Quand le «SNL» irakien s’en prend à l’EI…

Pour lutter contre l’État islamique, les Irakiens se sont quant à eux dotés d’une arme de destruction massive : l’humour.

FouineurLe Canada effectuera des frappes aériennes en Irak pour lutter contre l’État islamique (EI), si la Chambre des communes adopte le projet présenté vendredi par le premier ministre Stephen Harper. Pour se défendre, les Irakiens se sont quant à eux dotés d’une arme de destruction massive : l’humour.

Samedi dernier, la télévision d’État a commencé la diffusion d’ « État de mythes » (State of Myths), une émission qui vise à exposer à coups de farces la vraie nature des djihadistes de l’EI. L’action se déroule dans un village fictif tombé sous le joug des djihadistes.

« L’émission démontre la capacité extraordinaire de la population de ce pays marqué par la guerre à contester la violence avec l’humour, explique Loveday Morris, du Washington Post. Mais faire la lumière sur ce groupe célèbre pour ses décapitations et ses massacres comporte de sérieux risques. Certains des membres de la distribution n’ont pas donné leur accord pour que leurs noms apparaissent au générique, tandis que le scénariste a tenu à rester anonyme. »

Une scène montre notamment l’ivrogne du village, devenu un disciple zélé de l’EI, battre les consommateurs d’alcool avant de boire quelques gorgées en secret. Une autre présente le propriétaire d’un magasin, qui se voit informé de ne pas mélanger les légumes aux noms féminins et masculins. Autant de manières de se moquer de l’interprétation de l’islam faite par l’EI.

Au-delà de la comédie, ce qui frappe, ajoute la journaliste, c’est la « vision dénaturée » des Irakiens envers les « pays qui viennent à la défense de leur gouvernement contre les militants ». Une bande-annonce de l’émission laissait en effet entendre que les États-Unis, le Qatar et Israël étaient derrière l’ascension de l’État islamique (voir ci-dessous). Jugeant non approprié de ridiculiser leurs alliés au milieu d’une campagne de bombardement menée par les États-Unis, les dirigeants de la chaîne n’ont toutefois pas approfondi cette idée.


Depuis l’invasion américaine de 2003, la télévision satirique a prospéré en Irak. Ce programme télévisé, dont le budget est d’environ 600 000 dollars américains, sera diffusé à l’échelle nationale, ce qui inclut les territoires contrôlés par l’EI, notamment dans les provinces de l’Ouest et du Nord.

« Nous montrons au public la véritable image de Daech [acronyme en arabe de l’EI] », a expliqué au journal américain Khalil Ibrahim, l’acteur irakien qui donne ses traits au maire de la ville. « Nous sensibilisons les gens, nous parlons à ceux qui soutiennent ce groupe. À Tikrit et Mossoul, il y avait des gens ouverts d’esprit. Mais certaines personnes sont passées de l’autre côté et soutiennent désormais ces extrémistes. Peut-être que nous pouvons toucher certains d’entre eux. »

Pour plus d’infos : «New Iraqi comedy show aims to counter Islamic State extremists», sur le site du Washington Post.