Quel avenir pour la Corée du Nord ?

La communauté internationale montre des signes d’inquiétude depuis le décès de Kim Jong-il et l’arrivée au pouvoir du cadet de la dynastie, âgé de 28 ans. Mais la stabilité du « Royaume ermite » pourrait passer par la Chine, comme l’explique Jean-Frédéric Légaré-Tremblay.

Quel avenir pour la Corée du Nord ?
Photo : AP/PC

À quoi s’attendre pour la suite des choses dans le « Royaume ermite » après la mort de Kim Jong-il ?

On ne sait pratiquement rien de ce pays et, surtout, du jeune héritier de 28 ans dont le monde vient à peine d’apprendre l’existence. Mais des informations qui ont filtré ici et là, de même qu’une analyse des intérêts des pays voisins et des décideurs nord-coréens, laissent croire que les grandes convulsions sont peu probables.

Kim Jong-un, fils benjamin du défunt, a été sacré successeur il y a un peu plus d’un an lorsqu’il a été adoubé vice-président de la commission militaire centrale et général quatre étoiles. Dans un pays communiste où l’instance décisionnelle suprême n’est pas le parti, mais les forces armées, cette nomination voulait tout dire.

Le nouveau leader a donc eu peu de temps pour apprendre les rudiments de la politique. On rapporte d’ailleurs qu’il était espéré que Kim Jong-il trépasse dans deux ou trois ans seulement afin d’assurer une transition dynastique en douceur. Le seul précédent de transition à la tête du pays a eu lieu en 1994, alors que Kim Jong-il a succédé à son père, le « Grand leader » Kim il-Sung, qui avait dirigé la nation nord-coréenne depuis sa création en 1948 jusqu’à sa mort. Mais à la différence de son fils, Kim Jong-il avait alors eu une dizaine d’années pour se préparer à prendre le pouvoir.

La question est de savoir si l’héritier est prêt à assumer ses responsabilités de chef d’État et, surtout, si les cercles du pouvoir nord-coréen, composés entre autres de ses propres oncles et tantes et de vieux routiers de la politique, l’accepteront comme leader.

La greffe pourrait ne pas prendre et le régime, s’effondrer. C’est une réelle possibilité. Mais on peut aussi présumer que ses premières années de règne prendront des allures de probation et qu’il pourra alors en profiter pour consolider son pouvoir. Kim Jong-un pourrait même observer une période de trois ans de deuil national avant de prendre formellement le pouvoir, comme l’a fait son père.

Histoire de donner une chance au coureur, les autorités nord-coréennes et les services de renseignement sud-coréens ont rapporté que des purges auraient déjà eu lieu au cours des deux dernières années afin de « nettoyer » l’élite dirigeante des éléments réfractaires : exécutions, licenciements, rétrogradations… et quelques accidents routiers mortels jugés quelque peu suspects par les médias sud-coréens.

Un coup d’État serait également mal avisé : les deux frères aînés de Kim Jong-un sont considérés comme des hédonistes folâtres inaptes à diriger la nation, et tout leader qui ne serait pas de la lignée dynastique des Kim aurait bien du mal à asseoir sa légitimité auprès des Nord-Coréens.

La Corée du Sud, officiellement en guerre avec Pyongyang depuis la fin de la guerre de Corée, ne pleure pas la mort du dictateur. Mais avec l’incertitude qui plane sur l’avenir du voisin du nord et sur le comportement de son élite dirigeante, on n’y pousse pas non plus de grands cris de joie.

Selon les signaux envoyés par Seoul, ni la réunification ni un conflit armé ne sont attendus dans un avenir plus ou moins proche. Le statu quo semble être l’approche privilégiée dans l’immédiat.

Ce que Chine veut…

À l’étranger, l’élément le plus stabilisateur est aussi le voisin immédiat : le géant chinois. Veillant au grain à la frontière, il n’a aucun intérêt à voir son voisin s’écrouler. Pékin a d’ailleurs dépêché plusieurs représentants à Pyongyang dans la foulée du décès de Kim Jong-il, afin d’aider le régime à rester stable.

Pékin est de loin le principal allié de Pyongyang, tant sur le plan diplomatique que commercial – et les alliés du « Royaume ermite » sont rares, ce qui accroît davantage l’influence de la Chine. Vue de Pékin, la Corée du Nord est une zone tampon avec la Corée du Sud, où se trouvent 28 000 soldats américains. Le pays communiste est une sorte de caution dans une péninsule qui, autrement, pourrait basculer entièrement dans la sphère d’influence du rival américain si les deux Corée venaient à se réunifier.

Un effondrement précipité du régime nord-coréen pourrait quant à lui provoquer l’afflux de millions de réfugiés nord-coréens à l’intérieur du territoire chinois. Ce que Pékin ne souhaite évidemment pas.

Et tout geste d’agression de Pyongyang envers Séoul met Pékin dans la position inconfortable et gênante de devoir défendre son allié fantasque face au reste du monde. Pis encore, il pourrait ainsi déclencher un conflit à sa frontière, conflit auquel les Américains seraient sûrement mêlés.

Pour Pékin, le mieux est que rien ne bouge. Ou alors très lentement.

Des réformes made in China

Vues de Pyongyang, les relations étroites avec la Chine sont devenues plus que jamais une bouée de sauvetage économique. Les sanctions internationales, de même que le commerce pratiquement interrompu avec la Corée du Sud depuis un accrochage militaire l’an dernier, asphyxient la Corée du Nord, l’un des pays les plus pauvres au monde. (Le PIB par habitant est de 1 800 $ par année, contre 30 000 $ en Corée du Sud.)

Les deux pays communistes ont déjà intensifié leurs relations commerciales. Les rares coups d’œil étrangers jetés à l’intérieur du « Royaume ermite » montrent que des biens de consommation jadis rares, comme des voitures, circulent de plus en plus. Des visites officielles récurrentes entre les deux pays indiquent aussi que les dirigeants nord-coréens pourraient voir d’un bon œil l’importation du modèle de développement chinois, lequel marie économie de marché et autoritarisme politique.

Améliorer le sort des Nord-Coréens, ce qui pourrait passer par des réformes à la chinoise, sera certainement l’un des plus grands défis de Kim Jong-un. Et pour cela, l’aide du voisin chinois, qui veut tout sauf des remous dans cette région, est indispensable.