Pourquoi il faut éviter d’accorder trop d’importance à l’État islamique

Malgré son appel à étendre le califat au monde entier, l’EI est d’abord un acteur local, contrairement à al-Qaida. 

Le groupe État islamique (EI) a beau avoir appelé les musulmans du monde entier à tuer les «mécréants» au Canada, aux États-Unis et dans d’autres pays participant à la mission militaire destinée à l’éradiquer, la cible principale des djihadistes reste les régimes d’Irak et de Syrie. «C’est d’abord un acteur local», relève en entrevue le spécialiste de l’islam Olivier Roy, professeur à l’Institut universitaire européen, à Florence, et auteur de En quête de l’Orient perdu, aux éditions du Seuil. Le risque, c’est d’internationaliser cette menace en lui accordant trop d’importance.

Les frappes aériennes ? Une stratégie nécessaire, juge-t-il. Mais surtout, pas de troupes au sol. Même si ça prend plus de temps, même si l’EI gagne du terrain, la solution est politique et passe par les acteurs du Moyen-Orient.

Vous avez affirmé que le groupe État islamique est davantage l’expression d’un immense fantasme qu’une véritable idéologie politique. Qu’est-ce que cela signifie ?

Le califat islamique relève d’une réalité locale et d’un imaginaire global. La réalité locale découle de la destruction par les Américains, en 2003, de l’État sunnite arabe irakien mis en place par les Britanniques en 1920, et des révoltes contre le régime de Bachar al-Assad en Syrie, en 2011. C’est l’apparition d’une vaste bande de territoire entre le Tigre et l’Euphrate [fleuves parallèles qui traversent l’Irak et la Syrie, notamment] peuplée d’arabes sunnites qui ne se reconnaissent plus dans aucun État de la région. Se sentant minoritaires et brimés tant par Bagdad que Damas, ils voient dans Daesh [acronyme arabe qui exclut les références à l’État et à l’islam d’« État islamique »] l’instrument de leur revanche.

L’imaginaire, récurrent dans l’histoire musulmane, est celle d’un califat, où le souverain serait à la fois chef politique et chef religieux et où le seul lien entre les citoyens serait leur appartenance à l’islam, scellée par l’application de la charia. C’est un imaginaire parce que justement, Daesh ne s’installe en réalité que grâce aux divisions confessionnelles et ethniques et non sur le sentiment d’appartenance commune à l’islam. Mais c’est cet imaginaire qui attire des jeunes, musulmans ou convertis venus de l’Occident, qui ne se reconnaissent ni dans leur pays de résidence, ni dans le pays d’origine de leurs parents.

Par le passé, des groupes terroristes ont ciblé les régimes « apostats » en terre musulmane, puis d’autres, principalement al-Qaida — dont est d’ailleurs issu l’État islamique — ont ciblé l’« ennemi lointain », tel les États-Unis. Qui est l’ennemi de l’État islamique? Les nations occidentales sont-elles une cible ?

L’ennemi principal d’al-Qaida a toujours été l’Occident. Al-Qaida n’a jamais tenté de construire son propre État islamique, ni de renverser les régimes arabes en place, même s’il s’est associé à des groupes islamistes locaux, tels les talibans, les rebelles tchétchènes ou al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), dans le Sahel.

Daesh se bat d’abord contre les régimes régionaux : Damas et Bagdad. À l’origine, Daesh n’avait aucune revendication contre les Occidentaux. C’est l’intervention armée des Occidentaux qui a relancé ses appels à frapper l’Occident. L’ennemi principal de Daesh, ce sont les « hérétiques » — les alaouites, les chiites, les yézidis — et les non-arabes — les Kurdes, les Turcs. Malgré son appel à étendre le califat au monde entier, Daesh est d’abord un acteur local, contrairement à al-Qaida. Le risque est de l’internationaliser de nouveau en lui donnant trop d’importance et en faisant de lui une menace stratégique mondiale, alors qu’il n’est qu’un problème sécuritaire.

Le Canada vient de joindre les États-Unis et d’autres pays dans l’effort militaire international contre l’État islamique qui consiste surtout en des frappes aériennes. Est-ce une stratégie appropriée ? Sinon, que faire ?

La clé de la lutte contre Daesh, ce sont les acteurs locaux. En première ligne : les chiites irakiens, le Hezbollah libanais — présent en Syrie —, les Kurdes et les Turcs. En seconde ligne : les régimes arabes et l’Iran. Il n’y aura de solution que régionale.

Le problème est que ces acteurs locaux sont soit mal préparés — l’armée irakienne n’est pas professionnelle, les Peshmerga kurdes se sont embourgeoisés, les Kurdes de Syrie se battent mais n’ont pas d’armes lourdes —, soit incapables de définir une vraie stratégie de long terme. Les Turcs hésitent entre intervenir ou laisser les Kurdes du PKK [le Parti des travailleurs du Kurdistan, actif en Turquie, en Syrie, en Irak et en Iran] se faire écraser par Daesh, et les Saoudiens se méfient encore plus des Iraniens et des Frères musulmans que de Daesh, avec qui, d’ailleurs, ils ont du mal à cacher leurs affinités religieuses.

Ces faiblesses structurelles permettent à Daesh de marquer des points sur le terrain, d’où la nécessité d’interventions aériennes menées par les Occidentaux. Mais il ne faut surtout pas envoyer de troupes au sol. Même si ça prend plus de temps et si cela permet à Daesh de gagner du territoire, il faut jouer le long terme et les acteurs locaux grâce à une solution politique qui réintègre dans le jeu les arabes sunnites, seul moyen de trouver un nouvel équilibre dans le futur.

 

 

Les commentaires sont fermés.

« L’ennemi principal de Daesh, ce sont les « hérétiques » »

L’État Islamique d’Irak et du Levant s’est battu à de nombreuses reprises contre les rebels syriens, même sunnites. C’est vrai que ce n’est pas leur ennemi principal, mais l’article laisse penser qu’ils ne se battent uniquement contre des non-sunnites, ce qui est faux.

« Les Turcs hésitent entre intervenir ou laisser les Kurdes du PKK se faire écraser par Daesh »

Leurs actions récentes, ie. interdire aux Kurdes d’utiliser le territoire Turc pour supporter leurs confrères de Kobani (ce qui a provoqué des manifestations sanglantes en Turquie), me laisse croire qu’ils ont pris une décision très claire. Sans compter qu’ils laissent passer les réfugiés au compte-goutte à la frontière de Kobani/Turquie. Il y a quelques jours à peine, l’offensive de l’ÉI avait pris plus de la moitié de la ville suite à moins d’une semaine d’offensive. Si ce n’avait pas été des frappes aériennes occidentales (même les kurdes ont crédité les Américains pour le renversement de situation), il y a fort à parier qu’on aurait eu droit à un génocide kurde, tout comme les Yazidis l’ont vécu.

Je suis pour les frappes contre l’EI, lentement il prenne de la place et ces islamistes s’installent partout dans le monde. Je ne comprends pas nos politiciens , comme Trudeau qui ne veut rien faire, il ne fait rien parce qu’il attend des votes de ceux ci , lors des prochaines élections. Pourquoi, ne pas faire une charte pour tous ceux ou celles qui veulent s’installer chez-nous, une charte qui dit, si vous voulez-vous installer chez-nous, vous devez vivre et accepter nos modes de vie, et pas question de commencer à parler de tchador, de nickhab etc. Si vous n’accéder pas à vous conformez, prenez un billet de retour. Si je vais chez-vous, je devrai m’accommoder à vos coutumes. Je vais peut-être me faire traiter de xénophobe ou n’importe quoi, et si nos dirigeants ne font rien, ce sont nos enfants et petits enfants qui en paieront le prix. Il vient un jour ou ça suffit de se faire leurrer sans rien faire.

Avez-vous lu l’article en tittre ?
Votre commentaire n’a rien à voir.
Il n’est pas ici question de la défunte charte de M. Drainville
mais d’un mouvement entre faction musulmanes

Excellent commentaire mais il ne faut pas oublier les actions commises au Nigéria, au Cameroun et dans la sous région.
De plus les méthodes sont d`une férocité indignes et similaires à celles du moyen âge ou des kmers rouges.
Il faut les combattres absolument 1

Quiconque n’a pas compris que la guerre sainte menée par les Islamistes est une guerre mondiale sans merci est un imbécile naïf. Nous y passerons tous en continuant de nous comporter comme des mauviettes. Il faut combattre les Islamistes sur tous les fronts. Comme nous ne percevons pas le danger, ils auront beau jeu contre nous. Notre tolérance face aux mosquées qui s’implantent partout sur notre territoire en dit long sur notre insouciance.

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