«Nous vivons dans un camp de concentration à ciel ouvert.»

Les Ouïgours, peuple turcophone et musulman vivant dans la région autonome du Xinjiang, sont opprimés par le régime de Pékin. Religion, culture, traditions… Leurs droits les plus élémentaires sont bafoués. «Nous vivons dans un camp de concentration à ciel ouvert», dit Rebiya Kadeer, dirigeante du Congrès mondial ouïgour, exilée aux États-Unis. Notre journaliste, qui a séjourné au Xinjiang en 2007, nous en a rapporté des images.

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À la tombée de la nuit, la fumée des kebabs emplit les rues de la vieille ville de Kashgar. Ambiance typique d’Asie centrale. Pourtant, les droits les plus élémentaires des Ouïgours sont bafoués : religion, traditions… ce qui fait dire à Rebiya Kadeer, leur représentante exilée aux États-Unis : « Nous vivons dans un camp de concentration à ciel ouvert. »

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Hojaniyaz est un chamane renommé dans tout le conté de Kashgar. Il y a quatre ans, les représentants du gouvernement sont venus chez lui. Ils ont brisé son tambourin et lui ont demandé de raser sa barbe. Autrefois il dansait autour du feu en jouant du tambourin et entrait en transe. C’est ainsi qu’il signait les gens. Hojaniyaz a soixante-dix ans.

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Une jeune mariée le jour de son mariage selon la tradition. En Asie centrale, chez les peuples turcophones, les mariages sont arrangés, les jeunes gens se marient très tôt (18 ans en moyenne pour les filles) et la jeune fille quitte sa famille pour aller vivre dans sa belle-famille.

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Deux amies ouïgoures dans les rues du vieux Kashgar. Ce qui est frappant au Xinjiang, c’est l’absence de gaieté chez les jeunes qui n’entrevoient aucun avenir. Tous les bons postes vont en général aux chinois « han ».

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À Kashgar, les ouvriers « hans » du planning familial procèdent à la gymnastique matinale obligatoire. Le Xinjiang est particulièrement apprécié par les colons hans : facilités de vie, climat agréable…

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Place du Peuple à Kashgar. Cette place, très « chinoise » fait face à une statue monumentale de Mao.

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En gare de Kashgar, les militaires chinois « hans » partent en permission, tandis que d’autres arrivent. Ils sont nombreux au Xinjiang, zone particulièrement surveillée par le gouvernement de Pékin. On croise aussi sur la route qui contourne le désert du Taklamakan de nombreux convois militaires.

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Dans un restaurant cabaret très chic de la capitale Urumqi. Au programme dîner spectacle avec numéros de funambules et danseuses ouïgoures. L’amie ouïgoure qui m’accompagne soudain s’exclame : « Regarde, tous les spectateurs sont chinois ! Le patron aussi ! Seuls les serveuses et les artistes sont ouïgours… Nous, les Ouïgours, on nous prend pour des danseurs. Cela me rend triste… »


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Le visage de Kashgar se métamorphose à vue d’œil. Partout des programmes immobiliers pour les colons chinois « hans » qui viennent nombreux, attirés par une vie meilleure. Des vieux quartiers ouïgours entiers ont été rasés malgré les protestations de la population.


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La plus ancienne tchaïkhana (maison de thé) de Kashgar. On peut ressentir l’oppression et la tristesse sur les visages des hommes ouïgours, opprimés et impuissants à faire face au régime écrasant de Pékin.


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Dans un restaurant ouïgour de Guldja, Yining en chinois. Cette ville frontalière du Kazakhstan fut le théâtre d’événements sanglants en 1997. « Beaucoup de jeunes sont morts en une seule journée. Combien, je ne sais pas… Chaque famille a versé des larmes de sang. Le fils est mort, le fils du voisin est mort… » me racontera-t-on. Les événements ont été tenus secrets par le gouvernement, aujourd’hui les habitants de Yining vivent dans la peur et se tiennent tranquilles.


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Le champion du monde de « darwaz » Abdusattar Ghoja Abdulla, 18 ans, à l’entraînement. Le darwaz ou funambulisme est une pratique millénaire chez les Ouïgours qui excellent dans cet art et le pratiquent sans filet. Son maître, Adil Hoshur, est célèbre dans toute la Chine.


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Dans le wagon-restaurant du train Urumqi-Kashgar. Un train ultramoderne et confortable qui effectue une liaison par jour et relie les deux villes en 24 heures. Autrefois le trajet se faisait en car et durait quatre jours. Bientôt un aéroport international devrait voir le jour à Kashgar.


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Jour de fin de ramadan à Kashgar. Sur le parvis de la mosquée Id-Kah, les hommes dansent la fameuse « sama » de Kashgar. La sama est l’une des rares formes d’expression culturelle des Ouïgours encore autorisée. Les danseurs effectuent un grand cercle et avancent en faisant des demi-cercles et en lançant les bras en l’air. Seul espace d’expression pour les Ouïgours, j’ai ressenti dans cette danse à laquelle chacun peut participer une certaine violence, comme une revendication des Ouïgours à affirmer leur culture.


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Un groupe d’aksakals (barbes blanches) devant la mosquée Id-Kah. Le vendredi, certains fidèles viennent de très loin pour prier dans ce lieu considéré comme très saint. Le vieil homme sur la gauche est d’ethnie kirghize. Chaque vendredi il parcourt une centaine de kilomètres pour participer à la prière de midi.


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À Kashgar, dans la partie moderne fortement sinisée de la ville, des chinois hans se retrouvent chaque soir sur le parvis d’un hypermarché pour danser. Des haut-parleurs diffusent de la musique dès sept heures et les habitués se retrouvent. Certains Ouïgours s’arrêtent pour regarder et se moquer un peu… Néanmoins l’ambiance reste bon enfant. Pourtant : « On se déteste, mais on reste polis, c’est eux qui ont le pouvoir… » m’avoue-t-on.

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Le gouvernement de Pékin a métamorphosé le visage du parvis de la mosquée Id-Kah. Notamment cet écran géant qui diffuse des feuilletons abêtissants dès la tombée de la nuit. Le soir on peut voir de nombreux Ouïgours passer le temps assis devant l’écran et tourner le dos à la mosquée.

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Urumqi, dans le quartier ouïgour. En arrière plan des immeubles d’habitation en construction. Au premier plan, des cordonniers ouïgours. Aujourd’hui, il y a plus de Hans que d’Ouïgours au Xinjiang. Les Chinois contrôlent tout. Dans les bureaux et les administrations, le n°1 est chinois, et le n°2 ou 3 est ouïgour. Ils ont le pouvoir. Tous les bons jobs sont pour eux. Les investisseurs sont chinois : immobilier, commerce… Restent les petits boulots pour les Ouïgours, même pour ceux qui ont fait des études.

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Sur l’autoroute qui relie Urumqi à Yining puis continue vers le Kazakhstan. L’autoroute est flambant neuve. Elle a trois ans. Contraste saisissant par rapport aux routes défoncées du Kazakhstan. Péages, postes à essence… Tout est ultramoderne et rappelle l’occident. L’empire chinois étend ses tentacules jusqu’au fins fonds de la steppe d’Asie centrale.

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Les Ouïgours sont en passe d’être folklorisés par le gouvernement de Pékin. Un quartier de Kashgar a même été transformé en «village typique ouïgour » pour les touristes. L’entrée est payante, les maisons peuvent être visitées. Les touristes chinois raffolent de ce folklore. Ici touristes chinois assistant à la « sama ».

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