Pakistan : vivre sous les talibans

Le Pakistan est secoué par une vague d’attentats sans précédent depuis l’automne. Découvrez le quotidien de ce pays qui tente d’évincer les talibans.

Pakistan : vivre sous les talibans

Des militaires pakistanais inspectent les véhicules et fouillent les passagers à un barrage, à l’entrée de Mingora, chef-lieu de la vallée de Swat, dans le nord du Pakistan. L’armée pakistanaise a repris cet été le contrôle de la région, qui était aux mains des talibans depuis deux ans.

Une femme portant la burqa traverse une intersection de Mingora appelée Green Chowk, et surnommée « khooni chowk » (carrefour sanguinaire). C’est ici que les talibans exhibaient les victimes qu’ils avaient égorgées ou décapitées…

Tanveer Khan compte transformer en centre commercial sa salle de cinéma de 600 places, située à Peshawar, ville frontière avec l’Afghanistan. Il a été enlevé par les talibans il y a un an. « Ils n’arrêtaient pas de me crier que ce que je faisais n’était pas islamique », dit Tanveer Khan, aussi producteur de films. Il a été libéré contre une forte rançon après six mois de captivité.

À Mingora, dans la vallée de Swat, l’offensive militaire a permis de rouvrir le seul cinéma de la ville, fermé par les talibans il y a deux ans. On y présente du cinéma pachtoune, des films dans lesquels des barbus armés de kalachnikovs s’entretuent pour les beaux yeux d’une femme bien en chair. Quelque 500 personnes assistent à cette projection, juste après la prière du vendredi.

Des dizaines de milliers de Pakistanais, comme Fakir Gul Khan et sa famille, ont fui le Sud-Waziristan, région devenue un sanctuaire pour les talibans et les combattants d’al-Qaida. L’armée pakistanaise y a mené, en octobre, une offensive contre les militants fondamentalistes. Les Khan habitent désormais un abri de fortune à Rawalpindi, une grande ville à proximité d’Islamabad, la capitale.

Un enfant transporte un plat de riz sur sa tête dans un camp de réfugiés à Swabi, dans le nord du pays. Quelque deux millions de Pakistanais ont fui leur résidence en raison des combats en 2009, selon le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Le Pakistan accueille par ailleurs 1,7 million de réfugiés, originaires pour la plupart de l’Afghanistan.

« Go, America, go ! » Des partisans du Jamaat-e-Islami, parti islamiste le plus influent du Pakistan et vitrine légale du fondamentalisme musulman, invitent les Américains à quitter la région lors d’une manifestation à Islamabad en août dernier. Nombre de Pakistanais espèrent que le départ des forces étrangères de l’Afghanistan voisin permettra le retour de la paix dans la région.

Munawar Hasan, leader charismatique du Jamaat-e-Islami, surfe sur l’anti-américanisme croissant dans le pays. « Les drones américains tuent des innocents pakistanais, les Américains sont des criminels », dit l’homme âgé dans la soixantaine, qui parle un anglais parfait (la deuxième langue officielle, celle parlée par l’élite). Les civils sont effectivement nombreux à avoir été victimes des missiles américains, qui visent des chefs talibans ou des membres d’al-Qaida.

Un policier pakistanais monte la garde devant l’édifice présidentiel à Islamabad. La police a récemment déjoué un complot visant à kidnapper des diplomates et à faire sauter des bombes dans la capitale. Afin de mieux protéger la ville, le gouvernement pakistanais recrutera prochainement 20 000 nouveaux policiers.

L’un des bidonvilles chrétiens d’Islamabad. Au Pakistan, les chrétiens représentent moins de 3 % de la population – à majorité musulmane. Depuis le 11 septembre 2001, les chrétiens se disent davantage victimes de discrimination, car ils seraient associés aux Occidentaux, particulièrement aux Américains.

Dans un magasin d’armes du bazar de Darra Adam Khel, au nord-ouest du Pakistan, près de la frontière afghane. Ce village est le plus grand marché d’armes à ciel ouvert d’Asie du Sud.

Un artisan teste l’arme qu’il a fabriquée, copie d’un fusil-mitrailleur russe. À Darra Adam Khel, les commerçants sont capables de reproduire toutes les armes, de la kalachnikov au M16, en passant par le pistolet Beretta.

Des centaines de Pakistanaises sont brûlées chaque année, victimes de « crimes d’honneur ». Elles sont soupçonnées, par exemple, de mauvaise conduite ou d’adultère. La chaîne pakistanaise de salons de beauté Depilex emploie des femmes défigurées par l’acide ou le kérosène.

Shahleela, 22 ans, rêve de devenir femme d’affaires. Mais elle vit recluse dans sa maison de Peshawar, ville poussiéreuse de 1,5 million d’habitants. En octobre, deux kamikazes se sont fait exploser dans l’Université islamique d’Islamabad, ce qui amène les autorités à fermer régulièrement les établissements scolaires du Pakistan par mesure de sécurité. « C’est comme si je vivais dans une grotte, dit la jeune femme, découragée. Ma seule fenêtre, c’est Internet ou la télé. »

Il y a encore des oasis de détente au Pakistan. Depuis un belvédère du parc national de Margalla Hills, où nichent nombre d’espèces d’oiseaux, des femmes observent Islamabad… quadrillée par près de 100 postes de contrôle.

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