Parcs de l’ouest des États-Unis: rêves d’Amérique

Visiter les grands parcs de l’ouest des États-Unis, c’est plonger dans une nature spectaculaire, et retrouver son cœur d’enfant ! Notre journaliste l’a fait.

Photo : Michael Quinn / NPS
Le versant sud du Grand Canyon. Les véhicules privés sont interdits sur la route panoramique qui le longe. Une navette gratuite permet aux visiteurs de monter et de descendre à leur guise aux différentes haltes, qui offrent des points de vue spectaculaires. Photo : Michael Quinn / NPS

Cet été, partez à l’aventure dans les archives de L’actualité pour (re)découvrir les grands classiques estivaux du Québec.

Vues d’en haut, les voitures qui serpentent en file indienne au fond de la vallée ont la taille de fourmis. Soulevant des nuages de poussière, elles passent un mauvais quart d’heure dans ce paysage accidenté, constellé de rochers aux formes curieusement familières avec leurs « cheminées » triangulaires. Nous hésitons à lancer notre véhicule — qui nous sert également de maison ! — dans ce parcours périlleux. Mais la tentation est trop forte de plonger dans ces paysages qui n’ont pas changé depuis les chevauchées endiablées de John Wayne dans les westerns de John Ford ! Et nous voilà à notre tour secoués sur les petits chemins rudimentaires de Monument Valley, au cœur de l’Arizona.

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C’est fou comme on a des préjugés et comme les voyages en font du compost ! Je suis partie pour ce grand périple états-unien de trois mois avec des sentiments partagés. L’esprit ouvert et curieux, mais avec un petit mur de méfiance patiemment entretenu. Mon envie de grands espaces n’allait-elle pas se heurter à la culture du tout-à-l’argent et du tourisme clinquant ? Comptoirs de restauration-minute, boutiques de souvenirs, hôtels à la chaîne, forfaits de visite à cheval, en car, en moto, d’une heure, une journée, une semaine ? Toute une succession de petites profanations ?

Pourtant, ce mur de méfiance s’est vite effondré. Tout comme le parc tribal Navajo de Monument Valley, les parcs nationaux de l’Ouest offrent en général une Amérique 100 % nature. Ou presque.

Monument Valley, à la frontière de l'Arizona et de l'Utah. Le site fait partie d'une réserve des Navajos, qui accueillent les visiteurs et récoltent les droits d'entrée (la carte annuelle des parcs nationaux n'est pas acceptée).
Monument Valley, à la frontière de l’Arizona et de l’Utah. Le site fait partie d’une réserve des Navajos, qui accueillent les visiteurs et récoltent les droits d’entrée (la carte annuelle des parcs nationaux n’est pas acceptée). Photo: Ginette Haché

GRAND CANYON (Arizona)

Le désert efface la raison et, en sa présence, « la mesquinerie des êtres s’oublie », disait l’écrivain voyageur Pierre Loti. Tous mes sens sont en alerte lors de notre halte sur une petite route en Arizona, à cinq heures de Las Vegas. L’air chaud et sec malmène mes narines tandis que mes oreilles tentent de s’habituer au concert ambiant : les sifflements (des serpents ?), le bourdonnement (des guêpes ?) et ces arbres étranges… à perte de vue. Ce sont des arbres de Josué, une variété de yucca qui ne pousse qu’en Amérique et dont les épines servent entre autres à éloigner les prédateurs. Le paysage est immobile et écrasant de lumière.

Mon compagnon et moi sillonnons depuis quelques jours le versant sud du Grand Canyon, dans le parc national du même nom, le plus célèbre et l’un des plus visités des États-Unis. Devant nous, une large faille (de 5 à 30 km selon les endroits) de 1 600 m de profondeur offrant des paysages variés dont on ne dira jamais assez l’infinie beauté.

Après avoir marché, le pied incertain, sur le sentier qui longe la falaise, vu avec effroi des groupes d’adolescents japonais jouer les fanfarons devant le vide, imaginé mille chutes mortelles, aurons-nous droit à de nouvelles sensations fortes ? Notre « vertigomètre » est activé et en veut davantage. Le Skywalk, à quelques heures de route à l’ouest, a sur nous l’effet d’un aimant. Construite en 2007 à la demande des Indiens hualapais, qui administrent cette partie du parc, la plateforme de verre en fer à cheval s’avance au-dessus du vide ! Qualifié de balafre au paysage par de nombreux groupes écologistes depuis son aménagement, le Skywalk accueille néanmoins jusqu’à 1 500 curieux par jour. Nous choisissons d’ignorer les commentaires (négatifs) de dizaines d’internautes dénonçant une arnaque…

Il faudra commencer par allonger près de 75 dollars américains (chacun) pour un petit parcours en car culminant sur la falaise au pied de laquelle coule le fleuve Colorado. Nous apprécions quand même le trésor d’ingénierie : la structure peut supporter le poids de 800 personnes de forte constitution, le plexiglas a l’épaisseur d’un dictionnaire. Mais c’est en surchaussures de coton, délestés de notre sac à dos, de nos bouteilles d’eau, de nos cellulaires et de notre appareil photo (qui pourrait rayer la vitre s’il fallait l’échapper), que nous nous avançons sur la plateforme, où le photographe « en résidence » nous attend ! Et là, déception : le Skywalk surplombe un canyon latéral profond de 150 à 240 m — 10 fois moins que le canyon principal. C’est une autre sorte de vertige qui nous prend…

YELLOWSTONE (Idaho, Montana, Wyoming)

Nous sommes attendus à 14 h 47. C’est la première fois dans ce voyage que nous avons un rendez-vous. Et il est précis ! Old Faithful, nous dit le ranger dans le pavillon d’accueil, est ponctuel à 15 minutes près. Il s’agit d’un geyser, le plus célèbre du parc. Toutes les 60 minutes, le « Vieux Fidèle » — comme l’a surnommé son découvreur, Henry Washburn, en 1870 — commence son spectacle. Des jets d’eau de différentes hauteurs, selon une chorégraphie qui varie peu. À quelques mètres, de petites estrades permettent aux touristes d’attendre aux premières loges son « éruption ».

Old Faithful a une grande famille, dont nous avons fait la connaissance depuis le matin. Dans le secteur où nous nous trouvons, des passerelles de bois permettent de circuler au-dessus de sols fragiles et fort agités. Et c’est peu dire ! Autour de nous, une cinquantaine de geysers sifflent et les sources chaudes répandent une odeur de soufre prenante. Aucun signe de vie à l’horizon. Pas même un oiseau. On dirait un laboratoire à ciel ouvert où quelque savant fou s’amuse à faire bouillir les ruisseaux et colorer la terre, défier la température et les éléments.

Célèbre pour ses activités géothermiques, Yellowstone a d’autres atouts. Grand comme la Corse, le plus ancien parc national de la planète offre la montagne, la forêt, des chutes spectaculaires, et c’est sur son territoire que se fait le partage des eaux de l’Ouest. Yogi l’ours l’a rendu célèbre dans les dessins animés de Hanna-Barbera, même si ce sont des bisons qu’on y rencontre à profusion. Et nous voilà redevenus des enfants…

Carte_USA
CARNET PRATIQUE. Si on prévoit visiter plus d’un parc, la carte annuelle d’accès aux parcs nationaux peut être une bonne affaire. Elle coûte 80 dollars américains et permet à trois adultes dans un même véhicule de visiter à leur guise tous les parcs nationaux des États-Unis pendant un an. Les enfants de moins de 15 ans sont admis gratuitement. Sinon, chaque parc a ses tarifs, qui varient de 6 à 25 dollars par véhicule par séjour.

Quelques autres parcs qui valent le détour

PARC NATIONAL DES ARCHES (Utah)

Une balade dans un décor de rochers pour admirer leur fragilité : c’est ce à quoi nous convient les différentes promenades proposées dans ce parc, qui renferme la plus grande concentration d’arches en grès au monde. Et c’est infiniment poétique. Coup de cœur pour Landscape Arch, très allongée, qui dégageait un certain mystère dans la lumière oblique de cette fin de journée de mai.

PARC NATIONAL DE ZION (Utah)

Après des jours de désert, nous voilà entourés de montagnes verdoyantes aux pentes escarpées, très prisées des amateurs d’escalade. En bas coule la rivière Virgin, qui prend parfois des allures de torrent. Tout ici respire l’abondance de la nature quand elle se fait généreuse. Étonnant dans cette région plutôt désertique. On sillonne le parc à bord de navettes, les voitures étant interdites. Un éden, je vous dis.

Badlands. Photo : Sara Feldt / NPS
Badlands. Photo : Sara Feldt / NPS

PARC NATIONAL DES BADLANDS (Dakota du Sud)

Une vaste fracture en contrebas de prairies verdoyantes. Un gouffre de rochers effrités, stratifiés, d’une déconcertante beauté. Accroupie sur le bord du sentier, je frotte entre mes doigts cette roche si fragile qu’elle se désagrège. Aucune barrière ne m’empêche de profaner ces rochers qui, sans moi, perdent déjà 2,5 cm de leur surface par année.

PARC NATIONAL DE GRAND TETON (Wyoming)

Avec ses sommets enneigés, ses castors et ses orignaux, ses rivières remplies de truites, ce parc a un petit je-ne-sais-quoi qui rappelle le Canada… Le mont le plus imposant, Grand Teton, atteint 4 197 m. L’altitude rend notre souffle court et nos gestes lents. Notre cerveau aussi, probablement ! Les bouteilles d’eau sont déformées par la pression. C’est le paradis des ours, que les visiteurs traquent avec leurs appareils photo. De la grande nature !

PARC NATIONAL DE MESA VERDE (Colorado)

Des habitations troglodytiques, il y en a partout dans le monde, mais celles de Mesa Verde, où vécurent les ancêtres des Indiens pueblos jusqu’au XIIIe siècle, sont les plus proches du Québec ! Et elles sont bien conservées. Le Cliff Palace vaut le détour, avec ou sans guide.

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