New Delhi : « L’Occident n’a rien compris… »

Pendant que le Pakistan s’allie aux États-Unis pour combattre le terrorisme, l’Inde lutte toujours contre le terrorisme… pakistanais.

En Occident, l’alliance entre le Pakistan et les États-Unis contre le terrorisme n’a pas fait de vagues. Mais en Inde, c’est le raz-de-marée. « Nous sommes heureux de voir qu’un pays terroriste se bat maintenant contre le terrorisme », a déclaré ironiquement le ministre indien des Affaires extérieures, Jaswant Singh.

C’est que le Cachemire, petite province musulmane, fait l’objet d’une dispute vieille d’un demi-siècle entre l’Inde (près d’un milliard d’habitants, 85% d’hindouistes), à qui il appartient officiellement, et le Pakistan (140 millions d’habitants, 95% de musulmans), qui le revendique. Cette dispute s’est enflammée il y a 12 ans, avec l’infiltration au Cachemire de terroristes pro-islamistes formés au Pakistan. Depuis, on ne compte pas moins de 35 000 morts, victimes de combats ou d’attentats quasi quotidiens.

Le 1er octobre dernier encore, une voiture bourrée d’explosifs a foncé dans le bâtiment de l’Assemblée législative de Srinagar, au Cachemire. Bilan: 35 morts. L’attentat a été revendiqué par un groupe islamiste d’origine pakistanaise.

Cela fait des années que l’Inde plaide sa cause auprès de la communauté internationale, en particulier auprès des États-Unis, pour qu’on l’aide à se débarrasser des fanatiques pakistanais qui viennent envenimer le conflit au Cachemire. Jusqu’à maintenant, ses requêtes ont été vaines.

Or, le Pakistan, voisin de l’Afghanistan, occupe un espace stratégique pour les Américains, qui rêvent de débusquer Oussama ben Laden, probablement terré dans les montagnes. Et voilà que, malgré un sentiment antiaméricain très fort dans son pays, le chef d’État pakistanais, le général Musharraf, a offert sa coopération à Washington, espérant qu’en retour les Américains se montreront « cléments » avec lui sur certains chapitres.

On peut comprendre les Indiens d’être agacés par la nouvelle alliance américano-pakistanaise! D’autant qu’ils avaient, eux aussi, proposé un soutien logistique à Washington dès le lendemain des événements du 11 septembre. Un enthousiasme vivement critiqué aujourd’hui par la presse, qui reproche au premier ministre, Atal Bihari Vajpayee, d’avoir sacrifié « l’honneur national ».

Après l’attentat du 1er octobre, certains dirigeants politiques du Cachemire ont même parlé d’aller « faire la guerre au Pakistan et bombarder les camps des militants » Peut-être lancé sous le coup de l’émotion, cet appel pourrait néanmoins échauffer le peuple indien, très agressif en général à l’égard du Pakistan.

Si le rêve américain fait aujourd’hui recette chez beaucoup de jeunes Indiens, la population peut parfois s’y montrer très hostile. Et l’opinion publique se sent aussi manipulée. »Comment peut-on observer, dans tout le pays, des minutes de silence à la mémoire des victimes américaines quand personne ne s’est soucié de le faire pour les dizaines de milliers de victimes du tremblement de terre du Gujarat, il y a six mois? » s’interroge une étudiante.

Au-delà, un enjeu crucial se dessine: l’Inde et le Pakistan disposent tous deux de l’arme nucléaire. Ils se sont déjà livré trois guerres, dont deux au sujet du Cachemire. Alors, même si les États-Unis cherchent à ménager les susceptibilités, la situation semble plus que jamais délicate. À moins que ces circonstances exceptionnelles ne soient l’occasion de trouver une solution au conflit indo-pakistanais, apparemment sans fin.

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