Retour aux origines

C’est en devenant Québécois qu’il a pu se rendre utile au Niger.


 

« Au Niger, les gens croient que je travaille pour une ONG! » dit Hamidou Mamadou Abdou. Ce Nigérien d’origine, qui vit au Québec depuis 15 ans, est à la tête de la Division internationale de Cima+, entreprise d’ingénierie lavalloise qui compte 850 employés. C’est lui qui a supervisé la construction de systèmes d’assainissement autonome à Niamey, capitale du Niger, dépourvue d’égouts. Il y a aussi mis sur pied un bureau qui emploie 70 travailleurs locaux. « Je n’aurais jamais pu créer autant d’emplois en restant là-bas, dit-il. Même en tant que politicien! »

Lorsqu’il a décroché son doctorat en ingénierie à l’École polytechnique de Montréal, en 1996, Hamidou Mamadou Abdou comptait bien mettre son expertise en ressources hydriques au service du Niger – il avait obtenu une bourse de l’ACDI pour cela. Mais le projet de barrage hydroélectrique du pays venait d’être mis en veilleuse. Hamidou Mamadou Abdou et sa femme, une compatriote, ont donc décidé de faire leur vie dans le quartier Côte-des-Neiges, à Montréal, avec leurs deux jeunes enfants. Depuis, ils sont devenus citoyens canadiens. Et un petit dernier est né.

Hamidou Mamadou Abdou passe maintenant sa vie entre le Québec et l’Afrique. Après son arrivée à Cima+, en 1999, il a rapidement concentré les activités internationales de l’entreprise sur le continent africain. La demande d’ingénieurs-conseils y est énorme. « Je me sentais redevable envers l’Afrique », dit l’ingénieur de 43 ans, qui a aussi étudié en Chine (il parle le mandarin). Ses études universitaires ont été financées en bonne partie par l’État nigérien. De plus, ses 27 frères et soeurs (son père était polygame) habitent toujours ce pays en développement. « Je leur envoie le tiers de mon salaire depuis le décès de mon père, il y a un an », dit l’aîné de la famille musulmane.

Avec trois bureaux de Cima+ en Afrique (au Niger, en Algérie et en République démocratique du Congo), Hamidou Mamadou Abdou sent qu’il fournit sa part pour son continent d’origine. Dans des pays pauvres comme le Bénin, le Mali et le Tchad, où on vit avec moins de deux dollars par jour, ses réalisations font la différence. Au Burkina, par exemple, son entreprise a réparé des routes de terre secondaires. « Ces routes sont essentielles pour que les producteurs agricoles puissent acheminer leurs produits vers les grands centres », dit-il. Leur pain quotidien en dépend…