Salafisme et terrorisme : sauver les brebis égarées

Le cheik Bawazir tente de décourager les jeunes à entreprendre une carrière de terroriste. Et de défaire l’image qui, en Occident, associe la doctrine salafiste à al-Qaida.

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Photo : François-Xavier Trégan

Au Yémen, des oulémas, ces théologiens de la loi musulmane, en ont assez de voir leur doctrine associée au terrorisme. Il y a 18 mois, ils ont créé à Mukalla, ville adossée à la mer d’Arabie, la fondation al-Khair (le Bien), pour éradiquer le terrorisme à la base, en convainquant les plus jeunes, qui sont aussi les plus vulnérables, de ne pas se laisser tenter.

« Corriger les notions erronées avant qu’elles deviennent des actes. » Voilà une démarche que le cheik Bawazir, ouléma et imam à Mukalla, a entreprise à de nom­breuses reprises auprès de jeunes Yéménites. Il en reconnaît le faible succès jusqu’à présent. « Nous essayons de sensibiliser les jeunes à la religion correcte, aux concepts justes de l’islam. Ils font confiance aux oulémas, car nous savons garder les discussions secrètes. Nous essayons de mettre en garde la société contre les dérives violentes », dit Bawazir.

Le cheik Bawazir est d’obédience salafiste, un mouvement sunnite qui prône un retour à l’islam des origines, tel que le pra­tiquaient les « pieux prédécesseurs ». Des figures du terrorisme, dont Ben Laden ou son second, al-Zawahiri, s’en réclament pour justifier leur message virulent, souvent anti­occidental, au service du djihad armé.

Le cheik Bawazir dresse le portrait type du Yéménite prêt à prendre les armes : « De 17 à 23 ans, facilement influençable, suffisamment pour vouloir imiter les images des « héros » irakiens ou afghans véhiculées par al-Qaida, prêts à rejoindre les rangs des martyrs dans leur combat contre les koufar [les infidèles]. »

Ce jeune Yéménite, peu instruit, voire pas du tout, est envoyé dans des régions où l’État est faible, sinon absent, et où « règne l’ignorance ». Dans l’isolement et le confort d’alliances tribales, al-Qaida peut alors achever de peaufiner ce « tunnel sombre dans lequel sa proie s’engouffre ». Ce jeune est une victime facile pour des écoles religieuses « auxquelles on ne peut pas faire confiance », insiste Bawazir.

« Les sunnites salafistes corrects débattent avec les jeunes, les véritables oulémas luttent contre les mauvaises idéologies. Mais bien sûr, chaque règle a son exception. » Le cheik Bawazir a notamment été en contact avec Mahommad Ahmed Umayr, un jeune en colère devenu membre en vue d’al-Qaida dans la péninsule arabique, groupe qui a revendiqué l’atten­tat raté sur le vol Amsterdam-Detroit, le 25 décembre dernier. Umayr, lui, est mort la veille, tué par les forces spéciales yéménites dans l’est du Yémen