Quand Snowden et Poutine font le spectacle

Lors d’une émission de télévision, Edward Snowden a interpellé Vladimir Poutine pour lui demander si la Russie interceptait les communications de millions d’individus.

Deux heures après le début de la séance annuelle de questions-réponses de Vladimir Poutine, la présentatrice de l’émission a annoncé un message vidéo « incroyable, voire sensationnel », venant « d’une personne qui a révolutionné le monde en divulguant des informations sur les services secrets américains ».

Quelques secondes plus tard, le visage d’Edward Snowden est apparu sur les écrans. L’ancien consultant de la NSA, inculpé pour espionnage aux États-Unis et réfugié dans un lieu tenu secret en Russie, a alors interpellé le président russe au sujet de la surveillance des communications par le biais de programmes qu’il juge « inefficaces pour stopper le terrorisme », rapports à l’appui.

« Je n’ai pas beaucoup entendu de débat public sur le rôle de la Russie dans les politiques de surveillance massive, donc, je voudrais vous demander : est-ce que la Russie intercepte, stocke ou analyse d’une quelconque façon les communications de millions d’individus ? Et croyez-vous que le fait d’accroître l’efficacité des services de renseignement ou de renforcer les moyens d’investigation peut justifier le placement de toute une société sous surveillance ? »

Contre toute attente, le président russe a détendu l’atmosphère à l’aide d’une pirouette faisant écho à ses 16 années passées au KGB, le service de renseignement de l’URSS. « Cher M. Snowden, vous êtes un ancien agent, et j’ai moi-même eu quelques liens avec les services de renseignement, alors nous nous parlerons en langage de professionnel. »

Poutine s’est ensuite lancé dans un laïus, laissant entendre que la Russie ne procédait pas à de la surveillance de masse, et que ses opérations ciblées servaient uniquement à contrer des tentatives malveillantes, le tout dans le respect de la loi.

« Les moyens modernes de communication sont utilisés par des criminels, y compris des terroristes, pour organiser leurs activités. Bien sûr, les services spéciaux doivent utiliser ces moyens modernes pour réagir et combattre le crime. Nous faisons cela aussi. Mais cette surveillance de masse, cet espionnage indiscriminé, nous ne nous autorisons certainement pas à le faire. Et j’espère que jamais dans le futur nous ne nous le permettrons. De plus, nous avons un règlement juridique strict concernant l’utilisation par les services spéciaux de ces moyens, notamment l’écoute téléphonique et la surveillance sur Internet. C’est pour ça qu’une surveillance aussi massive et aveugle ne peut pas exister chez nous. En outre, nous n’avons ni les moyens matériels, ni l’argent pour le faire. »

Des propos rapidement contestés par des experts russes, qui ont rétabli point par point les demi-vérités énoncées par le président russse. Selon le Washington Post, l’ambassade américaine à Moscou a également adressé un tweet en forme de rappel à Snowden : « Snowden serait probablement intéressé de savoir que la loi russe permet le contrôle, le stockage et l’étude de toutes les données dans les réseaux de communication de la Fédération de Russie. »

Cette opération médiatique a alimenté les craintes des détracteurs de Snowden aux États-Unis, qui l’ont accusé de servir d’outil de propagande à Poutine. Par le passé, l’Américain de 30 ans a nié avoir agi pour le compte de la Russie en prenant la fuite avec en sa possession de très nombreux documents confidentiels.

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