Reprendre la route vers la Sérénissime

Avant de retrouver Venise, Arièle Butaux a traversé les Alpes, traversant la vallée de la Roya aujourd’hui dévastée…

Le village de Tende, au coeur de la vallée de la Roya (Crédit : thierry llansades / Flickr)

Quitter Paris pour Venise en voiture, c’est d’abord fuir le bruit, l’agitation, le stress de se faire houspiller, bousculer, parfois insulter pour peu qu’on ne suive pas le tempo infernal de cette ville survoltée. Puis c’est ouvrir sa fenêtre à peine franchie la banlieue et respirer à nouveau avec le sentiment exaltant d’avoir échappé à la métropole tentaculaire, retrouver la nature à quelques kilomètres seulement de l’inhumain chaos. C’est enfin choisir sa route, changer d’avis, laisser l’autoroute pour des voies plus secrètes, moins rapides aussi mais le temps, très vite, n’a plus beaucoup d’importance. Des amis à visiter, un village à découvrir, une bonne table à honorer, telles sont les priorités de ce voyage-là. Un verbe délaissé refait surface, taquin et délicat : musarder. On musarde, donc, on s’émerveille de voir changer le paysage, on suit son inspiration, on écoute ses caprices.

Le trajet est déjà le voyage, les voyages même, entre Larzac grandiose comme un décor de western ou lac Ardéchois bordé de sapins comme une villégiature en Finlande! Et de s’extasier, un peu benêts, sur les splendeurs de notre propre pays que notre frénésie de lointains horizons nous a fait dédaigner. On savoure chaque instant, souvent en musique. La joie présente se colore par avance de celle des retrouvailles avec Venise. Nous les anticipons, avec bonheur mais sans hâte, avec la douce certitude que notre ville d’adoption nous enveloppera à peine franchi le pont de la Liberté, comme une personne aimée au bout du quai nous ouvre ses bras et les referme sur nous pour clore la parenthèse de l’absence.

La France se teinte d’Italie à l’approche de la frontière, des frontières devrait-on dire car il y a le choix. Tunnel du Mont-Blanc, Grand Saint Bernard, Simplon, Vintimille…et pour les flâneurs impénitents, les amoureux de montagne et de nature, il y avait cette route empruntée à l’aller et aujourd’hui dévastée, celle de la vallée de la Roya, hier encore si paisible, comme oubliée du temps mais pas, hélas! des dérèglements climatiques qui ont depuis noyé ses villages et leurs habitants sous des torrents de boue. Preuve accablante, s’il en était encore besoin, de la nécessité pour chacun de réfléchir aux conséquences de ses choix de vie, de voyage, de consommation au quotidien. Chacun multiplié par bientôt huit milliards d’individus…

Laisser un commentaire