Rencontre avec les rebelles

Les résistants du Darfour citent en exemple le système politique canadien.


Photo : Ben Curtis / AP / PC

Dans un restaurant d’Abéché, ville caravanière de l’est du Tchad balayée par le sable, quatre hommes en pantalon et chemise nous attendent en sirotant un Coca-Cola ou un Fanta à la pomme. « On ne peut pas parler ici, il faut quitter la ville », nous dit l’un d’eux, après les salam aleikoum d’usage, puis les salutations en anglais.

Les rebelles de la province du Darfour font de la pub pour leur cause. Il suffit d’un coup de fil au directeur des opérations du Mouvement justice et égalité ou à l’Armée de libération du Soudan pour obtenir une tournée des zones sinistrées en leur compagnie. À condition d’avoir du temps et de l’argent – il faut compter un chauffeur privé pour la semaine, plus les bakchichs -, surtout depuis que la présence des grandes chaînes de télé américaines et britanniques a fait monter les enchères. Nous nous sommes contentés d’une simple rencontre, commencée dans un restaurant du Tchad et qui s’est poursuivie dans le désert.

Mamadou, notre jeune conducteur de rickshaw (ce trois-roues très prisé en Inde et dont la puissance dépasse de peu celle d’un moteur de tondeuse à gazon), a pour mission de nous faire sortir de la ville. Puis de nous faire passer le barrage de l’armée tchadienne et de nous conduire dans le désert, à l’abri des regards. C’est ainsi qu’assis sur un rocher, au crépuscule, un des rebelles a traduit en anglais la pensée de ses frères de combat, qui eux s’exprimaient dans un arabe littéraire délicat, le ton calme, posé, étrangement serein.

Pourquoi vous rebeller contre le gouvernement soudanais?

– Le Soudan présente une grande diversité culturelle et ethnique. Le régime a fait en sorte que le pouvoir soit monopolisé par une seule ethnie (les Arabes) et il marginalise les autres. C’est cette discrimination raciale qui a provoqué la révolte armée. Les ethnies marginalisées doivent prendre les armes pour se battre contre le gouvernement. Sa politique est celle de l’arabisation imposée. Il a créé les janjawids afin de convaincre la communauté internationale que le problème au Darfour est un problème tribal entre Arabes et Noirs, et non une révolution. Nous ne voulons pas affronter les janjawids, nous voulons les inclure. Ils viennent pour la plupart du Darfour et ont le même genre de problèmes que nous.

Que voulez-vous de Khartoum?

– Nous voulons que le gouvernement répartisse la richesse et le pouvoir. Que le Soudan soit pour tous les Soudanais, sans distinction culturelle et tribale, et sans discrimination raciale. Nous voulons que ce soit un pays démocratique, où le gouvernement est élu par la majorité, et non par une minorité qui a confisqué le pouvoir depuis l’indépendance, en 1956. [NDLR: Dans la foulée de la fin de la monarchie en Égypte, le Soudan gagne son indépendance. Les tribus arabes du Nord optent alors pour l’arabisation et l’islamisation de ce pays fragmenté.] Nous ne cherchons pas à obtenir l’autonomie. Nous voulons la mise en place d’un système fédéral démocratique, comme dans d’autres pays, le Canada par exemple.

Selon certains observateurs, il n’y aurait pas de volonté d’intervention de la part des grandes puissances. Tout au plus, il y aura l’envoi de la force de l’Union africaine…

– Nous ne croyons pas que la communauté africaine puisse apporter la paix au Darfour dans les conditions actuelles. Nous voulons que les États-Unis et la communauté internationale se mobilisent pour protéger les populations civiles du Darfour.

Les plus populaires