Nucléaire: comprendre le dossier iranien

Après plus d’un an sans se parler, les Iraniens et la communauté internationale ont repris le dialogue en avril dernier.

Quelques rencontres de haut niveau ont déjà eu lieu et une autre réunion doit se tenir le 24 juillet, en Turquie. Mais comme ce fut le cas auparavant, les négociations avancent à pas de tortue. Si tant est qu’elles avancent…

Voici des repères pour s’y retrouver dans la nouvelle ronde de ce ballet diplomatique qui s’éternise.

Nucléaire iranien: pour mieux comprendre ce ballet diplomatique
Photo: Vahid Salemi/AP/PC

Après plus d’un an sans se parler, les Iraniens et la communauté internationale ont repris le dialogue en avril dernier.

Quelques rencontres de haut niveau ont déjà eu lieu et une autre réunion doit se tenir le 24 juillet, en Turquie. Mais comme ce fut le cas auparavant, les négociations avancent à pas de tortue. Si tant est qu’elles avancent…

Voici des repères pour s’y retrouver dans la nouvelle ronde de ce ballet diplomatique qui s’éternise.

* * *

Les parties de la négociation 

Iran

Négociateur en chef : Saeed Jalili, secrétaire du Conseil national suprême de sécurité ;

P5 + 1
(Les 5 membres du Conseil de sécurité de l’ONU – Chine, Russie, États-Unis, Royaume-Uni, France – et l’Allemagne)

Négociatrice en chef : Catherine Ashton, Haut Représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité.

Le nœud du litige

Alors que l’Iran assure que ses objectifs sont exclusivement civils, soit limités à la production d’électricité pour le pays et de radio-isotopes à des fins médicales, les puissances occidentales sont convaincues que Téhéran travaille en secret à se doter de l’arme atomique.

L’Iran est en droit d’avoir un programme civil en vertu du Traité de non-prolifération nucléaire, que Téhéran a signé. Mais des doutes soulevés en 2002 sur l’existence d’un programme nucléaire secret a poussé l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) à exiger que Téhéran mette ses activités au neutre, le temps que des inspecteurs percent le mystère. Le bras de fer diplomatique et les menaces réciproques entre les puissances étrangères et l’Iran perdurent depuis lors. 

Uranium 101

Pour des fins strictement civiles, comme la production d’énergie, l’uranium enrichi à moins de 20% est suffisant. Au-delà de cette mesure, on se rapproche de l’uranium utilisé dans les armes. Les concentrations les plus fortes pour les armes atomiques tournent autour de 90% – ce qui implique un long et complexe processus d’enrichissement dans les centrifugeuses.

La découverte récente d’uranium enrichi à 20% et plus en Iran par les inspecteurs de l’AIEA tend à confirmer aux yeux des puissances étrangères que Téhéran a bel et bien des visées militaires. En effet, pourquoi pousser si loin l’enrichissement si de l’uranium à 3% est suffisant pour produire de l’électricité ? Le président iranien répond que les règles internationales sur l’énergie atomique le lui permettent, et qu’il a besoin de ce combustible pour un réacteur qui produit les radio-isotopes nécessaires au traitement des malades atteints du cancer.

Ce qu’exige le P5 + 1 de l’Iran dans les présentes négociations

– Un arrêt de l’enrichissement d’uranium à 20% ;

– Un échange du stock d’uranium à 20% accumulé contre du combustible nucléaire plus légèrement enrichi ;

– La fermeture de la centrale souterraine de Fordo, où est enrichi l’uranium à 20%.

Ce qui est offert en retour

– Un allègement des sanctions internationales ;

– Du combustible nucléaire pour la production de radio-isotopes ;

– Une coopération dans plusieurs domaines nucléaires civils, tel la sécurité ;

– Des pièces pour des avions commerciaux.

Des sanctions de plus en plus sévères

En attendant que l’Iran fasse des concessions, la communauté internationale met de la pression en renforçant les sanctions.

– Six résolutions de l’ONU condamnent le programme nucléaire iranien. Adoptées tour à tour depuis 2006, quatre sont assorties de sanctions.

– L’Union européenne a adopté une première série de sanctions en 2010 – les plus sévères jamais adoptées par l’Europe à l’endroit d’un pays tiers. Les Européens ont récidivé 2012 en imposant un embargo pétrolier complet sur l’Iran : depuis le 1er juillet, tous les contrats existants entre l’Europe et l’Iran sont annulés.

– Les États-Unis ont imposé plusieurs trains de sanctions culminant sur un embargo économique quasi-complet. Washington a aussi renforcé en juin ses mesures sur le pétrole iranien, s’octroyant le droit de punir tout pays qui s’en procure. Si le pétrole fait l’objet d’autant de sanctions, c’est parce qu’il fournit environ 80% des revenus de l’État iranien.

– D’autres pays (dont le Canada) ont aussi imposé des sanctions.

D’autres moyens de pression

Les puissances étrangères, les États-Unis en tête, ont d’autres cartes dans leur manche pour venir à bout des centrifugeuses iraniennes.

– Le président américain, Barack Obama, a eu recours à de puissants virus informatiques pour saboter les installations iraniennes. Stuxnet est le plus connu d’entre eux. Élaboré en collaboration avec Israël, il aurait bousillé 1000 des 5000 centrifugeuses que Téhéran faisait tourner en 2009. En mai dernier, le virus Flame a pénétré le réseau informatique des hautes sphères de l’État iranien afin d’y subtiliser de l’information.

– La menace d’une attaque israélienne unilatérale plane toujours sur l’Iran. Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou répète que Jérusalem se réserve le droit de frapper les installations nucléaires iraniennes s’il juge à terme que les efforts internationaux sont incapables de venir à bout des ambitions nucléaires militaires de Téhéran.

 

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