Molenbeek et la grande séduction djihadiste

L’EI aurait vraisemblablement envoyé des messages directement sur les téléphones de nombreux jeunes Molenbeekois pour leur demander de se rallier à la cause djihadiste.

Deux soldats surveillent une station de métro à Molenbeek. (Photo: Alastair Grant/AP Photo)
Deux soldats surveillent une station de métro à Molenbeek, à Bruxelles. (Photo: Alastair Grant/AP Photo)

«Diviser pour mieux régner» semble être le leitmotiv du groupe armé État islamique (EI). À la suite des attentats de Bruxelles revendiqués par l’organisation, la Belgique est en proie à un climat de tension sociale dont l’EI tente de profiter.

Dimanche, le jour même où 450 «hooligans issus des milieux d’extrême droite» ont perturbé un rassemblement commémoratif au rythme des «On est chez nous, on est chez nous» et des saluts fascistes, l’EI aurait vraisemblablement envoyé des messages directement sur les téléphones de nombreux jeunes Molenbeekois pour leur demander de se rallier à la cause djihadiste.

Jamal Ikazban, député socialiste bruxellois et conseiller communal à Molenbeek, s’est fait l’écho sur son compte Twitter de cette tentative opportuniste de l’EI. Le message texte en question, envoyé depuis un téléphone prépayé et dont l’émetteur ne peut donc être identifié, disait ceci: «Mes Frère pourquoi ne pas nous rejoindre combattre les occidentaux. Faites les bon choix dans votre vie [sic].»

Selon The Guardian, les numéros des destinataires auraient été obtenus à partir des répertoires téléphoniques des nouvelles recrues de l’EI, l’accent étant mis sur les jeunes hommes d’origine nord-africaine.

Cette stratégie a déjà porté ses fruits. Le journal britannique a notamment cité une mère de deux enfants partis faire le djihad en Syrie, dont l’un avait reçu pas moins de 140 appels de son recruteur durant les 10 jours qui ont précédé son départ.

«Ces gens essaient de prendre nos jeunes d’assaut», a dit au Guardian Ikazban, qui a très peu goûté cette propagande «insolente». «[L’EI] a compris qu’il règne un certain désespoir ici, et qu’il pourrait être utilisé pour endoctriner et recruter. Je suis très en colère que nous n’en ayons pas fait assez à ce sujet.»

La Belgique, dont 451 ressortissants ont décidé de partir en Syrie et en Irak, est le pays qui fournit, proportionnellement à la population, le plus important contingent de djihadistes en Europe.

Pourtant, il y a peu, Jan Jambon, le ministre de l’Intérieur, se félicitait d’avoir divisé par trois le nombre mensuel de départs volontaires. Mais, par sa récente initiative, l’EI a montré qu’il comptait intensifier son recrutement en tirant profit des dissensions qui sont apparues au sein de la société belge, et que l’éditorialiste Béatrice Delvaux a pointées du doigt dans les colonnes du Soir.

«Il y a quelque chose qui ne va pas dans notre Royaume. Depuis les attentats meurtriers, nous étalons chaque jour davantage nos défaillances intrinsèques, dans ce rejet des responsabilités, dans les “c’est pas moi, c’est l’autre”.»

Cette fracture pourrait s’amplifier le 2 avril prochain, date à laquelle un collectif du nom de Génération identitaire a prévu de tenir une manifestation à Molenbeek. Mot d’ordre: «Expulsons les islamistes».

«En seulement un an, des attentats islamistes ont déjà tué près de 200 personnes sur le sol européen. Il est grand temps d’en finir avec les “je suis”, les bougies et les marches blanches pour enfin sonner le signal de la Reconquête. Le quartier de Molenbeek […] est un symbole de la guerre qui se joue non pas à Palmyre ou Mossoul, mais en nos murs», annonce un communiqué du collectif.

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