Manifestations en Ukraine : Kiev s’enflamme

Réunis depuis deux mois au centre de Kiev pour dénoncer le refus du président Viktor Ianoukovitch d’établir un rapprochement avec l’Union européenne, les Ukrainiens font face à des violences de plus en plus vives de la part des policiers, qui ont sévèrement durci les sanctions contre les manifestants.

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Manifestants réunis au centre de Kiev avant que ne débutent de violents affrontements avec les forces de l’ordre. Les mouvements de protestation contre le gouvernement en place dans l’ex-république soviétique ont pris de l’ampleur ces dernières semaines : dimanche dernier, une manifestation qui réunissait plus de 200 000 personnes sur la place Maïdan (également appelée place de l’Indépendance) a été suivie d’intenses violences.

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Mass Protest in Kiev

Dès minuit, mardi, le gouvernement ukrainien a mis en place des lois — hautement controversées — qui durcissent les sanctions contre les manifestants (les pro-européens comme les nationalistes ukrainiens) osant défier le pouvoir dans les rues de la capitale. Résultat : ces derniers ont immédiatement réagi en lançant des cocktails Molotov et des pierres en direction des policiers, qui ont riposté en faisant usage de gaz lacrymogènes, de grenades et de tirs de balles en caoutchouc, entre autres.

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Mass Protest in Kiev

Les heurts des dernières journées — les plus violents depuis le début des manifestations, en novembre dernier — sont responsables de la mort de cinq militants, a annoncé mercredi soir le centre du service médical de fortune de l’opposition. Deux d’entre eux ont été tués par balles, tandis qu’un autre est décédé après une chute de plus de 10 m de haut, alors qu’il tentait d’échapper aux forces anti-émeutes. Par ailleurs, un corps a été retrouvé dans une forêt avoisinante et a été identifié par les autorités comme étant celui d’un militant porté disparu depuis plusieurs jours.

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Mass Protest in Kiev

De son côté, le ministère de l’Intérieur estime à environ 300 le nombre de blessés depuis dimanche, parmi lesquels on dénombre quelque 80 policiers hospitalisés et au moins 35 journalistes — des représentants des médias ukrainiens pour la plupart. «Ils m’ont jeté par terre brutalement, ont arraché le casque où il était écrit « Presse », m’ont frappé au moins deux fois à coups de matraque sur la tête, m’ont tordu les bras dans le dos et amené dans un fourgon de police. J’ai [pourtant] dit à plusieurs reprises que je ne participais pas aux affrontements», raconte Dmytro Barkar, un journaliste.

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Anti-government protests in Ukraine

En dépit de températures oscillant autour de -10 oC, les policiers emploient des canons à eau pour éloigner les manifestants qui font usage de cocktails Molotov dans la rue Grouchevski, à quelques centaines de mètres de la place de l’indépendance.

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 Mass Protest in Kiev

Faisant fi des lois — votées à main levée au Parlement ukrainien — qui prévoient des peines d’emprisonnement de 15 jours (pour ceux qui installent des tentes ou des plateformes de protection dans des endroits publics) et de 5 ans (pour ceux qui bloquent l’accès à des bâtiments officiels), de nombreux manifestants érigent des barricades à l’aide de pneus, par exemple. Les autorités font état d’au moins 73 arrestations depuis dimanche dernier, ainsi que de 21 détentions.

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Une manifestante porte secours à un de ses semblables blessé à la jambe durant un affrontement avec les policiers, il y a quelques jours. D’après des sources médicales, au moins une personne aurait eu la main amputée, et plusieurs autres ont été blessées grièvement aux yeux par les projectiles ou, dans certains cas, auraient même perdu la vue.

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Mass Protest in Kiev

Dernier dirigeant soviétique en date, Mikhaïl Gorbatchev a exhorté Vladimir Poutine et Barack Obama à aider le pays à instaurer rapidement des négociations au sein du gouvernement de Viktor Ianoukovitch. «Je vous demande de […] faire un pas décisif pour aider l’Ukraine à reprendre le chemin d’un développement pacifique», a-t-il écrit jeudi dans une lettre ouverte adressée aux présidents russe et américain, ajoutant qu’il est «impossible de ne pas voir que le cours des événements menace non seulement l’Ukraine et ses voisins, mais aussi l’Europe et le monde entier». En réponse à cette missive, le porte-parole de Poutine a indiqué que «la Russie n’interviendrait pas dans les affaires intérieures de l’Ukraine».

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At Least Two Dead In Kiev Clashes

D’autres voix internationales se sont fait entendre pour encourager l’Ukraine à se sortir de cette crise en entamant des discussions pacifiques avec les opposants. José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, a appelé le président Ianoukovitch à «mener un dialogue au plus haut niveau». La chancelière allemande Angela Merkel, quant à elle, a enjoint le gouvernement ukrainien de «garantir les libertés fondamentales» et de «ne pas faire usage de violences». «Je suis indignée par l’adoption à la va-vite des lois qui durcissent les sanctions pour les manifestants», a-t-elle exprimé.

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 Police Crack Down On Protests In Kiev

Membre de l’opposition, Vitali Klitschko, ancien champion du monde en boxe, accompagne des manifestants devant une barricade dressée sur la rue Hrushevskoho. Confiants qu’ils peuvent gagner la bataille, ces militants ne semblaient toujours pas prêts, jeudi, à jeter l’éponge. «Le pouvoir pense qu’on ne peut pas l’atteindre, qu’il est comme Dieu. Mais en fait, il est comme Satan», a comparé l’un d’entre eux.

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