti un long frisson traverser ma moelle épinière en constatant que les Russes bombardaient la plus grande centrale d’Europe cette semaine, celle de Zaporijjia, et en entendant le président de l’Ukraine, Volodymyr Zelensky, affirmer : « S’il y a une explosion, c’est la fin de tout. La fin de l’Europe. C’est l’évacuation de l’Europe. »

Trente ans plus tard, nous voici replongés dans la peur de la fin du monde, avec un président russe qui menace d’utiliser l’arme nucléaire et qui dispose de missiles hypersoniques capables de détruire New York ou Washington en quelques minutes. Avec ce despote prêt à viser des centrales nucléaires autant que des écoles ou des hôpitaux, et avec l’Ukraine et sa population pris dans l’étau de l’histoire, de la géographie et de la barbarie de leur voisin. Une population dont le courage, la détermination et la force morale sont bouleversants. Je me demande aujourd’hui : comment ai-je pu en apprendre autant sur l’Ukraine mais en savoir si peu sur les Ukrainiens, qui inspirent présentement le monde entier ?

C’est sur fond de cette atmosphère de Troisième Guerre mondiale larvée qu’est paru un autre rapport des Nations unies sur le climat en début de semaine, un énième rapport qui nous rappelle que l’adaptation aux changements climatiques est de plus en plus illusoire, et pratiquement impossible lorsque l’on dépasse 1,5 degré de réchauffement. Pendant qu’un million de réfugiés ukrainiens fuient la guerre, on attend 253 millions de réfugiés climatiques dans les 30 prochaines années. Malgré cela, nous continuons d’émettre chaque jour une telle quantité de gaz à effet de serre qu’ils retiennent dans l’atmosphère une chaleur équivalente à celle que produiraient 500 000 bombes d’Hiroshima. Ce bombardement touche, lui aussi, des civils.

Trente ans ont passé depuis la fin de l’URSS, et nous revoici en pleine guerre froide sur une planète qui brûle. La menace nucléaire s’est grandement accrue au cours des dernières semaines. La menace climatique, elle, a été multipliée par 1 000, 10 000 ou un million depuis 30 ans. Et j’ai encore aujourd’hui la réaction que j’avais enfant : comment peut-on en venir à menacer de détruire une planète entière, ou une nation, ses hommes, ses femmes et ses enfants, sans plus de considération pour la vie humaine, ou pour la vie tout court ? Aucun livre, aucun professeur, aucun cours ni aucun diplomate ne m’a jamais convaincu de la justesse ou de la rationalité des gestes qui causent notre perdition.

J’entendais l’autre jour sur CNN une députée ukrainienne dénoncer le fait que l’Occident continue d’importer du pétrole et du gaz russes, malgré les sanctions adoptées contre le pays. Elle disait à peu près ceci : « Nous mourons dans les rues de nos villes parce que vous refusez de payer plus cher pour votre essence. » Le même message aurait pu être porté par les victimes des cataclysmes naturels déclenchés par les changements climatiques. Et pendant ce temps, ici au Canada, l’industrie pétrolière reprend sa campagne pour construire des pipelines et des gazoducs, comme elle l’avait fait après la catastrophe de Lac-Mégantic, alors que les 47 morts n’avaient même pas encore été enterrés. Le Canada n’importe peut-être pas de pétrole russe, mais l’industrie pétrolière canadienne a de nombreux oligarques russes parmi ses actionnaires et fournisseurs. Ceux-ci sont exemptés de sanctions. Le cynisme de l’industrie énergétique canadienne est déshonorant.

J’avais sept ou huit ans quand j’ai pris conscience que la fin du monde pouvait être provoquée par l’être humain. J’en aurai 50 cette année, et j’observe l’histoire bégayer et un monde vaciller dans l’absurdité la plus totale. La Russie bombarde l’Ukraine avec un trésor de guerre de 650 milliards de dollars acquis en vendant du pétrole et du gaz à l’Occident. 

Notre cœur se brise en voyant ces héros ukrainiens défendre la liberté pendant que nous regardons nos enfants inquiets de ce que l’avenir leur réserve sur une planète en feu. Et pourtant, nous continuons de nourrir le bombardement de notre planète et les pires dictatures, tout cela pour assurer notre confort matériel immédiat.

Le courage des Ukrainiens devrait nous inspirer. S’ils sont capables de risquer leur vie pour défendre la liberté, nous pouvons certainement redoubler d’efforts pour les soutenir financièrement et militairement, protéger notre démocratie, et accepter de transformer nos modes de vie pour préserver l’avenir de nos enfants. 

J’espère avoir un jour des petits-enfants, et j’espère qu’ils n’auront jamais à redouter la fin du monde, ou à me reprocher de n’avoir rien fait pour l’arrêter.

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La profonde inquiétude qui colore votre propos est assurément partagée par bon nombre d’entre nous. J’ai une bonne vingtaine d’années de plus que vous et j’éprouve les mêmes sentiments face à tout ce qui se passe. Jean Ferrat chantait dans «Nuits et brouillards» – que le sang sèche vite en entrant dans l’Histoire -. Les humains agissent souvent sans se souvenir du passé, et retombent dans les mêmes ornières qu’on s’était juré d’éviter. Il suffit d’un seul dirigeant de pays aux ambitions machiavéliques pour que tout bascule dans le chaos. Et vous avez bien raison de craindre le pire, car toute la bonne volonté du monde pourrait ne pas suffire à empêcher l’irrémédiable de se produire. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’OTAN fait tout pour éviter l’escalade indésirable quitte à «sacrifier» un peuple, un pays en proie à ce despote inqualifiable. Malgré cela, nul ne peut prédire comment cette guerre va se résoudre.

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A mon avis il bluffe.Et je suis moins d’être certain que le peuple russe l’appuierait si on le faisait déguerpir de l’Ukraine.Et je crois qu’il ne veut pas s’arrêter a ce pays.

Que dire de plus, je suis totalement en accord avec vous et j’ éprouve les mêmes sentiments.

Un beau texte dont je partage chaque mot. Je suis né à la fin de la Deuxième Guerre mondiale et j’ai grandi pendant la Guerre froide, qui risquait de se transformer en guerre nucléaire. Depuis s’est ajoutée la menace du réchauffement climatique, que nous ne prenons pas au sérieux. Je comprends donc fort bien les appréhensions de l’auteur.

Un élément m’a frappé dans son texte. On accuse, et avec raison bien sûr, Poutine d’être responsable de l’invasion de l’Ukraine. Mais on oublie que la «Russie bombarde l’Ukraine avec un trésor de guerre de 650 milliards de dollars acquis en vendant du pétrole et du gaz à l’Occident». Bref, au nom de notre confort, on finance depuis plus de 20 ans un dictateur.

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Beau témoignage Mme Mayran. « …comment le mensonge, la culture du secret et la répression des régimes autoritaires mènent inévitablement à des désastres. » Le neuroscientifique Mario Beauregard parle de l’effet de la Conscience sur nos réalités. Je me demande de quoi est faite celle de certains leaders? On dirait que pour plusieurs, la réalité n’existe pas si on ne la voie pas dans ses effets. Le Dieu Économie ne nous sauvera pas si nous vivons dans l’inconscience actuelle. et comment arrêter les tueurs en liberté? Examen de conscience à faire au niveau international.

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Je suis d’accord! Et j’ajouterais qu’il n’y a jamais eu un meilleur moment que maintenant pour nous débarrasser de notre dépendence aux énergies fossiles et d’embrasser les énergies vertes.

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C’est comme si mon voisin battait sa femme et ses enfants mais que personne n’osait intervenir parce qu’il menace de faire sauter le voisinage. Céder aux menaces de Poutine c’est de capituler face au terrorisme et d’envoyer tout un message de faiblesse. Croyez-vous vraiment que Poutine souhaite une 3e guerre mondiale qui menacerait de destruction la Russie? Nous avons toujours le choix de rester les bras croisés devant l’horreur ou d’intervenir en commençant par une zone d’exclusion aérienne au dessus de l’Ukraine. Est-ce que la vie des Occidentaux a plus de valeur que la vie des victimes innocentes de l’invasion russe en Ukraine?

Michel Grégoire, MBA, Adm.A.
Courtier Immobilier
514-346-3413

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Bien d’accord avec vous.Et sans compter sur la faiblesse démontrée aux autres dictatures.Voir Chine et Taiwan.

J’ai vécu pas mal les mêmes choses mais je suis un peu plus vieux. J’étais particulièrement curieux de ces gens qui pouvaient nous anéantir et je voulais comprendre. Alors, je suis allé en URSS en 1967 pour tenter de comprendre et j’ai rencontré un peuple très chaleureux et gentil mais qui vivait dans une bulle de propagande qui diabolisait l’Occident. En fait, ils avaient aussi peur que nous face à l’éventualité d’une guerre nucléaire et quand j’ai rencontré les étudiants de l’université Lomonossov (j’avais semé Natalie, notre accompagnatrice d’Inturist…) nous nous sommes rendus compte de la supercherie de part et d’autre.

55 ans plus tard, l’horreur est de retour et est en grande partie le fruit de l’ambition démesurée d’un dictateur de l’étoffe de Staline qui ne reculera devant rien pour en arriver à ses fins. Il est fort probable que cette guerre se continue dans un bain de sang et une dévastation terrible car il est hors de question que le dictateur perde la face. On doit se rappeler que dans beaucoup de cultures, perdre la face est impensable et la culture russe n’échappe pas à ça.

Je suis convaincu que le peuple russe se fait berner par une propagande extrêmement efficace, encore plus que celle de Goebbels, qui flatte l’égo nationaliste et qui sème la peur des autres, les Occidentaux. Le problème c’est qu’ici en occident, malgré qu’il y ait de la propagande passablement efficace, il n’en demeure pas moins que l’information véritable est accessible, ce qui n’est plus le cas en Russie. Il est donc illusoire que dans le court terme, des gens puissent mettre fin au règne de Poutine, ce qui me semble la seule avenue possible pour mettre fin à ce carnage. À long terme ça se produira probablement avec la destruction de l’économie et ce qui va suivre pour le peuple russe, ce que je ne leur souhaite surtout pas, mais le ressentiment envers l’Occident sera exacerbé.

L’autre option c’est de faire face au bluff du dictateur et de se porter au secours des Ukrainiens. Est-il assez fou pour appuyer sur le bouton rouge? Peut-être mais il va le faire d’une manière ou d’une autre, tôt ou tard, s’il peut le faire. Sauf qu’il est tellement improbable que ses collaborateurs le laissent détruire la Russie car c’est exactement ce qui va arriver s’il déclenche un désastre nucléaire; il va détruire une bonne partie de la planète mais chose certaine la Russie sera détruite totalement et cessera d’exister. Alors, que fait-on?

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Merci de votre témoignage.Mais il y a une chose: la vraie liberté n’a pas de prix. Donc,ultimatum a Poutine sinon destruction de ses convois militaires en Ukraine.
OU, s’il accepte, lui laisser la Crimée et les 2 provinces et s’assurer de l’indépendance de l’Ukraine.Continuer a travailler contre notre dépendance de la Russie(boycott). Je crois que les russes eux-mêmes nous en débarasseront.

Merci, M. Mayrand, pour votre intervention ! Vous exposez les menaces des régimes autocratiques et expliquez, avec raison, leur mode d’action : mensonge, culture du secret et répression. Hélas, ce n’est pas en étant au service du dieu économie que nos démocraties de nom règleront les problèmes des guerres et ceux du climat, les deux grandes causes des exodes et malheurs terrestres. Aussi longtemps que le monde démocratique ne comprendra pas que la liberté individuelle est soumise au respect de ses deux autres valeurs jumelles : égalité (équité) et solidarité (fraternité), la paix durable n’existera pas. L’esprit de compétition pour faire son chemin dans la vie économique s’imprègne sournoisement dans l’esprit des citoyens dits démocratique. Ils en perdent l’esprit de solidarité. D’ou l’inconscience des citoyens face à la menace écologique due au libéralisme économique et son confort matériel. La manifestation d’Ottawa financée de l’extérieur, et mal gérée localement ainsi qu’au niveau provincial est d’origine systémique (culturelle) aussi. La religion de la consommation n’oriente pas vers une évolution qui soit humanitaire et respectueuse de la planète.

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« Le courage des Ukrainiens devrait nous inspirer. S’ils sont capables de risquer leur vie pour défendre la liberté, nous pouvons certainement redoubler d’efforts pour les soutenir financièrement et militairement, protéger notre démocratie, et accepter de transformer nos modes de vie pour préserver l’avenir de nos enfants. »
M. Mayrand,
je ne doute pas un seul instant du courage et de cette capacité de résilience du peuple Ukrainien.
Ce que je ne comprends pas, c’est cet appui ( de plusieurs médias et plusieurs « experts » des conflits armés ) aux fabricants d’armes et leurs actionnaires afin de fournir encore plus de jouets destructifs à l’Ukraine. Ce faisant , nous ne faisons que prolonger le calvaire que vivent les ukrainiens qui se déclinent en destructions de bâtiments, hôpitaux, écoles, pertes humaines (soldats, civils), dommages collatéraux, enfants orphelins, etc. Et sur fond potentiel d’accidents nucléaires et même de guerre nucléaire qui décimerait une partie ou l’Europe entière! Alimenter le feu de cette manière me semble irresponsable! Mais que risque la communauté internationale (occidentale) de multiplier les tentatives de négociations , de diplomatie? Quelles sont les contre-offres qu’accepteraient de faire les USA, l’UE, l’Ukraine à la Russie pour stopper ce carnage, faire taire les armes, now?

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Dans notre perception, nous sommes l’aboutissement ultime de la vie sur la planète.  On peut certainement reconnaître qu’à plusieurs égards nous sommes dignes d’admiration pour avoir su nous prémunir contre les mécanismes de défenses, les anticorps que la terre utilise pour tenter de contenir les espèces qui vivent en elle et pourraient menacer son équilibre.  Ainsi, nous avons réussi à nous dégager de la compétition entre les espèces en devenant l’ultime prédateur.  Nous avons également inventé des moyens pour nous protéger du froid, du chaud, de résister à des désastres naturels, de survivre aux virus et infections.  On arrive même aujourd’hui à modifier le code de base de la vie, prétendant pouvoir l’améliorer.  En quelques centaines d’années, nous sommes passés de millions à milliards, rien ne peut plus nous arrêter.  S’il n’était pas question de nous-mêmes nous parlerions allègrement, pour décrire ce phénomène, d’espèce envahissante, d’épidémie, d’une bactérie résistante ou d’un cancer.  Tous des organismes vivants qui, comme nous, ont su dépasser les limites de leur environnement pour croître jusqu’à l’épuisement des ressources qui les font vivre.  D’ailleurs, lorsqu’on survole la Terre la nuit, les villes ressemblent à des cellules qui tendent leurs filaments d’autoroutes illuminées vers d’autres cellules pour s’alimenter et croître. 

Beaucoup d’entres-nous, quoi que de moins en moins, gardent espoir pour le futur.  Pourtant, comme les autres organismes vivants qui se multiplient sans contraintes, il semble contre nature pour nous les humains de modifier notre trajectoire.  L’intelligence humaine permet d’observer, de recueillir des données et de prédire mais semble impuissante à agir pour se freiner, décroître.

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On n’a pas beaucoup parlé du rôle de la Chine … l’autre dictature (celle qui a mitraillé les contestataires sur la place K …) dans le conflit. Ils doivent se régaler de voir l’occident se faire « varloper », humilier, … par Poutine, augmentant les possibilités de devenir enfin le no 1 mondial. Et fournissant probablement de l’armement aux russes.
On n’a pas parlé non plus du fameux système de défense anti missiles des américains … et du refus d’Ottawa de mettre à jour le système de protection,,de détection (Norad … c’est bien cette organisation?) dans le Nord du Canada depuis des années.
Comme le disait mon père et, avant lui, mon grand-père, et … « mieux vaut ne pas en savoir trop si on veut bien dormir. Et il a ajouté, avant de mourir, … je voudrais pas être à votre place avec ce qui senvient. » Et je pense que d’une génération à l’autre, nos ailleux ont tous du le penser.
Est-ce qu’il est vraiment fonctionnel? Si oui, pourquoi craindre les missiles russes?

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Karel Mayrand écrit ceci : « J’ai senti un long frisson traverser ma moelle épinière en constatant que les Russes bombardaient la plus grande centrale d’Europe cette semaine, celle de Zaporijjia (…) »

L’auteur de ce texte prend pour vraies des affirmations qui émanent d’informations provenant directement du gouvernement ukrainien. Comme si c’était du pain béni.

Il y avait fort heureusement au moins trois vidéos prises par des personnes qui se trouvaient sur place et mise-en-lignes par la suite. Lorsqu’on observe les plans de la centrale de Zaporijjia, il y a très exactement deux enceintes qui clôturent le site.

Il appert que pas une seule cartouche, pas même une balle, pas un obus, pas la moindre charge explosive n’a été lancé sur la centrale comme telle (deuxième enceinte). On ne compte qu’un seul affrontement sporadique entre les forces russes qui occupaient le parking (première enceinte) de la centrale et un petit bâtiment adjacent qui sert pour la formation du personnel, lequel a été touché par un obus de char. Il est possible que ce soit cet obus qui ait causé le début d’incendie du dit bâtiment.

Comme il existe une version russe de cet incident, ce serait les miliciens ukrainiens qui avaient pris position dans les étages de ce bâtiment qui auraient allumé un cocktail Molotov en s’enfuyant. L’incendie a été rapidement maitrisé par les pompiers qui se trouvaient sur place.

Si ce n’avait été ces échanges de tirs. Il ne se serait rien produit du tout à Zaporijjia. Pas une seconde la sécurité nucléaire n’a été mise à mal. La fourniture d’électricité n’a jamais été interrompue et seulement un réacteur sur les six que comporte cette centrale fonctionnait à 60% de sa capacité.

Cette centrale construite par les Russes, achevée en 1995 à une époque où Russes et Ukrainiens étaient encore capables d’œuvrer main dans la main, est certainement une des plus sécuritaire du monde, autrement plus sécuritaire que celles construites au Japon.

Même si la centrale faisait l’objet d’intenses bombardements, les réacteurs sont si bien protégés qu’il faudrait une bombe atomique de forte puissance pour les altérer. L’URSS a appris de ses erreurs avec Tchernobyl, elle a tout mis en œuvre pour les corriger.

Karel Mayrand écrit encore ceci : « (…) avec un président russe qui menace d’utiliser l’arme nucléaire et qui dispose de missiles hypersoniques capables de détruire New York ou Washington en quelques minutes. »

Si l’heure n’était pas grave, je crois bien que je serais pris d’une crise de « fou rire ». L’argumentation de monsieur Mayrand est très exactement la même que celle du président Poutine qui estime que des missiles hypersoniques américains déployés en Ukraine mettraient Moscou et Saint-Pétersbourg à moins de 3 et 4 minutes. Ce qui est effrayant.

D’après mes recherches disponibles sur le net : le rayon d’action maximal de ce genre de missiles serait de l’ordre de 6000 kilomètres, et encore l’efficacité sur de telles distances ne semble pas encore avoir été prouvée. Pour que la Russie puisse atteindre New-York, cela nécessite une base de lancement avancée. — Où ?

Les premières recherches faites sur ces armes remontent aux années 60, les premiers travaux sur ces propulsions hypersoniques ont commencé voici une quarantaine d’années et ce sont les États-Unis qui ouvrent vraiment le bal, il y 20 ans. Depuis d’autres pays dans le monde ont pris ce train. Le pays le plus avancé en la matière serait la Chine.

Malgré ce qui se dit, ce genre de missiles ne sont pas les plus rapides (5 fois la vitesse du son), les missiles balistiques sont plus rapides (20 fois la vitesse du son). Plus la distance à parcourir d’un missile hypersonique est grande, plus les missiles balistiques ont la capacité d’atteindre un missile hypersonique et de le détruire en vol.

Ainsi plus la distance à parcourir est courte et plus le missile hypersonique a de chances de toucher sa cible. C’est donc Vladimir Poutine qui a raison et pas Karel Mayrand. Des rampes de missiles hypersoniques pointé sur Moscou depuis la frontière ukrainienne feraient autrement plus mal que des missiles comparables pointés d’on ne sait où dans l’océan Atlantique en direction de New-York.

Contrairement à ce qu’écrit monsieur Mayrand, Il faut bien plus que quelques minutes pour ce genre de missiles pour parcourir des milliers kilomètres alors qu’un missile comparable lancé depuis l’Ukraine sur Moscou (donc a très courte distance) a toutes les chances d’atteindre sa cible.

Si l’Ukraine devient membre à part entière de l’Otan, les États-Unis pourront déployer de tels missiles en toute légalité en tout temps et de façon permanente si tel est leur bon plaisir.

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