Russie : les enjeux de 2012

Malgré la grogne parmi la population, Vladimir Poutine sera sans doute réélu à la présidence de la Russie le 4 mars. Mais les défis qui attendent le « tsar » et sa garde rapprochée s’annoncent costauds.

Malgré la grogne parmi la population, Vladimir Poutine sera sans doute réélu à l
Photo : Sasha Mordovets / Getty

Les hommes forts

Le tsar  : Vladimir Poutine

59 ans

De plus en plus critiqué dans son pays, il en reste néanmoins la figure la plus populaire. Son retour à la présidence est presque assuré. Président de la Fédération de Russie de 2000 à 2008 et premier ministre depuis, il reprendrait ainsi sa place au sommet de la hiérarchie pour une durée de six ans. Puisque rien ne l’empêchera de se porter de nouveau candidat en 2018, il pourrait diriger la Russie presque aussi longtemps que Staline (30 ans).

L’architecte : Vladislav Surkov

47 ans

Il a été l’éminence grise du « système Poutine ». Même s’il a été le numéro deux de l’administration présidentielle de Medvedev, il évolue depuis 12 ans dans l’entourage de Poutine. Grand architecte du pouvoir exécutif – il s’est longtemps occupé des relations avec le Parlement, les gouverneurs, les maires, les partis politiques et les médias -, il est aussi l’idéologue du régime. On lui doit les concepts qui forment les piliers du « système Poutine » : verticale du pouvoir, dictature de la loi, démocratie souveraine… Autant de concepts qui renforcent l’autorité du pouvoir exécutif dans le pays. Surkov a été muté en décembre pour devenir vice-premier ministre responsable de la modernisation et de l’innovation. Rétrogradation ? Promotion ? Statu quo ? Son influence au sein de la coterie poutinienne fait désormais l’objet de conjectures…

L’affranchi : Alexeï Koudrine

51 ans

Complice de Poutine depuis leurs années à la mairie de Saint-Pétersbourg, après la chute de l’URSS. Ministre des Finances depuis 2000, il a acquis une réputation de ministre rigoureux dans les cercles mondiaux de la finance pour son habile pilotage du navire russe pendant la crise. Il a toutefois été viré par Medvedev en septembre pour avoir critiqué sa décision de gonfler encore le budget de la Défense. Il a pris ses distances avec la coterie poutinienne lors des manifestations qui ont suivi les législatives et annoncé qu’il pourrait éventuellement se rallier à un mouvement politique de droite plus libéral, tout en se présentant comme médiateur entre le gouvernement et les manifestants. À suivre.

3 freins à la croissance

Alors qu’en 2000 il prenait le gouvernail à une époque de généreuse croissance économique, Poutine devra cette fois lutter contre le déclin.

1- Le pétrole, dont on extrait actuel­lement 10,3 millions de barils par jour – un record depuis la chute de l’URSS -, verra sous peu sa produc­tion atteindre un plateau, avant de décliner. Si les prix stagnent ou, pis, s’ils chutent, l’effet sur les finances publiques sera dramatique, car l’État tire près de 50 % de ses revenus de la production d’hydro­carbures.

2- La population, qui est passée de 148 millions d’habitants à la fin des années 1990 à 142 millions en 2011, vieillit vite, en mauvaise santé – en raison surtout de l’alcoolisme – et dans la pauvreté. Ce qui pèsera lourd sur les finances publiques et l’économie nationale. En 2010, Dmitri Medvedev a qualifié le vieillissement de « menace nationale grave ». Le déficit du régime public des retraites devrait doubler l’an prochain et passer à 3 % du PIB, soit 48 milliards de dollars américains.

3- La corruption, endémique, fait fuir les investisseurs. Transparency International classe la Russie au 143e rang sur 182 nations… derrière le Pakistan et le Niger. En 2010, il est sorti plus de capitaux du pays qu’il n’en est entré (- 34 milliards de dollars). Ce chiffre était déjà presque dépassé en juin dernier.

Le pari de la « Silicon Valley russe »

Afin de diversifier l’économie, le président Medvedev a lancé l’ambitieux chantier de l’Institut de technologie de Skolkovo, un carrefour technologique financé à coups de milliards devant réunir chercheurs et entreprises à une vingtaine de kilomètres de Moscou. L’État veut y attirer de 25 000 à 30 000 travailleurs, qui plancheront sur les télécoms, les biotechs, l’énergie propre et les technologies de l’information. L’Institut ouvrira ses portes dans trois à cinq ans.

Sotchi 2014

En 2014, la Russie accueillera les Jeux olympiques d’hiver pour la première fois de son histoire. Poutine a mis l’État à contribution afin de payer les 12 milliards de dollars initialement prévus pour rénover les installations, à proximité de la station balnéaire bordée de palmiers de Sotchi, sur la mer Noire. Les dépenses dépassent maintenant les 30 milliards, soit l’équivalent du coût des Jeux d’été de Pékin. Ce seront les Jeux d’hiver les plus chers de l’histoire.

Image : Getty

La classe moyenne en colère

Le Kremlin est secoué depuis décembre par les plus importantes manifestations depuis la chute de l’URSS. Restée jusqu’ici silencieuse, laissant le gouvernement gérer le pays à sa guise, la classe moyenne émergente remet aujourd’hui en question le « système Poutine » : elle demande plus de transparence et la décentralisation du pouvoir. Reste à voir si le Kremlin donnera suite à ses doléances.

La lassitude gagne les Russes

22 % : Près du quart des adultes disent vouloir quitter le pays pour de bon, soit trois fois plus qu’il y a quatre ans (7 %). C’est le taux le plus élevé depuis la chute de l’URSS (18 %).

Le laissé-pour-compte :

 

Dmitri Medvedev

En annonçant, fin septembre, qu’il cédait la place à son premier ministre comme candidat à la présidence, alors qu’il pouvait se représenter, Medvedev confirmait ce que le monde entier soupçonnait : Poutine était resté le véritable chef du Kremlin. L’avenir lui réserverait un poste d’importance dans le prochain gouvernement : premier ministre, ambassadeur itinérant ou autre.

(photo : AP/PC)

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