Que sait-on vraiment des primaires américaines? Pas grand-chose…

À un peu plus de deux mois des caucus de l’Iowa, les différents scénarios quant à l’issue des primaires démocrates abondent. Rafael Jacob en a sélectionné cinq.

Les candidats à la primaire démocrate lors du débat du 20 novembre 2019. (Photo : La Presse candienne/AP)

Lorsque vient le temps de prédire le résultat final des primaires présidentielles aux États-Unis, force est de constater que nous ne disposons pas d’un grand nombre de repères. Le système moderne des primaires a été instauré après une série de réformes entérinées par les deux partis majeurs au début des années 1970. Et même en ratissant le plus largement possible, en incluant par exemple les primaires ayant été à peine disputées (on pense aux primaires démocrates de 2000 lors lesquelles Al Gore a écrasé Bill Bradley), le nombre de primaires compétitives avant celles de 2020, tous partis confondus, ne dépasse pas la vingtaine. Autant dire que la petite taille de cet échantillon complique considérablement la tâche des observateurs de tous bords.

Jusqu’en 2016, la « bible » de la science politique sur les primaires était sans doute le livre The Party Decides, qui avait comme postulat central que le succès d’un candidat aux primaires de son parti était largement déterminé par les appuis dont il jouissait auprès des élites de ce même parti. Les primaires républicaines de 2016 remportées par Donald Trump sont venues mettre à mal cette théorie.

Plus tôt cette année est paru un article d’un trio de politologues de l’Université Vanderbilt, à Nashville, remettant en question un autre principe de longue date : celui selon lequel les premiers États à voter dans le cadre des primaires ont un impact important sur le reste de la course. Autrement dit, un candidat ne serait pas particulièrement avantagé par le « momentum » dont il jouirait après avoir remporté l’Iowa ou le New Hampshire, les deux États qui votent en premier. Au contraire, des facteurs démographiques, comme l’âge, le sexe ou la race, pourraient permettre de mieux prédire les résultats des primaires.

En d’autres termes, on pourrait plus précisément prédire le pourcentage de vote d’un candidat sur la base de la composition démographique de l’État que sur celle des résultats électoraux dans un autre État ayant voté la semaine précédente. Comment les auteurs en sont-ils arrivés à cette conclusion ? En se basant largement sur les résultats de 2016.

Qu’est-ce que cela nous enseigne sur les primaires démocrates à venir ?

Simplement, que l’on ne sait pas grand-chose. À un peu plus de deux mois des caucus de l’Iowa, qui ouvrent le bal le 3 février prochain, les différents scénarios plausibles abondent. En voici cinq.

Scénario 1

Un candidat remporte à la fois l’Iowa et le New Hampshire et, comme Walter Mondale et John Kerry lors des primaires démocrates de 1984 et de 2004, utilise ce « momentum » pour balayer largement l’ensemble des autres États.

C’est notamment ce dont rêvent les partisans d’Elizabeth Warren, qui flirte avec la pôle position dans ces deux États depuis les dernières semaines.

Scénario 2

Un candidat ayant travaillé avec acharnement sur le terrain pendant des mois sans que ses résultats à l’échelle nationale ne retiennent l’attention, « décolle » au bon moment en Iowa et le remporte, sans pour autant pouvoir s’en servir pour remporter l’investiture, comme, respectivement, Mike Huckabee et Rick Santorum lors des primaires républicaines de 2008 et de 2012.

C’est ce qui pourrait se produire si les primaires débutaient aujourd’hui, alors que Pete Buttigieg est donné en avance dans les derniers sondages en Iowa, mais que de sérieux doutes subsistent quant à sa capacité à remporter l’investiture.

Scénario 3

Un candidat ayant perdu à la fois l’Iowa et le New Hampshire, mais étant solide dans d’autres régions du pays se relève dans les États votant par la suite, soit le Nevada et la Caroline du Sud. Il n’y a pas de précédent pour ce scénario, hormis peut-être les primaires démocrates de 2016 entre Hillary Clinton et Bernie Sanders. À l’époque, Clinton avait remporté l’Iowa de justesse et s’était inclinée dans le New Hampshire, avant de rebondir et de remporter l’investiture, notamment grâce à l’appui des électeurs hispaniques et afro-américains, beaucoup plus nombreux à voter dans d’autres États, notamment le Nevada et la Caroline du Sud.

C’est actuellement le scénario envisagé par les partisans de Joe Biden, qui le voient en difficultés dans les deux premiers États, mais maintenir son avance ailleurs.

Scénario 4

Un free-for-all, dans lequel plusieurs candidats remportent différents États, comme Richard Gephardt, Paul Simon, Jesse Jackson, Michael Dukakis et Al Gore lors des primaires démocrates de 1988.

Dans un contexte où les primaires démocrates comprennent un nombre record de prétendants et que des interrogations subsistent à l’endroit de candidats majeurs (l’âge et les gaffes de Biden, les positions très à gauche de Sanders et Warren, la maigre feuille de route de Buttigieg, etc.), cette possibilité n’est pas à écarter en 2020.

Scénario 5

Le scénario inconnu, jamais réellement observé auparavant.

Vous l’aurez compris, cette course est fondamentalement imprévisible. Tout ce que l’on sait réellement d’elle, c’est qu’elle nous aidera, très modestement, à mieux comprendre la prochaine. En 2024.

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