Qatar : Cap sur l’éducation

Le Qatar mise sur l’éducation pour assurer son avenir postpétrole. Et les moyens déployés sont titanesques !

Photo : Jim Forrest/Alamy

Après les matières premières, la matière grise : c’est le pari du Qatar. Richissime grâce à son pétrole et à son gaz naturel, le petit émirat du golfe Persique sait que cette bonne fortune ne durera pas éternellement. Il prépare donc son avenir posthydrocarbures en investissant dans ses cerveaux.

Sitôt arrivé au pouvoir, en 1995, le cheik Hamad ben Khalifa al-Thani a créé la Fondation du Qatar pour l’éducation, la science et le développement communautaire. Dotée d’un budget estimé à 15 milliards de dollars, cette fondation a notamment financé la création d’un campus international, d’un parc des sciences et technologies et d’un sommet mondial pour l’innovation en éducation (WISE), dont le quatrième rassemblement se déroulera du 13 au 15 novembre à Doha, la capitale.

Difficile pour les quelque 1 000 participants au sommet d’oublier qu’ils sont dans l’État le plus fortuné de la planète. Même le centre de congrès en jette ! Inauguré en 2011, cet immeuble colossal, tout de verre et de marbre blanc, est soutenu par de gigantesques jujubiers d’acier – l’arbre national qatari, symbole de puissance et de détermination.

Ce rendez-vous annuel vise à faire le point sur les innovations en matière d’éducation dans le monde. Chaque année, six projets sont récompensés (20 000 dollars chacun) et bénéficient d’une promotion à grande échelle. L’idée est de constituer un réseau d’initiatives adaptables dans différents pays et contextes. Un grand prix, doté de 500 000 dollars et présenté comme l’équivalent d’un « Nobel de l’éducation », est également décerné.

Chevelure voilée, abaya (longue robe noire) et talons hauts, la cheika Mozah bint Nasser al-Missned est l’instigatrice de ce sommet. La deuxième épouse de l’émir (qui en a trois) a fait de l’éducation son cheval de bataille. Elle-même diplômée en sociologie, elle est à l’origine de la loi qui a rendu l’éduca­tion obligatoire et gratuite au Qatar, en 2001. Réputée pour être l’une des femmes les plus influentes du monde arabe, la cheika est envoyée spéciale de l’Unesco pour l’éducation de base et l’enseignement supérieur, et préside la Fondation du Qatar.

C’est aussi à la cheika Mozah que le Qatar doit sa Cité de l’éducation – un quartier construit en périphérie de Doha, en plein désert. S’étalant sur 14 km2, la Cité comprend des écoles primaires et secondaires, un parc des sciences et technologies et l’Université Hamad ben Khalifa (HBKU).

Unique en son genre, cet établissement est notamment composé des antennes de huit prestigieuses universités internationales – américaines, surtout -, qui offrent les programmes de formation jugés cruciaux pour l’avenir du pays. À peine 1 800 étudiants sont inscrits, qui semblent perdus dans les immenses locaux climatisés. Les critères d’admission sont les mêmes que dans les universités mères et il n’est pas question de les abaisser pour accueillir plus d’étudiants.

Seule université mixte du pays, la HBKU compte 60 % d’étudiantes. Nombre d’entre elles sont voilées, voire couvertes d’un niqab (ne laissant voir que leurs yeux), mais d’autres vont en classe en jeans et t-shirt. Quelque 75 nationalités se côtoient ici – les Qataris ne formant que 51 % de l’effectif. Contrairement aux résidants, les étudiants étrangers doivent payer les droits de scolarité. Ils peuvent toutefois bénéficier de bourses ou de prêts sans intérêts… qui seront entièrement effacés s’ils restent travailler au Qatar une fois diplômés. Pour réaliser ses mille et un projets pharaoniques – notamment en vue de la Coupe du monde de soccer, qui se tiendra ici en 2022 -, le pays a tout intérêt à les retenir.